Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 14:34

Hélène rentra vite. Aucun bruit dans la maison. Elle but un verre d’alcool pour s’assommer, puis alla se coucher, ce serait miracle si elle arrivait à fermé l’œil Elle pensa à téléphoner à Eric mais il était tard, et elle ne connaissait pas ses horaires de travail. Trop inquiète, elle prit le combiné, forma le numéro, et attendit. La sonnerie eut raison du profond sommeil d’Eric et c’est une voix d'outre-tombe qui répondit à l’appel d’Hélène. Elle lui fit un récit succinct des évènements, prit le parti de ne pas répondre à la batterie de questions, et demanda à Eric s’il avait bien suivi les enfants dans les bois. Il répondit par l’affirmative et jura ses grands dieux qu’il ne les avait pas quitté des yeux sauf pour le retour, ils avaient détalé comme des lapins. Il lui proposa de venir, la sentant tellement désorientée, après une courte hésitation, elle accepta. Le réconfort ne tarderait plus, elle soupira de soulagement.

 

Dans quatre des maisons du hameau la nuit avait été courte sinon inexistante.

Peut être est ce Mr Gregouin, qui avait passé une nuit blanche,à noter sur des cahiers ce qui paraissait un journal de bord tant celui-ci était noirci d’encre, qui avait le plus pâti de ce raz de marée étrange. Mais lui, était paisible et sûr de lui, et, ayant enfermé son cahier dans un tiroir, il s’étendit sur son canapé, et resta allongé les yeux dans le vague.

 

Marjorie descendit et s’étonna de trouver la cuisine vide, le bol et les couverts de sa mère, qu’elle nettoyait tous les matins, jouaient les absents, elle écouta, pas un bruit. Elle remarqua alors que le manteau de sa mère était encore pendu à la patère. Juste à ce moment, le téléphone grelotta. Elle décrocha, c’était une collègue de maman qui s’inquiétait de ne pas encore l’avoir vue elle ajouta que ce n’était pas son style d’arriver en retard. S

ans se démonter, Marjorie lui répondit qu’Hélène avait été malade hier soir et qu’elle-même ne se sentait pas très bien, sans doute une intoxication alimentaire. Qu’elle menteuse je fais ! se dit Marjorie. Mais elle se dit également que cette maison silencieuse avait quelque chose d’inquietant. Elle mit la radio très fort, et attendit, tout en préparant le petit déjeuner, l’effet produit. Des pas lourds firent trembler l’escalier, et elle resta médusée quand elle vit apparaître des jambes d’homme suivit de près d’un large torse et d’une tête hirsute. La bouche grande ouverte, elle resta quelques secondes ébahie puis sourit à Eric, tout en pensant : Ils n’ont pas perdu de temps ses deux là.

Ils déjeunèrent tous les deux, Eric ayant expliqué que la nuit avait été agitée, ce qui fit rougir Marjorie, qui pensait à tout autre chose qu’a la réalité, ne pouvant imaginer ce qui s’était produit.

Ils discutèrent de tout et de rien, Eric prenant bien garde de lâcher un mot de la discussion tardive avec Hélène. Marjorie était ravie pour sa mère d’autant qu’Eric était sympa. Sa mère arriva en trainant des pieds, ce qui n’était pas son habitude. Elle était allé embrasser son petit, se reprochant son accès d’agressivité envers lui. Il s’était tourné vers la f

enêtre montrant, ainsi que la guerre n’était pas terminée. Elle n’avait pas insisté, le temps ferait son travail, pourvu qu’il le fasse vite, pensa Hélène. Elle n’était pas consciente de l’heure, c’est Marjorie qui le lui rappela, Un coup de téléphone régla la question elle prenait cette journée sur ses RTT. Hélène s’assit donc près de sa fille et en face d’Eric, il n’y eut pas besoin d’explication, Marjorie ne demanda pas pourquoi sa mère avait l’air si fatiguée. Celle-ci lui demanda d’aller chercher son frère pour déjeuner, et ajouta

-Fais doucement, sois gentille avec lui, je crois qu’il ne va pas très bien.

Julian assis sur la première marche de l’escalier pensa : c’est le moins que l’on puisse dire.

Lorsqu’il descendit de lui-même, la mauvaise surprise fut la présence de l’intrus. Il ne dit mot refusant de répondre au salut des trois personnes présentes. Il se contenta de balancer sur la table et vers sa mère un petit sachet, petit sachet qu’il ne s’était pas permis d’ouvrir, il était destiné à sa mère selon la volonté de Myriem. Hélène sursauta, blêmit, et se leva si brusquement qu’elle fit tomber sa chaise. Elle alla vomir dans l’évier, heureusement placé derrière elle.

Tu me crois maintenant ? Tu m’a beaucoup déçu maman, je ne suis pas assez dingue pour inventer un scénario pareil. Tu crois que ça me fais plaisir toutes ses folies? Si tu savais comme j’en ai marre, j’ai l’impression d’être un ovni et le regard des autres me dit que nous sommes fous Sophie et moi. C’est simple ! Je ne veux plus qu’on m’adresse la parole. Le silence me conviendra parfaitement. Sur ce, Il S’installa en bout de table et grignota une biscotte, but un jus d’orange et sortit sans plus de commentaire.

Marjorie se tut, pourtant elle n’avait rien compris à l’algarade de son frère. Elle tendit la main vers le petit sachet, mais la main de sa mère fut plus rapide et saisit ce qui l’avait tant secoué. Elle le mit dans la poche de sa robe de chambre sans le regarder. Marjorie et Eric avaient eu juste le temps d’apercevoir un papillon dessiné sur le dessus. Eric pris congé, il devait rentrer, son travail allait lui rendre un peu de sa lucidité. Il abandonnait une maison qui tremblait sur ses bases, il promit de revenir au premier appel.

A l’égal de Mr Gedouin, Marielle ne put fermer l’œil, elle vit arriver l’heure du départ au travail avec soulagement, ses petites mamies lui redonneraient peut être un peu de sa sérénité. Elle s’en voulait de laisser, sur les épaules de sa grande, la tâche de s’occuper de Sophie, qu’elle avait vue si désemparé mais combative hier soir. Elle décida qu’elle allait faire une pause, laisser son cerveau au repos, mais elle n’ignorait pas non plus qu’elle se faisait de belles promesses.

Elle avait téléphoné à son mari, elle n’avait rien dit de spécial, pourtant au son de sa voix il sut qu’elle était bouleversée. Il rentrait demain.

Mr Henri avait dormi comme à son habitude du sommeil du juste, réparateur et profond. Il était donc frais et dispos, pour, après avoir englouti un petit déjeuner de travailleur de force, reprendre calmement, avec lucidité les notes prisent la veille au soir. Il nota en marge tous les points à éclaircir, médita un moment les yeux dans le vague, puis téléphona aux Aley pour les inviter à un dîner qui réunirait tous les protagonistes du pique nique. Ils se firent un peu tirer l’oreille mais Mr Henri était très convaincant, Ils acceptèrent.

 

Fanny était réveillée depuis un bon moment mais n’osait pas bouger de peur de briser le repos agité de sa sœur. Elle avait réfléchi une bonne partie de la nuit a la conversation étrange, animée et extraordinaire a laquelle elle avait assistée en catimini, cachée en haut de l’escalier. Surprenant ! C’était le moins que l’on puisse dire, mais son bon sens lui disait, qu’il y avait une explication et résolut de la trouver. Sophie ouvrit des yeux fatigués et s’étonna de voir que Fanny était restée toute la nuit près d’elle. Sans dire un mot elles se levèrent ensemble, mirent leur robe de chambre, puis descendirent déjeuner.

Elles discutèrent de choses et d’autres sans jamais aborder le sujet brûlant, la vaisselle fut faite rapidement, elles montèrent faire leur toilette, s’habiller et Fanny entendit sa sœur qui lui indiquait qu’elle sortait. Elle ne répondit pas mais sut que l’histoire continuait et s’attrista.

Sur le muret, Julian l’attendait déjà. Ils étaient tous deux aussi pâles l’un que l’autre. Ils ne se dirent pas bonjour, c’était comme si un fil invisible les reliait et qu’ils étaient les frère et sœur de la désespérance.

Pourtant, d’une voix étouffée, Julian dit :

-Je suis vraiment désolé de t’avoir emmenée dans les bois, je regrette d’avoir retrouvé ce lieu maudit.

-Ne dit pas ça, répondit Sophie. Je n’ai qu’une seule envie c’est d’y retourner.

Je serai beaucoup plus attentive la prochaine fois, je regarderai où l’on se trouve

Pour savoir si ce lieu m’ai connu, pour faire plus attention aux animaux, à la végétation, tu es prêt pour y retourner ?

Elle est folle, se dit Julian, on à assez d’enquiquinements comme ça, et pis moi j’ai la trouille, mais j’vais quand même pas lui dire !

Il lui répondit d’un ton morne :Si tu veux y retourner, je crois qu’on doit y aller avec quelqu’un, tu vois bien qu’ils ne nous croient pas, surtout moi !

Hélène, les regardait, se demandant ce qu’ils se racontaient. Elle regrettait ses paroles injustes qui avaient provoqué le départ précipité de son petit garçon, et surtout espérait ne plus jamais revoir ce regard désespéré, venant d’elle, ça avait dû être terrible pour Julian, il faudrait du temps pour retrouver sa confiance.

