Guillaume et Joachim avait retrouvé leur copain avec une joie non dissimulée, mais Julian leur paraissait plus
secret, plus distant, même le ballon n’avait plus l’air de l’amuser. Ils ne cherchèrent pas à comprendre, peut-être les histoires avec son père duraient-elles encore. Ils se quittèrent pour le
repas du soir, les deux frères retrouveraient la famille au complet.
Le temps était devenu grincheux. Après une journée correcte sans plus, l’amoncellement d’épais nuages gris venus
avec la marée haute indiquait que le vent allait forcir et qu’il faudrait sortir les imperméables. Pourtant, la personne qui se baladait dans les bois d’Armironches, se fichait royalement du
temps, et, lentement, pas à pas, examinait le sol, s’arrêtant souvent, revenant sur ses pas, puis, reprenant ce qui pouvait passer pour une promenade. Il n’était pas revenu bredouille l’autre
jour. Une minuscule fleur blanche, inconnue de lui, l’avait rendu heureux, c’était peut-être une mince récolte aux yeux des néophites, mais pour lui c’était un petit trésor qui allait rejoindre
dans son herbier toutes les recherches du botaniste autodidacte qu’il était. Aujourd’hui, il semblait que la chance était absente, il allait reprendre le chemin du retour, d’autant que le soir
tombait. Le fin faisceau de sa lampe de poche, promenait sa petite lumière rasante autour du gros tronc qui lui causait tant de tracas, il insista quelques instants, ausculta pour la énième fois
le bois rugueux qu’il ne connaissait pas et palpa cette matière vivante, qu’il crut sentir palpiter sous ses doigts. Une violente bourrasque fit s’agiter les branches si hautes, et il reçut une
flopée de gouttes sur la tête. Surpris, il pensa « Il est grand temps que je rentre » et fit demi-tour. Stoppé net dans son élan, il remarqua avec surprise et ravissement, que le sol
était constellé de petites cornes tronquées, elles étaient toutes de différentes couleurs. Il en ramassa quelques unes, mais laissa la majorité à terre, n’ayant rien emporté pour déposer une
cueillette si fragile. Malgré tout, il protégea quelques spécimens, les déposant sur les vieilles pierres, qu’il connaissait maintenant parfaitement. A regret il rebroussa chemin, protégeant du
mieux qu’il le pouvait, ce qu’il considérait comme un trésor.
Mr Henri accueillit ses hôtes, d’abord le couple Aley puis vinrent, presque en même temps, Hélène et Eric, et les
Mungier, qui tous prirent place autour de la grande table de la salle à manger, arriva enfin Mr Gegouin, on était au complet.
L’ambiance n’était pas des plus légères et certains se demandaient ce qui pouvait bien la rendre si
lourde.
Après s’être raclé la gorge en toussotant, Mr Henri, s’adressa à tous :
-Certains d’entre vous savent déjà pourquoi nous sommes réunis. D’autres ne le sont pas du tout, c’est pourquoi,
j’ai préparé un petit résumé des péripéties passées.
Les Aley marquaient leur surprise discrètement, mais prémonition ou pas ils s’étaient pris la main. Eric et
Hélène avaient fait de même, les Mungier paraissaient très calmes et Mr Gedouin montrait un visage fermé et fatigué.
Les faits furent contés minutieusement, dans le détail, le coup des perles commença à animer des visages jusque
là studieux sans plus. Ils étaient huit.
Bien que n’étant pas chez elle, Sophie avait pris les choses en main. Julian était soulagé, et d’ailleurs il en
avait plein le dos de toutes ces histoires. C’était très mystérieux tout ça, et alors ! Il resta boudeur et donc silencieux, pendant que Sophie distribuait à chacun feuille et
stylos.
Qu’est-ce qui lui prends se dit-il. On n’est pas à l’école ! Puis il vit les deux colonnes préparées, d’un
côté : les faits, de l’autre, les questions.
Chouette ! s’écria Guillaume, un nouveau jeu !
-Ben tu vas être déçu ! lui répondit Julian.
Sophie reprit les choses en main et demanda à tous d’écouter très attentivement ce qui allait suivre, elle
ajouta : vous notez au fur et à mesure sur la feuille tous les éléments essentiels, je vous en prie, soyez attentifs. Julian c’est à toi, commence.
Il pensa : Pas commode la petite j’espère qu’elle s’ra pas prof plus tard !