Elle repensa à ce qu’elle avait dans sa poche, mais n’osait pas encore regarder. Tu manque de courage ma fille, se dit-elle, allez... de quoi a-tu peur? Marjorie chantonnait dans la cuisine, sa mère l’appela et elles s’asseyerent dans le canapé, Marjorie était étonnée, que se passait-il encore ?

Sa mère avait une main dans sa poche, et très vite, comme si son contenu la brûlait, tendit la petite enveloppe à sa fille. Celle-ci reconnut le papillon qu’elle avait entre aperçut la veille et observa l’insecte avec attention. Certes il était joli mais, pas de quoi en faire un drame !

-Ben regarde, maman ! On dirait que tu a peur ! Tu veux que j’ouvre l’enveloppe ?

 

Sa mère tourna enfin la tête et, ce quelle vit déclencha une crise de larmes.

C’est donc vrai dit-elle….Myriem, Myriem. Où est tu ?

Marjorie ne pigeait rien, et ouvrit l’enveloppe. A l’intérieur, elle trouva une jolie perle nacrée, et un petit mot, pas plus grand qu’un timbre poste, sur lequel était inscrit : Je suis près de toi.

Hélène poussa un cri inarticulé, puis demanda à Marjorie d’aller chercher son frère et Sophie.

Les deux protagonistes de cette histoire abracadabrante entrèrent quelques instants plus tard accompagnés de Fanny qui surveillait, sur ordre de sa maman, les faits et gestes de sa sœur.

Julian faisait la tête, et ne regarda pas sa mère. Celle-ci montra à tous les objets de son étonnement, et de ses larmes.

Elle prit sur elle pour maîtriser sa voix, peine perdue. La suite fût donc exprimée dans un murmure difficilement audible :

Cette enveloppe appartient à celle qui était ma meilleure amie. Nous nous sommes connues au collège et avons fait toutes nos études ensemble, avons trouve un travail dans la même ville, et sortions ensemble en toutes occasions.

Un jour, elle n’était pas à notre rendez vous habituel. Je ne suis pas inquiétée outre mesure et suis rentrée chez moi. J’ai reçu un coup de téléphone, beaucoup plus tard dans la soirée, c’était la mère de Myriem. Je compris immédiatement qu’il s’était passé quelque chose de grave, elle pleurait. Je dus attendre qu’elle reprenne ses esprits, avant de connaître la suite des évènements. Elle m’apprit que Myriem avait eu un accident. Un chauffard l’avait percutée sur un passage pour piétons, elle était morte sur le coup.

Hélène ne put continuer, elle pleurait silencieusement, les enfants navrés et secoués se taisaient et Julian fixait l’enveloppe, la perle et le petit mot. Sophie regardait aussi mais elle paraîssait imperméable à toute émotion. Elle se maîtrisait, sa sœur était inquiète. Son teint de cire la transformait en poupée de chiffon, et ses épaules basses était le signe d’un raidissement qui parlait mieux que les mots qu’elle était incapable de prononcer.

Que dire quand l’impossible est devant vous. Le chagrin d’Hélène paraissait inépuisable, Julian lui reprochait toujours son attitude envers lui, mais comprenait qu’elle ait pu être bouleversée, il brisa le silence et demanda :

-Pourquoi un papillon ?

Sa mère sursauta, et revenant à la réalité, lui expliqua que c’était leur mot de passe, quand l’une d’entre elles avait un petit secret à dire à sa sœur de cœur, elle lui faisait passer un papillon bleu. Quand l’une d’elle avait réussi un devoir surveillé, le papillon était rose, et ainsi de suite. Ils y en avaient pour toutes les occasions.

-Et celui-ci, reprit Julian, il veut dire quoi ?

Hélène releva brusquement la tête. Le papillon était noir, jaune, et gris.

-Elle a peur ! dit Hélène dans un souffle, Qu’est ce que ça veut dire ?

Elle n’ignorait pas qu’aucun d’entre eux ne pouvait répondre. Elle poursuivit comme pour elle seule, d’une voix basse, elle est près de moi et elle a peur…..

Le silence qui régnait, lourd, oppressant, était occupé par le vol d’une mouche qui, étonnée par ces statues, s’appropriait l’espace et se posa sur la perle dont l’odeur sucrée l’affriolait. Mal lui en prit, Julian, qui adorait cette chasse bondit et d’une main d’expert la chopa et l’estourbit.

Les statues reprirent vie.

Julian voulut rassurer sa mère et lui dit :

-Je t’assure qu’elle avait l’air très heureuse, elle souriait et…..C’est vrai qu’elle m’a dit de repartir vite, c’est ce que j’ai fait, elle a juste glissé l’enveloppe dans mes doigts. Je suis parti….Il s’arrêta, réfléchit, le menton dans une main, puis, les yeux dans le vague, dit : Je ne me souviens pas comment je suis revenu.

-Moi non plus ! dit Sophie, qui fit sursauter tout le monde.

-Vous n’êtes jamais partis ! s’écria Hélène.

-Ben ! Comment tu l’sais ! s’exclama Julian, T’étais pas avec nous, tu peux pas savoir !

Un peu gênée, Hélène dis :J’ai demandé à Eric de vous suivre je craignais que vous vous perdiez.

-Ah ben bravo ! La confiance règne ! ça m’étonne pas, Tu me prends toujours pour un petit garçon, rétorqua Julian.

Combien de temps êtes vous partis « là-bas » à votre avis ? demanda Hélène,

Sophie, songeuse, répondit : au moins une demi-heure, Julian approuva et ajouta peut être un peu plus, j’ai quand même eut le temps se discuter avec grand-père.

Marjorie qui ne comprenait rien, et pour cause, ne put retenir une exclamation de surprise. Mais sidérée, se tut.

Hélène, qui avait discuté longuement avec Eric, leurs expliqua qu’ils étaient revenus rapidement et qu’elle en avait été étonnée. Cela remis en tête, aux deux enfants, qu’effectivement, ils avaient été surpris de trouver encore tous les convives autour de la nappe ayant servi de table. Il est vrai que Bigoudi les avait fait tracer.

Sophie, Bigoudi était avec toi là-bas ?

-Non, j’ai pensé qu’il t’avait suivi, répondit Sophie. Alors, il n’est pas venu, une énigme de plus, ajouta t’elle .

Le téléphone sonna, c’était Mr Henri. Il proposa à Hélène de réunir tous les adultes, au courant de l’invraisemblable le lendemain soir chez lui. Elle lui répondit que pour elle c’était sans problème mais qu’en ce qui concernait Marielle et son mari elle ignorait s’ils seraient disponibles. Il s’occupait de tout, lui répondit-il. Rendez vous pour le café. D’accord, dit Hélène. Après avoir raccroché, en se retournant elle vit l’interrogation sur tous les visages et décida de ne rien leur cacher. Demain soir, je souhaiterai que vous passiez la soirée ensemble après le diner vous pourriez regarder un film, jouer aux cartes, enfin faire ce que bon vous semblera, les garçons serons rentrés et vous pourrez ainsi vous amuser avant de penser à la rentrée ? ça vous va ?

Fanny argua du fait que ses parents n’étaient pas au courant, mais Hélène la rassura.

-Et toi qu’est ce que tu feras ? demanda Marjorie. C’est son frère qui lui répondit : -T’as pas compris ? Nous sommes des bêtes curieuses, Sophie et moi, alors ils vont discuter de nous, voilà. Ose dire que ce n’est pas ça maman !

Elle hésita, mais il était trop futé et elle détestait le mensonge. Oui, dit-elle, c’est ça, il faut bien qu’on cherche ce qui ne tourne pas rond.

-Très bien, dit Sophie, stupéfiant son monde, je propose que de notre côté nous cherchions les solutions, nous avons toutes les cartes en mains et bien que pour l’instant, tout nous paraîsse glauque, nous finirons par lier les évènements entre eux. Elle se leva, très digne, et donna rendez-vous à Julian et Marjorie, salua Hélène et sortit suivie de Fanny estomaquée par la fermeté de sa sœur. Nul doute, elle avait changé.

 

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Nous étions au printemps, dans un petit jardin de la ville voisine, une petite plante volubile s’attachait aux branche d’un petit sapin et comme lui, poussait tranquillement.

Cette même petite plante, dont la graine avait été jetée dans la neige, par une main suspicieuse, un soir de Noël, avait grandie, elle aussi, mais elle avait disparue du talus où le hasard l’avait fait tomber. Qu’était-elle devenue ?

Dans le jardin, d’Hélène, la même petite plante bleutée poussait cachée, derriere la haie, mais celui qui l’y avait mis l’avait totalement occultée. Dommage.

 

La journée passa très vite. Mais dés le déjeuner terminé, Sophie alla chercher Julian. Ils partirent vers le champ, limite qu’on leurs avait imposée. Un inconnu les auraient aperçu, il aurait pu penser que ses deux enfants étaient bien gais et aurait souri à son tour. Sophie venait de faire une supposition qui avait fait éclater de rire son blondinet de petit voisin, celui-ci répondit :

-Si c’est ça la solution, y en a qui vont serrer les fesses, oh la trouille !

Ils ne restèrent pas longtemps sur place se sentant épiés, ils remontèrent à pas lents vers leur maison, ragaillardis.

Chacun employa son temps comme il le pouvait, pourtant une inquiétude insidieuse leur serrait le cœur, nouait leur estomac. L’arrivée des garçons fit oublier momentanément les soucis, ils racontèrent les bons moments de leurs courtes vacances, et finirent par aller boxer le malheureux ballon avec Jonathan.

Pendant ce temps, Sophie et Fanny préparaient des feuilles et des stylos pour chacun de ceux qui participeraient à la discussion de ce soir. Fanny s’était mise au service de sa sœur, admirant son calme, en se disant qu’elle aurait réagi tout autrement à sa place. Les garçons ignoraient tout, il fallait protéger Jonathan qui était trop petit et trop sensible et qui resterait seul à la maison, endormi, en sécurité avec Bigoudi qui avertirait au moindre coup de Trafalgar.

 

Une personne du hameau était plongée dans une recherche ardue, des dictionnaires et autres encyclopédies, étalaient leurs savantes pages sur la grande table de la salle. Cela faisait vingt quatre heures qu’elle épluchait de vielles fiches, des renseignements glanés sur le Net, elle avait retrouvé au grenier des cahiers d’étudiant, qui le ramenait bien des années en arrière, lorsqu’il se passionnait pour la flore. Il avait avancé dans ses recherches, mais il lui manquait encore du temps pour pouvoir avancer des certitudes. Ce qui lui importait le plus, c’était la plante protégée come un trésor qu’il cachait dans sa serre. La trouvant curieuse, il l’avait récupérée dans le talus, au bord de la route. Depuis, elle poussait allègrement autour de son tuteur, et un petit bouton prometteur était examiné au moins deux fois par jour. Il en était dingue.

 

Par jidelvi - Publié dans : roman
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 14:28

Guillaume et Joachim avait retrouvé leur copain avec une joie non dissimulée, mais Julian leur paraissait plus secret, plus distant, même le ballon n’avait plus l’air de l’amuser. Ils ne cherchèrent pas à comprendre, peut-être les histoires avec son père duraient-elles encore. Ils se quittèrent pour le repas du soir, les deux frères retrouveraient la famille au complet.

 

 

 

Le temps était devenu grincheux. Après une journée correcte sans plus, l’amoncellement d’épais nuages gris venus avec la marée haute indiquait que le vent allait forcir et qu’il faudrait sortir les imperméables. Pourtant, la personne qui se baladait dans les bois d’Armironches, se fichait royalement du temps, et, lentement, pas à pas, examinait le sol, s’arrêtant souvent, revenant sur ses pas, puis, reprenant ce qui pouvait passer pour une promenade. Il n’était pas revenu bredouille l’autre jour. Une minuscule fleur blanche, inconnue de lui, l’avait rendu heureux, c’était peut-être une mince récolte aux yeux des néophites, mais pour lui c’était un petit trésor qui allait rejoindre dans son herbier toutes les recherches du botaniste autodidacte qu’il était. Aujourd’hui, il semblait que la chance était absente, il allait reprendre le chemin du retour, d’autant que le soir tombait. Le fin faisceau de sa lampe de poche, promenait sa petite lumière rasante autour du gros tronc qui lui causait tant de tracas, il insista quelques instants, ausculta pour la énième fois le bois rugueux qu’il ne connaissait pas et palpa cette matière vivante, qu’il crut sentir palpiter sous ses doigts. Une violente bourrasque fit s’agiter les branches si hautes, et il reçut une flopée de gouttes sur la tête. Surpris, il pensa « Il est grand temps que je rentre » et fit demi-tour. Stoppé net dans son élan, il remarqua avec surprise et ravissement, que le sol était constellé de petites cornes tronquées, elles étaient toutes de différentes couleurs. Il en ramassa quelques unes, mais laissa la majorité à terre, n’ayant rien emporté pour déposer une cueillette si fragile. Malgré tout, il protégea quelques spécimens, les déposant sur les vieilles pierres, qu’il connaissait maintenant parfaitement. A regret il rebroussa chemin, protégeant du mieux qu’il le pouvait, ce qu’il considérait comme un trésor.

 

 

 

Mr Henri accueillit ses hôtes, d’abord le couple Aley puis vinrent, presque en même temps, Hélène et Eric, et les Mungier, qui tous prirent place autour de la grande table de la salle à manger, arriva enfin Mr Gegouin, on était au complet.

L’ambiance n’était pas des plus légères et certains se demandaient ce qui pouvait bien la rendre si lourde.

Après s’être raclé la gorge en toussotant, Mr Henri, s’adressa à tous :

-Certains d’entre vous savent déjà pourquoi nous sommes réunis. D’autres ne le sont pas du tout, c’est pourquoi, j’ai préparé un petit résumé des péripéties passées.

Les Aley marquaient leur surprise discrètement, mais prémonition ou pas ils s’étaient pris la main. Eric et Hélène avaient fait de même, les Mungier paraissaient très calmes et Mr Gedouin montrait un visage fermé et fatigué.

Les faits furent contés minutieusement, dans le détail, le coup des perles commença à animer des visages jusque là studieux sans plus. Ils étaient huit.

 

Bien que n’étant pas chez elle, Sophie avait pris les choses en main. Julian était soulagé, et d’ailleurs il en avait plein le dos de toutes ces histoires. C’était très mystérieux tout ça, et alors ! Il resta boudeur et donc silencieux, pendant que Sophie distribuait à chacun feuille et stylos.

Qu’est-ce qui lui prends se dit-il. On n’est pas à l’école ! Puis il vit les deux colonnes préparées, d’un côté : les faits, de l’autre, les questions.

Chouette ! s’écria Guillaume, un nouveau jeu !

-Ben tu vas être déçu ! lui répondit Julian.

Sophie reprit les choses en main et demanda à tous d’écouter très attentivement ce qui allait suivre, elle ajouta : vous notez au fur et à mesure sur la feuille tous les éléments essentiels, je vous en prie, soyez attentifs. Julian c’est à toi, commence.

Il pensa : Pas commode la petite j’espère qu’elle s’ra pas prof plus tard !

Se reprenant, c’est en fronçant les sourcils, pour mieux se concentrer qu’il commença le récit à partir de la balade en vélo. Il n’omit rien et les plus étonnés furent ses deux potes, bouche bée, mais le cerveau en ébullition, qui découvrait une facette inconnue du caractère de leur ami. Il pensa à signaler le changement de comportement des personnes ayant goûté aux perles, le sien, celui de Sophie, de Fanny, de celui de Pirague, mais ne put parler de celui du curé, il aurait fallu demander à sa gouvernante qui l’avait quittée depuis d’ailleurs.

 

Certains avaient noté quelques mots, la plus prolifique étant Fanny qui avait déjà pratiquement rempli les deux colonnes. Ses frères se demandaient ce qu’elle avait pu écrire. Ils reconnaissaient dans leur for intérieur que tout ça n’était pas banal tout de même. Quand Julian en vint à dire, qu’il possédait encore des perles, tout le monde s’agita et chacun eut envie de les voir. Mais il fallut attendre, c’était pour le dessert.

Sophie reprit au moment du pique- nique et comme vous connaissez toute l’histoire je ne vais pas vous lassez en la bissant.

Le silence qui régna après le mot fin, fut à couper au couteau. Personne n’osait bouger.

-ALORS ! cria Julian pour soulager sa panique, et ficha, par là même, une frousse bleue à tous les autres.

-Mais t’es malade ! Lui dit sa sœur, j’ai failli avoir une crise cardiaque, imbécile !

-MAIS JE VOUDRAIS VOTRE AVIS ! hurla l’ostrogoth qui s’était mis debout pour mieux invectiver la tablée.

-ON N’EST PAS LE PREMIER AVRIL ! gueula littéralement Guillaume laissant ainsi entendre qu’il n’avait pas cru une seule seconde à tout ce galimatias

-SI TU ME CROIS PAS, TU PEUX PEUT ÊTRE CROIRE TA SŒUR, NON? Brailla Julian tout aussi fort.

C’était là un argument de poids. Le silence reprit sa place, seules, Fanny et Marjorie grattaient, et le nez sur leur feuille, continuaient à écrire.

Julian était monté chercher les perles restantes et, étonnement, les avait trouvées rapidement. En les voyant, les deux frères restèrent sceptiques, et suggérèrent qu’il pouvait très bien s’agir de vulgaires perles vendues dans le commerce.

Vexé, et surtout déçu par ses copains, Julian leur proposa d’en manger une chacun, mais Sophie intervint sèchement en faisant remarquer à son copain d’infortune, qu’il se devait de les semer. Il baissa la tête et l’admit.

-AH TU VOIS QUE C’EST UNE BLAGUE ! S’exclamèrent en cœur les deux frères, Sophie, montre nous ce que tu dis avoir ramener, demandèrent les garçons.

Vous me décevez beaucoup tous les deux, dit-elle. Je ne peux rien vous montrer j’ai donné ce que j’avais à Hélène elle va montrer la chaîne aux Aley.

-Tiens, tu vois ! ça aussi c’est trop facile, on a rien à se mettre sous la dent, quoi ?

-PAUVRES ANDOUILLES ! dit Julian, en criant d’une voix de fausset, allez dormir ! Sur les deux oreilles encore ! Et oubliez nous !

Ce que firent aussitôt les deux frères.

Fanny suggéra d’en faire autant et de se revoir le lendemain lorsqu’on aurait les résultats de la réunion des adultes.