Se reprenant, c’est en fronçant les sourcils, pour mieux se concentrer qu’il commença le récit à partir de la
balade en vélo. Il n’omit rien et les plus étonnés furent ses deux potes, bouche bée, mais le cerveau en ébullition, qui découvrait une facette inconnue du caractère de leur ami. Il pensa à
signaler le changement de comportement des personnes ayant goûté aux perles, le sien, celui de Sophie, de Fanny, de celui de Pirague, mais ne put parler de celui du curé, il aurait fallu demander
à sa gouvernante qui l’avait quittée depuis d’ailleurs.
Certains avaient noté quelques mots, la plus prolifique étant Fanny qui avait déjà pratiquement rempli les deux
colonnes. Ses frères se demandaient ce qu’elle avait pu écrire. Ils reconnaissaient dans leur for intérieur que tout ça n’était pas banal tout de même. Quand Julian en vint à dire, qu’il
possédait encore des perles, tout le monde s’agita et chacun eut envie de les voir. Mais il fallut attendre, c’était pour le dessert.
Sophie reprit au moment du pique- nique et comme vous connaissez toute l’histoire je ne vais pas vous lassez en
la bissant.
Le silence qui régna après le mot fin, fut à couper au couteau. Personne n’osait bouger.
-ALORS ! cria Julian pour soulager sa panique, et ficha, par là même, une frousse bleue à tous les
autres.
-Mais t’es malade ! Lui dit sa sœur, j’ai failli avoir une crise cardiaque, imbécile !
-MAIS JE VOUDRAIS VOTRE AVIS ! hurla l’ostrogoth qui s’était mis debout pour mieux invectiver la
tablée.
-ON N’EST PAS LE PREMIER AVRIL ! gueula littéralement Guillaume laissant ainsi entendre qu’il n’avait pas
cru une seule seconde à tout ce galimatias
-SI TU ME CROIS PAS, TU PEUX PEUT ÊTRE CROIRE TA SŒUR, NON? Brailla Julian tout aussi fort.
C’était là un argument de poids. Le silence reprit sa place, seules, Fanny et Marjorie grattaient, et le nez sur
leur feuille, continuaient à écrire.
Julian était monté chercher les perles restantes et, étonnement, les avait trouvées rapidement. En les voyant,
les deux frères restèrent sceptiques, et suggérèrent qu’il pouvait très bien s’agir de vulgaires perles vendues dans le commerce.
Vexé, et surtout déçu par ses copains, Julian leur proposa d’en manger une chacun, mais Sophie intervint
sèchement en faisant remarquer à son copain d’infortune, qu’il se devait de les semer. Il baissa la tête et l’admit.
-AH TU VOIS QUE C’EST UNE BLAGUE ! S’exclamèrent en cœur les deux frères, Sophie, montre nous ce que tu dis
avoir ramener, demandèrent les garçons.
Vous me décevez beaucoup tous les deux, dit-elle. Je ne peux rien vous montrer j’ai donné ce que j’avais à Hélène
elle va montrer la chaîne aux Aley.
-Tiens, tu vois ! ça aussi c’est trop facile, on a rien à se mettre sous la dent, quoi ?
-PAUVRES ANDOUILLES ! dit Julian, en criant d’une voix de fausset, allez dormir ! Sur les deux oreilles
encore ! Et oubliez nous !
Ce que firent aussitôt les deux frères.
Fanny suggéra d’en faire autant et de se revoir le lendemain lorsqu’on aurait les résultats de la réunion des
adultes.
# FIN DU BLOG
A deux cents mètres de là l’ambiance était tout autre. Lorsqu’Eric commença son récit, il appuya sur le fait
qu’il n’avait jamais quitté des yeux les deux enfants. Il n’avait pas eu l’impression qu’ils dormaient vraiment, ils paraissaient simplement se reposer, les yeux clos. Bigoudi avait entendu et vu
des branches bouger et s’était mise à aboyer. Il estimait à cinq minutes peut être à sept ou huit mais pas plus, le temps que les enfants avaient passé sur place, il les avait suivis également au
retour tant qu’il l’avait pu, mais les enfants avaient cavalé avec la petite chienne. Rien d’autre à signaler.
Hélène, soupira avant de prendre son courage à deux mains, les moments qui allaient suivre seraient très
difficiles, surtout pour les Aley.