# FIN DU BLOG

 

 

A deux cents mètres de là l’ambiance était tout autre. Lorsqu’Eric commença son récit, il appuya sur le fait qu’il n’avait jamais quitté des yeux les deux enfants. Il n’avait pas eu l’impression qu’ils dormaient vraiment, ils paraissaient simplement se reposer, les yeux clos. Bigoudi avait entendu et vu des branches bouger et s’était mise à aboyer. Il estimait à cinq minutes peut être à sept ou huit mais pas plus, le temps que les enfants avaient passé sur place, il les avait suivis également au retour tant qu’il l’avait pu, mais les enfants avaient cavalé avec la petite chienne. Rien d’autre à signaler.

Hélène, soupira avant de prendre son courage à deux mains, les moments qui allaient suivre seraient très difficiles, surtout pour les Aley.

Je dois dire, tout d’abord, que je me reproche d’avoir mis en doute es dires de mon fils. J’ai douté de lui parce qu’il est le spécialiste des blagues qui ne font rire que lui, mais j’avais tort, il me l’a prouvé.

Il m’a rapporté des preuves de son « voyage » Des preuves qui m’ont fait mal, qui m’ont fait remonter le temps et m’ont fait douter de ma raison. Elle poursuivit. Julian a jeté sur la table, ce que Myriem lui avait donné. J’ai reconnu ce message et je peux vous assurer, qu’il n’y avait qu’elle pour savoir que je penserais à elle.

Elle sortit alors les menus objets que lui avait donnés son fils, et expliqua ce que chacun signifiait.

Un silence ici, régnait aussi.  Ce n’était pas le même. Il était étouffant, tombait sur les épaules de chacun, vivait sa propre vie, et oppressait les personnes présentes.
Marielle prit la relève, et d’un ton plus doux, tenta d’expliquer l’inexplicable . Elle connaissait bien sa fille, sa pondération, sa timidité, sa franchise, et finit par sortir de sa poche, la chaîne et la médaille qui l’accompagnait. Elle avait placé le tout au milieu de la table, en espérant sincèrement que ça ne déclencherait aucune réaction négative.

A peine avait-elle fait ce geste, que Carine Aley, tenta vainement de se lever en poussant un cri étouffé. Son mari la retint, elle s’affala dans ses bras, le teint livide, elle était devenue une poupée de chiffons, pâle, le regard vide, abandonnée, la respiration courte et faible. Elle avait immédiatement reconnu le bijou offert par ses parents à la naissance de Caroline.

Ce fut la preuve qui manquait à Mr Henri, qui s’excusa du choc provoqué mais argua du fait qu’il avait été nécessaire, pour prouver la véracité des faits que les gamins avaient rapporté.

Carine Aley pleurait doucement, la tête posée sur l’épaule de son époux, celui-ci le regard brouillé, absent, réfléchissait sans doute à l’impossible. Il y aurait eu un doute, que Mr Gegouin le leva aussitôt. Il conta, d’une voix monocorde, ses sorties diurnes et nocturnes, ses dernières découvertes, et, enfin, très délicatement déposa devant tous les cornes tronquées, dernières trouvailles de ses recherches.

 

 

D’une voix posée et un peu monocorde, il expliqua que durant des semaines il avait fait des recherches, longtemps infructueuses, mais que sa ténacité avait été récompensée par une récolte inespérée. Encore fallait-il qu’il sache à quoi rimait ces perles et maintenant le tégument. Après bien des nuits blanches, il avait obtenu des renseignements qui se recoupaient et il possédait, maintenant le nom, les propriétés de cette plante disparue depuis au moins mille ans. Plus personne ne disait mot, même les gémissements de Carine Aley s’étaient tus. On attendait la suite. Elle vint après mûre réflexion de Mr Gegouin. Il reprit.

L’arbre qui donne ces fruits se nomme « un Ironche » et je suppose que, miraculeusement nous possédons le seul spécimen restant sur cette planète. D’après plusieurs auteurs, dignes de foi, c’était un arbre considéré comme sacré par nos ancêtres, on lui prêtait nombre de propriétés bénéfiques, dont la guérison de bien des maladies et ses graines étaient conservées précieusement par les apothicaires d’alors qui soignaient maintes maladies grâce aux graines qui guérissaient sans qu’on puisse savoir pourquoi. Il se tut.

Les personnes présentes étaient muettes, ce qui ne les empêchaient pas de réfléchir, mais leurs neurones étaient anesthésiés et ils prirent du temps pour se réveiller. Tout le monde voulut s’exprimer en même temps. Sauf Carine Aley qui avait pris délicatement la chaîne dans ses mains, et l’examinait avec attention. Les autres discutaient dans un brouhaha confus et se turent à bout de paroles.

L’heure était avancée, et Mr Henri demanda s’il ne serait pas mieux de se quitter maintenant, de prendre du repos et de se revoir bien vite, la réflexion et les éclaircissements étant venus après la nuit. Tous se levèrent, et prirent congé de leur hôte, qui, cependant, tenait fermement le bras de l’instituteur, pour lui indiquer qu’il tenait à poursuivre une conversation privée.

A l’extérieur la température état fraîche, et chacun se serra contre son conjoint !   Ils ne parvenaient pas à se séparer, et Carine vint trouver Marielle et lui demanda, implorante, si elle et son mari pourraient rencontrer leur fille, seule témoin de la présence onirique de ses enfants. Marielle la reprit doucement, et lui dit que ce n’était pas un rêve. Sophie avait bien spécifié qu’elle avait rencontré deux jeunes gens et non pas des enfants. Elle ajouta que pour l’instant, dans l’état actuel des choses, il fallait attendre, comprendre, mais qu’il fallait faire confiance à Sophie, que le couple rencontrerait dés que possible. On se salua avec gravité, l’heure ne prêtant pas à sourire et l’on se sépara. Carine avait gardé la chaine et la médaille, nul doute qu’elle n’était pas prête de les lâcher.

 

Lorsqu’ils rentrèrent, Hélène et Eric, montèrent directement dans la chambre et bien vite, oublièrent tous leurs soucis dans les bras l’un de l’autre, d’autant qu’Eric se levait tôt pour prendre son poste, pas de temps à perdre les câlins d’abord, les ennuis ensuite. De l’autre côté de la cloison, une oreille fine avait captée les voix du couple, et Marjorie eut enfin un motif de sourire et se dit, voilà une histoire bien partie ! Enfin.

 

Les deux compères s’étaient réfugiés au salon. Installés dans de confortables et profonds fauteuils, un verre de cognac à la main, ils se repassaient le film de la soirée. Leurs cerveaux en ébullition, ils tentaient vainement d’élucider ne serait-ce qu’une petite partie de cette histoire plus qu’abracadabrante. En vain. Thomas (Mr Gegouin) admit que sur un point les enfants n’avaient pas menti, il avait lui-même trouvé des perles et trouvé l’arbre décrit dans un récit mythique écrit au huitième siècle que le directeur de la bibliothèque nationale, lui avait laissé consulté, à ses risques et périls, sachant que son vieil ami était fou de botanique, toujours à la recherche de plantes disparues.

-Attendez ! Attendez ! Thomas, ne me dites pas que cet arbre est un fossile, et que de plus nous sommes les seuls à en posséder ?

Après une brève hésitation, Victor (Mr Henri) répondit, en effet j’en ai un dans mon jardin. Il est tout petit, certes, mais il pousse bien.

Stupéfaction de Victor, qui, jaloux, lui qui se flattait à juste titre de posséder le plus beau jardin du pays, ne voulait croire à cette nouvelle histoire, qui venait se greffer sur les autres.

-Qu’est que vous me racontez là !

J’ai trouvé, ce que tout le monde appellerait une mauvaise herbe, dans le talus, à la merci des galopades où des roues de bicyclette. Je l’ai donc prise, l’ai laissée grandir à sa guise, et la voilà qui pousse en prenant comme tuteur le cerisier d’à côté ! Je vous la montrerais demain et si vous le voulez, nous pourrons aller voir ce spécimen rare, qui est dans la forêt, et bizarrement installé dans de vieilles pierres qui sont aussi, pour moi, une nouvelle énigme.

-Oh, pitié s’écria Victor, nous voilà parés pour un long bout de temps, heureusement que nous sommes retraités ! Ne m’annoncez plus rien d’extraordinaire, nous avons suffisamment de pain sur la planche !

Sur ce, les verres furent sirotés, une franche poignée de main scella la soirée, les deux hommes se quittèrent en se souhaitant une bonne nuit.

Ils étaient pressés de vieillir, pour une fois !

 

Marielle et son mari étaient rentrés se coucher, mais discutèrent encore longuement. Ils étaient inquiets pour Sophie que les événements avaient du secouer, malgré les apparences. Le travail reprenant dans quelques heures, ils éteignirent bien vite.

 Le soleil déjà fort, absorba goulument les gouttes de rosée, et les Mungier partirent au travail ragaillardis, le temps jouant beaucoup sur les humeurs.

Eric était sorti sur la pointe des pieds, vers quatre heures et demie. Hélène avait les traits tirés lorsqu’elle se leva. Elle trouva Marjorie , chantonnant, mettant la table, ayant préparé du café, et qui lui dit, un sourire badin aux lèvres :

-Bien dormi, maman ?

Le regard que lui lança celle-ci, fut innocent et étonné.

Marjorie pensa, je ne la croyais pas aussi comédienne !

-Comment c’est passé votre soirée, demanda Hèléne ?

-Oh, très survoltée, il aurait fallu débrancher les garçons, si tu veux mon avis !

6Tu me raconteras ça ce soir, promis ?

-Pas de problème, bonne journée et n’en fait pas trop, tu m’as l’air surmenée, j’ignore pourquoi !

Et vlan, prends ça dans les dents se dit Hélène, en voilà une qu’on ne pourra pas berner facilement.

Julian se leva tard et déjeuna avec appétit. Il avait décidé d’être amnésique pendant quelques temps. Ras le bol de ses histoires. Plus d’aventures dans les bois. Il allait se contenter de jouer sur son ordinateur de faire du vélo où des rollers. Il avait constaté que le temps était superbe et après avoir fait sa toilette, il ressortit les calots qu’il avait retrouvés, et s’apprêta à fabriquer un bunker pour s’amuser au soleil, il y avait justement un tas de sable encore inutilisé sur le côté de la maison. Il s’occupa ainsi un moment.

Bigoudi ! Bigoudi ! Appelait Sophie. Il ne bougea pas, se mit à chantonné, et continua à jouer tranquillement. Sophie criait encore, sa chienne paraissait avoir fugué, ce n’était pas son problème. Dans trois jours l’école, c’est ou comme le temps passe vite en vacances ! Mais pour une fois, il était content de revoir ses potes de classe et ses profs. T’est à moitié cinglé, mon vieux s’adressa-t-il.

La boule de poils qui vint lui fiche en l’air sa construction fragile, faillit le mettre en colère. Mais excitée comme une puce, Bigoudi se roulait avec bonheur, se roulant, tournant comme une petite folle, lui léchant la figure dés qu’elle le pouvait, ce qui le fit éclater de rire. Sophie s’égosillait toujours. Julian resta impassible, et joua avec la chienne un moment. Celle-ci était bonne pour un bain, et ça lui plairait beaucoup moins. Il entendit sonner, mais ne bougea pas, sa sœur allait ouvrir. Il continua à jouer, la chienne amusée, énervée par les billes qui roulaient, les attrapait, mais mangeait du sable à chaque fois et crachait en plissant sa truffe, s’était hilarant.

Sa sœur vint le chercher. Elle avait une mine lugubre, elle lui foutait les j’tons, celle-là.

-Viens, c’est un huissier qui vient nous chercher, il accompagne notre père, il veut nous emmener. J’ai prévenu maman, elle arrive, mais il parait qu’il à le droit de nous prendre même si elle n’est pas d’accord.

-ET MON CUL, IL L’A VU ? Je n’irais pas, et toi non plus. Viens, on va courir jusque chez Mr Gedouin, lui il nous cachera. Marjorie hésita, et finit par filer devant son frère. Ils arrivèrent essoufflés, ouvrirent sans même sonner le portillon du jardin et filèrent à l’arrière de la maison. Personne ne les avait vus, mais Bigoudi que ce cirque amusait follement, aboyait devant le portillon.

-Merde, tonna Julian, cette andouille va nous faire repérer. A cet instant, Mr Henri et Mr Gedouin sortirent d’une allée et ils se crurent sauvés. Les deux hommes furent mis au courant, mais Mr Gedouin fit une grimace qui augurait du pire.

Le plus calmement possible, il questionna les enfants, obtint des réponses claires et eut malheureusement de mauvaises nouvelles à communiquer à Marjorie et Julian. Votre père est dans son droit, j’avoue que dans ce cas, la loi n’ai pas logique. Je vais vous accompagner, je verrais ce que je peux faire, Mr Henri fit de même, Julian glissa sa main dans celle de cet homme si costaud et se sentit ragaillardi.

Ils ne mirent que quelques minutes pour arriver devant la maison. L’huissier les salua poliment, l’autre personnage, apparemment très excité, se lança au devant des enfants qui eurent ensemble le même recul. Julian s’accrochait désespérément à son sauveur et commença à grogner comme un jeune chien en colère. En colère, il l’était. Il était même arrivé au point de non retour, seule sa sœur savait de quoi il était capable, lorsqu’il était dans cet état là. Tout bas, elle lui souffla, calme toi p’tit frère, t’en fait pas, tout va bien se passer. Il ne l’entendait pas.

Leur mère n’était pas encore arrivée.

Le père attaqua le premier, feignant d’ignorer la présence des deux hommes. Il ordonna aux enfants d’avancer, de venir avec lui dans la voiture il ajouta qu’il était pressé. La cocotte minute, qu’était devenu Julian, sous la pression lâcha une bordée d’injures, qui laissèrent pantois, ceux qui assistaient à la scène. Son père, l’avait attrapé par une manche, et tirait de toutes ses forces. C’en fut trop, pour les deux accompagnateurs, qui très calmement, s’adressèrent à l’huissier.

Monsieur, veuillez noter que ce monsieur est brutal, qu’il n’a montré aucun signe d’affection envers ses enfants, et qu’il a une conduite indigne d’un père de famille.

L’huissier, également choqué par la brutalité du père, mais ne laissant rien paraître, nota les faits. A peine avait-t-il écrit quelques mots, que le père des enfants arracha le papier des mains de l’huissier qui calmement plia son maroquin et signala au père, qu’il pouvait se chercher un autre huissier, ajoutant qu’il ferait un rapport, relatant tous les faits qui venaient de se produire. Votre conduite a été inqualifiable et je comprends le recul de vos enfants. L’autre se mit à hurler, il avait tous les droits, c’était lui le père et…Julian, à cet instant lança

-Qu’est que t’en sait ? Maintenant, on à Eric et lui il se conduit comme un vrai père, toi, va voir ta poule, et ne remet plus jamais les pieds ici ! Tu as fait assez de mal comme ça. T’as de l’argent pour payer un huissier, mais t’en a jamais pour verser la pension alimentaire ! ça fait six mois que tu n’ai pas venu nous voir, et tu arrives la bouche en cœur, pour faire encore du mal à maman et ben ça c’est interdit ! Allez- vous en, pauvre minus ! Julian s’était mis à vouvoyer son père, et ne vous inquiétez pas si à la fin du mois on mange des patates où des pâtes, elles ont un goût d’amour, mais ça tu sais pas ce que c’est, un ?

 

 

Le père estomaqué, ne sut quoi répondre. Puis menaça à nouveau de représailles les deux enfants.

-Je reviendrais avec les gendarmes. Je vais aller voir un juge qui me donnera l’autorisation de vous prendre un week-end sur deux et la moitié des vacances.

-DES CLOUS ! Hurla son fils, serrant de plus en plus fort la main de son sauveur . Nous ne partirons jamais avec toi. Tu es parti un matin au travail, tu n’es jamais revenu.

-C’est joli ça ?

-Fous le camp ! Et ne remets plus les pieds chez nous, maintenant on a appris à être heureux sans toi. Et puis, je vais te dire, Marjorie et moi ont a douze ans et demi, dans six mois ont passera devant un juge pour enfants et tu n’auras plus le droit de t’approcher de nous, voilà, j’ai fini.

Il ne s’était pas rendu compte, qu’il avait crié, mais ses copains, et des voisins s’étaient approcher, prêts à intervenir. Ca lui mit du baume au cœur.

Monsieur Monpair avait fui enfin et Julian put enfin lâcher la main de Mr Henri. Les deux enfants remercièrent leurs accompagnateurs, leurs copains étaient tous là pour les réconforter, et ils virent arriver leur maman. Celle-ci était d’une pâleur de cire et courut prendre ses enfants dans ses bras, Marjorie pleurait silencieusement.

L’huissier était toujours là, il donna des conseils à Hélène pour la suite, le temps qu’il faudrait a son ex pour réunir les papiers nécessaires, devrait à peu près coin cider avec les treize ans de ses enfants, je vais faire un rapport plus que négatif pour votre mari, votre fils s’est bien défendu. Il se tourna vers les enfants et les félicita. Il prit congé et fila vers sa voiture.

Julian s’était assis sur le muret, il était vidé. Ses copains l’encadrèrent, mais se turent. Il faudrait du temps à Julian pour digérer l’algarade et retrouver sa bonne humeur. Mais les frères s’en chargeraient un peu plus tard.

Sophie avait assisté à toute la scène. Sortie pour chercher sa chienne, elle l’avait récupérée près du portillon, et précédait de peu le quatuor.

Elle avait reconnu le père de ses voisins et aussitôt prévenu ses frères et sœur, qui étaient sortis à leur tour pour supporter leurs amis.

Tout finissait bien, personne ne pouvait ignorer maintenant la romance ébauchée entre Eric et Hélène. Chacun, silencieusement, s’en réjouissait.

Dans la maison depuis un moment, la mère et la fille discutait. La première chose qu’avait dit Marjorie c’était que Julian avait dit à son père qu’il était heureusement remplacé, et qu’Eric était un meilleur père que lui. Comme Marjorie, sa mère fut ébahie et resta muette de stupeur, mais elle savait maintenant que le bonheur était à porter de cœur.

Elle repartit au travail le sien plus léger, non sans avoir câliné ses enfants.

Julian avait râlé pour la forme, un peu honteux que Guillaume et Joachim aient assisté à cette scène.

Les deux amis étaient repartis en discutant, la situation de cette jeune femme paraissait difficile. Elle était pourtant toujours de bonne humeur, sachant donner le change, et ses enfants étaient épanouis, même si quelques fois Julian paraissait un peu tristounet et solitaire. Mais ce n’était qu’une impression. Ce gamin n’y avait pas été de main morte avec son père, il devait avoir beaucoup souffert pour lui en vouloir autant. Il l’avait assassiné avec des mots durs, cinglants qui avaient atteint leur but, ils avaient tous deux remarqué la mine défaite du pseudo-père. Julian était un garçon surprenant, qui marquait une maturité étonnante, lui qu’ils croyaient encore si gamin. Ils pensèrent chacun de leur côté que les péripéties récentes y étaient pour quelque chose, allez savoir.

L’heure du déjeuner était proche, et Fanny avait demandé à Marjorie si elle accepterait de venir, avec son frère, grignoter un repas qui ressemblait plutôt à un encas. Mais, raisonnablement, celle-ci déclina l’invitation, elle devait retrouver son frère et le tête à tête du repas lui paraissait crucial.

Le repas commença dans un silence que Marjorie ne put supporter bien longtemps. Elle profita du changement de plat, entre l’entrée et le rôti, pour féliciter Julian et lui dire qu’elle n’aurait pas eu le courage d’asséner ses quatre vérités à leur père. Lâchant sa fourchette, Julian lui rétorqua qu’elle devait faire désormais abstraction de ce type qui ne devait plus rien représenter pour eux. Il se broyait le cœur lui-même, jamais il n’oublierait les moments de bonheur partagé, les promenades, les sorties, le cinéma, les soirées chaudes et pleines de rires, jamais ! Et pourtant, il avait décidé de passer un coup de chiffon sur le tableau de sa petite enfance, et d’entraîner sa sœur avec lui.


Mr Henri, avait eu le privilège, le matin même d’admirer la plante rarissime dont Mr Gedouin lui avait réservé la primeur. Il ne l’avait pas trouvé extraordinaire, mais n’en dit mot, se contentant d’opiner du chef aux explications dithyrambiques de son voisin, partit dans des envolées lyriques qui l’emmenait, selon lui, aux siècles reculés des grandes civilisations. Ils déjeunèrent ensemble, d’un repas frugal fait de restes mais arrosé d’une bonne bouteille de Bordeaux. Ils firent une courte sieste, puis prirent des paniers pour donner le change à tous les voisins qui les virent passer, la canne à pêche sur l’épaule. Aucun d’entre eux ne pouvait se douter de la réelle destination qu’ils avaient en tête.

 

 

 

Les Aley avaient passé une nuit blanche. Ils se tenaient serrés l’un contre l’autre, espérant trouver ainsi, un semblant de réconfort.

Je crois que je deviens folle, dit Carine au bout de cauchemars éveillés, je n’arrive pas à croire que tout cela soit réel. Qu’en penses-tu ?

 

 

 

Je pense lui répondit son mari, qu’il faut dormir si l’on veut reprendre avec lucidité tout ce que nous avons entendu hier soir. Ils se turent, mais tous deux virent monter une lueur, si douce habituellement, si acide aujourd’hui. Il s’était enfin assoupi, elle se leva pour préparer un café fort. Elle profita de cet instant de solitude pour prendre dans ses doigts, la médaille et la chaîne. La médaille était gravée et portait le nom de Caroline, des larmes de douleur sillonnèrent ses joues blafardes. Elle cacha le bijou dans une pile de linge de maison.

Carine attendit avec impatience, qu’une heure décente s’affiche à sa montre pour téléphoner chez les Mungier. C’est Fanny qui décrocha. Surprise, Carine, déconcertée, eut une hésitation et ne se décida à parler que lorsque Fanny, commençant à s’impatienter, répétait des allo secs et pressants.

. Veuillez m’excuser de vous déranger, mademoiselle, Carine Aley à l’appareil Je voulais savoir s’il vous était possible de venir ainsi que votre sœur et votre maman, prendre le thé, cet après-midi ?

-Maman est partie travailler, et ne rentrera que tard ce soir, mais, téléphonez ce soir vers vingt et une heure, elle pourra vous répondre, je vous remercie de votre invitation et j’espère que nous nous reverrons très bientôt.

-Merci, mademoiselle, faites toutes mes amitiés à votre famille, au revoir.

Carine Aley était honteuse de son égoïsme, elle n’avait pas pensé que les parents travaillaient et avaient d’ailleurs eut une nuit très courte.

 

 

 

 

Habillés de pieds en cape, prévoyants, ayant chaussé de bonnes chaussures de randonneurs, Victor er Thomas avançaient à grands pas. Ils avaient déjà parcouru deux bons kilomètres, avaient passé la clairière du pique-nique et s’avançaient maintenant dans des fourrés épais. Thomas, sûr de lui, était passé devant, et armé d’une grande perche trouvée au bord de la rivière, cinglait les hautes herbes, ce qui leur permettait d’avancer plus vite. Ils ne parlaient pas, concentrés qu’ils étaient, à repérer ce qu’ils laissaient au bord du chemin. Depuis quelques centaines de mètres étaient apparues de vieilles pierres en apparence éparpillées, mais Victor, s’arrêtait régulièrement et faisait un topo sur le papier dessin dont il s’était muni. Thomas cria : Nous approchons. Victor lui répondit : Il y a beaucoup de ruines par ici, je vais mettre un peu plus de temps mais je crois que cela en vaut la peine. Leurs voix résonnaient, se répercutaient se cognaient contre de multiples obstacles et revenaient en écho. Apparemment ils étaient seuls.

Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux tant cherchés, Victor eut un sifflement admiratif quand il vit l’arbre, dont lui avait parlé son voisin. Il était éffectivement gigantesque et d’une hauteur vertigineuse, Victor fit remarquer que l’on ne pouvait apercevoir le haut.

 

 

 

Ils sortirent le matériel embarqué et commencèrent à prendre des mesures. Thomas, auparavant, indiqua à son coéquipier, la masse multicolore qu’il avait placé sur les pierres, afin se les protéger de l’humidité nocturne. L’étonnement marqua les traits de Victor qui s’approcha, et dut reconnaître qu’il n’avait jamais vu un tel végétal. Il mire les cornes à l’abri dans un panier et continuèrent à prospecter.

Thomas Gregouin dit doucement d’une voix hésitante :

-Ce qui me gêne le plus, c’est que nous n’avons pas le droit de garder cela pour nous, il faudra bien prévenir des collègues éminents aussi bien des archéologues que des spécialistes de la flore.

-Mais ça ne va pas ! s’écria Victor. Laissez nous chercher d’abord, si nous trouvons, si nous obtenons des résultats alors, nous verrons bien. Sa position rassura Thomas qui abondait dans son sens.

Ils commencèrent par prendre le périmètre de l’arbre, à l’aide d’un décamètre qui à leur grand étonnement s’avéra trop petit. Il manquait vingt bons centimètres. Incroyable !

Ils restèrent muets, se regardant, et voulurent recommencer, tant la chose paraissait étrange. Même résultat.

Bon ! Nous ne sommes pas fous, affirma Victor pour se rassurer. Cet arbre est vraiment très vieux, je me demande si nous avons une possibilité de pouvoir l’évaluer.

-Sans doute, lui répondit celui qui en très peu de temps était devenu son ami. Mais il va falloir que je me renseigne à l’université, j’ai encore quelques amis, âgés, certes, mais qui ont bon pied, bon œil. Ils ne purent évaluer sa hauteur et décidèrent de mettre Eric dans la confidence il avait du faire de l’escalade, il en avait parlé à Julian.

Maintenant ils leur restaient à examiner les lieux avec attention, ce qu’ils firent sagement et tranquillement. L’un prenait les mesures, le second les notait dans un carnet. Le mur pyramidal retint plus particulièrement leur attention. Il formait un triangle équilatéral parfait. Etonnant tout de même ! 1m,50 de côté.

Le long de ce mur, un tapis d’herbe soyeuse tapissait un espace de……..1m,50 La, ça commençait a ne plus impliquer le hasard .

Thomas se pencha pour prélever, ce qui lui paraissait une herbe inconnue. Il appuya sa main gauche sur ce tapis qui paraissait si sympa, et approcha la gauche, armée d’une paire de ciseaux. Il coupa un minuscule brin de cette herbe et….. Tomba sur ce tapis sans un mot, sans un cri !

Victor, étonné crut tout d’abord, qu’il avait été déséquilibré, et sourit. Thomas restant sur le ventre sans bouger, il s’inquiéta, s’approcha, pris les pieds de son ami et le tira hors de la zone verte. Il cria, et constata que Thomas ne bougeait pas.

Il secoua son ami, et, n’obtenant aucun résultat, le retourna, le secoua à nouveau, et obtint cette fois, un résultat inattendu, Thomas s’assit, ouvrit des yeux d’halluciné, et hurla. Victor, bien que d’un caractère calme et posé, pas trouillard pour un sou, se demanda si il était devenu brusquement fou. Comme le cri se poursuivait et devenait insupportable, il employa le moyen à sa portée et envoya une prune dans la mâchoire de son ami.

Avec soulagement, il constata que celui-ci se réveillait, et le regard hagard, posait sur les choses qui l’environnaient des yeux vides. Pour se rassurer Victor approcha son visage de celui de Thomas et hurla :

-CA VA ? QU’EST-CE QUE T’AS ?

-MOINS FORT, MON AMI, JE NE SUIS PAS SOURD !

-Mais qu’est que tu as eu, un malaise ?

-Pas du tout, répondit Thomas. J’ai eu une étrange impression, j’étais ailleurs, je voyais des choses différentes, des personnages qui se battaient, des paysages inconnus bien que très proches des nôtres, des gens qui couraient dans tous les sens et la sensation que quelque chose de terrible et d’effroyable se précipitait vers moi.

-Mais tu n’es resté que quelques secondes au sol, fit remarquer Victor !

Pensif, Thomas répondit :

-Je crois que les enfants ont raison. Ils sont allés ailleurs, et moi aussi, et je t’assure que je n’ai pas envie d’y retourner.

A ce moment, surprenant les deux explorateurs, l’arbre se mit à bouger, d’une telle force que les deux compères reculèrent et, ayant repris un peu leurs esprits, furent les témoins d’un étrange phénomène. Les branches de l’arbre étaient secouées comme si un ouragan le prenait dans un tourbillon infernal et le faisait souffrir. D’ailleurs, il souffrait ! Des gémissements presque humains parvenaient aux oreilles des deux amis, suffoqués, qui attendirent sans bouger que le magnifique arbre cesse de souffrir

Ils attendirent sans mot dire que leur esprit se calme, ils eurent du mal à se remettre de ce tourbillon et rebroussèrent chemin, sans dire un mot, d’un accord tacite.

-Tu as vu, dit Victor, il n’y a pas de vent.

C’est exact. Je commence à me demander si nous sommes réellement éveillés !

Le retour fût silencieux où presque. Les deux hommes réfléchissaient et ne parlaient que par monosyllabe. Comment s’y prendre pour donner un sens à tout cela.

-Il va falloir demander aux deux gamins de nous accompagner, dit Victor. Les mamans ne vont pas être d’accord, et je les comprends.

-Nous viendrons tous ensemble, répondit Thomas, ça sera mieux et moins inquiétant pour tout le monde.

 

 

Autre page

Fanny relisait les notes prisent lors de la soirée. Elle était perturbée, mais se rassurait en se disant qu’elle était normale, bien des personnes à la place de sa sœur où de Julian auraient déjà la camisole de forces. Il avait montré bien du courage, le petit gars d’à côté. Lui qui paraissait si tête en l’air, l’avait bien sur les épaules ! Garder un secret si lourd, si longtemps, , il aurait pu le confier rapidement à quiconque. Il faut dire que, connaissant l’oiseau, personne ne l’aurai cru. Tout de même, cela faisait presque six mois qu’il vivait avec ça sur le coeur. Chapeau !

Elle pensait également qu’il avait été perturbé par son père, et que parler comme il l’avait fait,dénotait une force de caractère peu commune, même si son vocabulaire était à revoir. Elle éprouva pour lui un sentiment de tendresse fraternelle. Elle relut avec plus d’attention les deux colonnes de sa feuille.

1Julian-vieillard--------------------- jardin-perles-semer

2distribution-------------------------- conséquences-améliorations

3Sophie-Julian----------------------- enfants Aley- Myriem-aieul

4mystère :chaîne- sachet( papillon- carton)

A noter : les enfants ont disparu dans la forêt, ils s’appellent bien Caroline et Martin.

Myriem est morte accidentellement.

Le grand-père est mort de vieillesse

Morts différentes-pas de liaison possible- pas la même époque.

C’est tout ce qu’elle avait noté. Elle pouvait maintenant continuer ses recherches.

Quelque chose l’avait intriguée sur le coup, mais elle ne parvenait pas à remettre le doigt dessus. Mentalement elle rembobina ses souvenirs et retrouva ce qui la turlupinait. Les enfants avaient tous deux « voyagé ensemble, mais sur place s’étaient séparés ». Or, maintenant, elle se sentait proche, très proche de ce qu’elle cherchait.

Sophie et Julian ne s’étaient pas rendus compte, qu’ils avaient au même moment, des conseils similaires, donnés par des personnes différentes : ILS DEVAIENT PARTIR TRES RAPIDEMENT. Mais pourquoi s’interrogea Fanny ? Aucune réponse plausible ne lui venait à l’esprit .L’un avait été très heureux de tomber dans les bras de son aïeul et inversement. De plus, Myriem avait paru encore plus pressante. L’autre, avait rencontré par hasard, deux jeunes gens qui lui avaient laissé un message, mais lui avaient instamment, demandé de partir. Curieux. Hasard, hasard, il n’avait plus l’air d’y en avoir eu. Fanny n’eut plus qu’une envie, allé voir ce « là-bas » si mystérieux. Mais en aurait –elle le courage, si oui, sa sœur accepterait-elle de l’y accompagner ?

Bon, se dit-elle, revenons sur terre. Comme si elle l’avait quittée !

Elle descendit au moment où ses frères rentraient essoufflés et affamés. Sophie était avec Marjorie et lui faisait à sa demandes des confidences. C’est -t-elle qui en savait le moins. Elle avait du mal à mettre des images sur ce que lui disait son amie. Elle eut une brillante idée. Toi Sophie, qui dessine si bien, tu pourrais certainement nous faire une peinture où une aquarelle !

Le regard de sa voisine s’anima. Elle sauta sur ses pieds, dévala l’escalier, courut vers sa maison et alla chercher son matériel. Vite, elle s’enferma dans sa chambre et se mit au travail. Tout était clair, limpide, elle était repartie « là-bas »Elle commença par le paysage, parfois, elle regardait le plafond sans le voir, pour peaufiner des détails, puis le pinceau repartait guidé par une main habile. Au bout d’une heure, elle avait planté le décor, et avait esquissé les silhouettes qui composaient les groupes rieurs, elle était satisfaite de son travail et s’apprêtait à poursuivre lorsque elle entendit sa maman l’appeler. Lorsqu’elle descendit, tout le monde s’afférait autour de la table. Le temps avait passé très rapidement elle en était toute étonnée, et surtout pressée de poursuivre ce qu’elle avait si bien commencé, mais se vida la tête momentanément, pour profiter de l’ambiance familiale toujours harmonieuse. Chacun raconta les petites anecdotes du jour, et pensait à la rentrée.

Quand elle put reprendre, ce qui était un plaisir, Sophie s’attacha à rendre le mieux possible, les expressions des visages des deux adolescents, elle se souvenait aussi de leurs vêtements et fût surprise de voir qu’il était plus de minuit lorsqu ‘elle se coucha. Elle était très contente du résultat et passa enfin une bonne nuit.


Mr Gedouin et Mr Henri, qui étaient désormais inséparables- les événements les ayant unis encore un peu plus- partirent en voiture voir un éminent botaniste, ancien collègue de Thomas, ils allaient lui confier une corne tronquée et surtout un des brins d’ « herbe » pour analyse. S’il posait des questions, ils devraient lui dire qu’ils tenaient, momentanément au secret, tout dépendrait des résultats qu’il pourrait lui donner. Ça va le motiver ajouta Thomas, mais il va être grincheux, c’est sûr ! Et il éclata de rire. Ils firent quelques courses leurs paraissant nécessaires pour leurs expéditions futures. Il fallait qu’ils mettent Eric au courant, lui le costaud et discret serait bien utile. Ils téléphonèrent en rentrant, chez Hélène, pour savoir si Eric serait présent ce soir. Un peu gênée-mais ça ne durerait pas !- Elle répondit par l’affirmative en indiquant qu’il ne serait pas là avant vingt et une heure, poliment, ils lui dire qu’ils le rencontreraient plus tard.

Ils se dirent qu’il ne fallait pas déranger des amours débutantes

Le lendemain, Samedi, Thomas reçut un message de son ami botaniste, qui enthousiaste, lui apprenait pourtant une mauvaise nouvelle, sa corne était inconnue. Il avait envoyé par le NET, à tous ses confrères du monde entier, les

 

 

 

plus éminents, le descriptif de la corne, photos à l’appui, fermée, ouverte, perles prises à part. Toutes les réponses étaient négatives mais jubilatoires. Ils voulaient tous un spécimen. Quant à l’herbe, c’était une plante elle aussi inconnue. Son ami eut une hésitation, mais poursuivit : Ecoutes, je vais te sembler marteau, mais…..j’avais posé, hier soir, ce minuscule brin sur ma paillasse à un endroit bien précis, juste devant mon microscope, à côté d’une autre plante malade, d’on je devais déterminer la maladie. C’est le jardin des plantes de Caen qui me l’a envoyé pour essayer de déterminer quels soins lui apporter. Tu ne va pas me croire, mais cette plante n’est plus malade ! J’aimerais que tu m’en apportes un peu plus, parce qu’un brin, c’est un peu court !

Très ennuyé, Thomas lui répondit qu’il fallait qu’il réfléchisse mais qu’il ne lui disait pas un non définitif. Il sentit la déception dans la voix de son collègue, mais il ne pouvait pas assumer cette décision seul. Ils se quittèrent sur des salutations réciproques et sur l’espoir de se revoir très bientôt.

Thomas resta un moment rêveur, puis décida d’aller voir Victor. Il fallait réfléchir ensemble, quoique la solution lui échappa complètement.

On était donc Samedi et Thomas décida d’inviter son ami au restaurant. Celui- ci accepta, et c’est en prenant l’apéritif dans un coin feutré de la salle que Thomas, relata la discussion du matin. Quand il en vint aux propriétés supposées de la plante, Victor ne pût retenir un NOOOooon ! Si sonore que des têtes se tournèrent vers eux, et qu’il la mit en veilleuse !

Le repas fût succulent et, évidemment, la conversation roula sur des suppositions plus étranges les unes que les autres. Quand ils sortirent, ils n’avaient pas avancé d’un iota.

Ce dernier week-end qui marquait les vacances de Pâques, fût paisible. Le temps était au calme et tous les habitants aussi. Les copains firent une dernière sortie qui mît à mal les derniers brins d’herbe encore intacts Le champs était celui d’une bataille, les copains s’en étaient donné à cœur joie et s’écroulèrent en fin d’après-midi, Les jambes en coton, le souffle court, ils restèrent allongés, silencieux, goûtant avec délice l’air frais presque mentholé, de ce coin de campagne qui leur appartenait.

Les filles s’étaient réunies, elles occupaient un coin du jardin des Mungier, ce qui arrangeait bien les tourtereaux, qui roucoulaient effectivement, dans le jardin d’à côté. C’est ce que tout le monde croyait. Les tourtereaux, certes étaient bien là, mais ils n’étaient pas seuls. Thomas et Victor les avaient rejoints, invités par Hélène, qui savait qu’ils désiraient voir Eric. Le récit qu’ils firent des derniers avatars, et des résultats d’un pro de la botanique ne rassura en rien Hélène, qui paniqua quand ils inventèrent de mêler Eric à leurs élucubrations.

-NON, dit-elle. Vous n’ignorez pas que je suis passée par de sales quarts d’heure, que Julian a été pris dans une tempête dont il ne se remettra peut-être jamais vraiment, il n’est plus le même depuis. Je le trouve tristounet ce qui n’est pas dans son caractère. Nous avons tous été secoués par ces évènements, et je tiens à ce que le soufflet retombe. Vous ne m’en voulez pas, j’espère ?

Les dénégations des deux hommes la rassurèrent, mais, un fond d’inquiétude pesait encore comme un pavé sur l’estomac. Eric n’avait pas prononcé un mot, se contentant, par de petits signes de tête, d’approuver les dires de sa compagne.

 

Les filles s’étaient tout dit, Sophie leur avait montré son aquarelle, et, béates d’admiration, avaient chacune fait leurs commentaires. Fanny s’était interêssée plus aux personnages qu’au paysage et Marjorie avait fait exactement l’inverse.

Leurs commentaires furent donc riches d’enseignement, et Sophie, toujours silencieuse, les écouta avec grande attention. Fanny, s’exprima la première :

-Je remarque, tout d’abord que tu as une mémoire insolente ! Je n’ai rien vu, pourtant je m’y crois ! Incroyables, tous ses détails que tu as retenu ! Ce qui me suffoque le plus, ce sont les traits des visages, comment t’y prends-tu pour les rendre aussi vivants ?

-Mais, ils sont vivants, Fanny ! Je n’ai fait que reproduire ce que j’ai vu, et encore, je m’aperçois qu’il manque quelques détails. Il faudra que je reprenne certaines choses.

-Ne fais pas ça, petite sœur ! D’accord, je n’ai rien vu, pourtant je reconnais certains traits des Aley dans les visages que tu as peint. Regardes l’arête du nez du garçon, c’est exactement celle de son père ! Et le sourire de la jeune fille est celui de sa mère ! Ils sont élancés tous deux comme leurs parents, et ce qui me ravit c’est l’air de bonheur qu’ils promènent, on dirait qu’ils vont traverser le papier et venir nous saluer. Incroyable !

Marjorie, se sentit un peu penaude. Elle n’avait pas prêté attention, plus que ça, aux divers personnages du tableau. Ce qui l’avait subjugué, c’était ce paysage de rêve. On aurait dit un prospectus d’agence de voyage. Là où tout était beau, chaud, là, où tout était uniquement bonheur et sourires, là où on rêvait de partir.

Fanny, approuva, ajouta qu’elle n’y avait pas prêté attention, mais que les mots de Marjorie étaient les plus proches de la réalité.

Sophie reprit son dessin et se leva sans dire un mot. Il fallait maintenant, que Julian voit ce quelle avait réalisé, c’était lui, et lui seul qui pouvait lui donner un avis sans préjugé.

Elle rentra dans la maison, monta dans sa chambre, regarda par la fenêtre, et aperçut le jardin voisin et ses occupants. Déçue de ne pas voir son ami d’infortune, et furieuse de passer pour une indiscrète, elle s’étendit sur son lit, elle se sentait fatiguée. De fait, elle s’endormit rapidement, Bigoudi à ses pieds.

 

 

 

 

Fanny n’avait pas l’intention de rapporter à toute la famille, ce quelle avait déduit de ses notes. Pourtant le désir compulsif de se débarrasser de ses conclusions fût le plus fort, elle partit chez Mr Henri pour lui faire part de ses conclusions et de ses inquiétudes. Elle trouva porte close mais poursuivit vers la maison de Mr Gedouin. Idem. Sans se décourager, elle se dit qu’il restait la journée de demain pour se soulager de ce qu’elle prenait maintenant pour des secrets personnels et trop lourds. Il n’était pas dit qu’elle doive supporter ainsi de telles idées, il fallait qu’elle arrive au lycée, la tête vidée, prête à ingurgiter de nouveaux savoirs. Vive l’école soupira t-elle. Au moins elle y retrouverait sa meilleure amie. Pourrait-elle lui confier une partie de ses histoires incroyables ? Ses frères n’y croyaient toujours pas.

La soirée de ce Samedi était festive. Ne pouvant se quitter, tous les nouveaux amis étaient réunis dans le jardin d’Hélène, chacun ayant apporté ce qu’il avait dans le frigo, on cassa la graine joyeusement, dans la fraîcheur du soir, but modérément, sous le regard indulgent des femmes, qui après tout, ne devraient pas dormir avec les deux plus soiffards, les deux plus âgés à qui il ne fallait pas demander l’exemple, et qui pourraient ronfler tout leur soul, sans déranger personne.

Ils avaient, tous deux, de bonnes raisons de se piquer le nez. Dans l’après-midi, Victor avait fait un tour de jardin, et avait découvert, derrière un bout de haie, un petit bout de plante, qu’il prit immédiatement pour une cochonnerie, et, s’apprêta à l’arracher. Surpris, il se remémora le petit ratichon auquel tenait tant son voisin, et se retint in-extremis. C’était la même plante, il fallait prévenir, discrètement, Thomas. Avec ses gros sabots, il siffla, et fit un grand geste du bras, pour attirer l’attention de celui-ci. Ah, pour attirer l’attention, il l’attira ! C’est toute la clique qui se leva d’un seul homme espérant découvrir la huitième merveille du monde ! Mais gêné, Mr Henri, s’empressa de leur montrer un petit nuage rosi par le soleil couchant. Il vieilli se dit la majorité des présents, déçus. Thomas avait cependant compris, et regardait en sifflotant aux alentours, ce qui n’était pas plus discret. Il comprit encore mieux lorsqu’il découvrit la plante, qui était beaucoup plus développée que la sienne, il enragea. Victor, avait surpris la mimique déconfite de son ami, et éclata de rire, il eut l’indulgence du public, qui mit cet accès d’hilarité sur le compte de l’alcool. On se quitta tard, la soirée avait été bonne, on se promit de se revoir le lendemain midi. Décidemment, on ne pouvait se séparer dans ce petit coin d’Armironches.

Le lendemain, la grasse matinée fût de rigueur, et tous prirent un petit coup de bien-être, où roulés en boule, la couette sur la tête, où fenêtre grande ouverte, respirant doucement l’air léger parfumé. Les fleurs à la rosée, donnaient un maximum d’arômes poivrés, et, Sophie, Fanny, Marjorie, en l’ignorant, profitaient ensemble de cette heure où le calme de la nature vous rend plus fort.

 

 

 

Tous les autres dormaient encore profondément, le travail pour certains, les jeux exténuants pour les autres, ayant eu raisons de leurs forces.

L’odeur du café gêna les filles, qui pour la dernière fois avant les ponts de l’Ascension et de la Pentecôte, profitaient de la fraîcheur vivifiante de ces jours de printemps. Les nuits et jours d’été étaient moins parfumés, souvent plus lourds et les fenêtres seraient bientôt fermées la nuit, où, pour conserver la fraîcheur, où, pour empêcher les insectes de pénétrer dans les maisons. Ils vivaient leurs plus beaux jours. Mais ils l’ignoraient.

Comme prévu, tous se réunirent pour l’apéritif, vers treize heures, la gueule de bois des deux séniors ne faisait aucun doute, mais n’avait pas entamé leur bonne humeur. Ils furent plus raisonnables et tempérants. Mr et Mme Aley étaient présents, leurs visages étaient plus reposés que la dernière fois et ils discutaient avec les uns et les autres sans distinction d’âge ni de sexe.

Comme d’habitude, c’était les Mungier qui avaient apporté, les plats de résistance, Marjorie avait préparé les salades, Fanny, s’était occupée des desserts. Les deux aînés, comme par hasard s’étaient coltiné les boissons !

Par jidelvi - Publié dans : roman
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