Je dois dire, tout d’abord, que je me reproche d’avoir mis en doute es dires de mon fils. J’ai douté de lui parce
qu’il est le spécialiste des blagues qui ne font rire que lui, mais j’avais tort, il me l’a prouvé.
Il m’a rapporté des preuves de son « voyage » Des preuves qui m’ont fait mal, qui m’ont fait remonter
le temps et m’ont fait douter de ma raison. Elle poursuivit. Julian a jeté sur la table, ce que Myriem lui avait donné. J’ai reconnu ce message et je peux vous assurer, qu’il n’y avait qu’elle
pour savoir que je penserais à elle.
Elle sortit alors les menus objets que lui avait donnés son fils, et expliqua ce que chacun
signifiait.
Un silence ici, régnait aussi. Ce n’était pas le même. Il était étouffant, tombait sur les épaules de
chacun, vivait sa propre vie, et oppressait les personnes présentes.
Marielle prit la relève, et d’un ton plus doux, tenta d’expliquer l’inexplicable . Elle connaissait bien sa fille, sa pondération, sa timidité, sa franchise, et finit par sortir de sa poche, la
chaîne et la médaille qui l’accompagnait. Elle avait placé le tout au milieu de la table, en espérant sincèrement que ça ne déclencherait aucune réaction négative.
A peine avait-elle fait ce geste, que Carine Aley, tenta vainement de se lever en poussant un cri étouffé. Son
mari la retint, elle s’affala dans ses bras, le teint livide, elle était devenue une poupée de chiffons, pâle, le regard vide, abandonnée, la respiration courte et faible. Elle avait
immédiatement reconnu le bijou offert par ses parents à la naissance de Caroline.
Ce fut la preuve qui manquait à Mr Henri, qui s’excusa du choc provoqué mais argua du fait qu’il avait été
nécessaire, pour prouver la véracité des faits que les gamins avaient rapporté.
Carine Aley pleurait doucement, la tête posée sur l’épaule de son époux, celui-ci le regard brouillé, absent,
réfléchissait sans doute à l’impossible. Il y aurait eu un doute, que Mr Gegouin le leva aussitôt. Il conta, d’une voix monocorde, ses sorties diurnes et nocturnes, ses dernières découvertes, et,
enfin, très délicatement déposa devant tous les cornes tronquées, dernières trouvailles de ses recherches.
D’une voix posée et un peu monocorde, il expliqua que durant des semaines il avait fait des recherches, longtemps
infructueuses, mais que sa ténacité avait été récompensée par une récolte inespérée. Encore fallait-il qu’il sache à quoi rimait ces perles et maintenant le tégument. Après bien des nuits
blanches, il avait obtenu des renseignements qui se recoupaient et il possédait, maintenant le nom, les propriétés de cette plante disparue depuis au moins mille ans. Plus personne ne disait mot,
même les gémissements de Carine Aley s’étaient tus. On attendait la suite. Elle vint après mûre réflexion de Mr Gegouin. Il reprit.
L’arbre qui donne ces fruits se nomme « un Ironche » et je suppose que, miraculeusement nous possédons
le seul spécimen restant sur cette planète. D’après plusieurs auteurs, dignes de foi, c’était un arbre considéré comme sacré par nos ancêtres, on lui prêtait nombre de propriétés bénéfiques, dont
la guérison de bien des maladies et ses graines étaient conservées précieusement par les apothicaires d’alors qui soignaient maintes maladies grâce aux graines qui guérissaient sans qu’on puisse
savoir pourquoi. Il se tut.
Les personnes présentes étaient muettes, ce qui ne les empêchaient pas de réfléchir, mais leurs neurones étaient
anesthésiés et ils prirent du temps pour se réveiller. Tout le monde voulut s’exprimer en même temps. Sauf Carine Aley qui avait pris délicatement la chaîne dans ses mains, et l’examinait avec
attention. Les autres discutaient dans un brouhaha confus et se turent à bout de paroles.
L’heure était avancée, et Mr Henri demanda s’il ne serait pas mieux de se quitter maintenant, de prendre du repos
et de se revoir bien vite, la réflexion et les éclaircissements étant venus après la nuit. Tous se levèrent, et prirent congé de leur hôte, qui, cependant, tenait fermement le bras de
l’instituteur, pour lui indiquer qu’il tenait à poursuivre une conversation privée.
A l’extérieur la température état fraîche, et chacun se serra contre son conjoint ! Ils ne
parvenaient pas à se séparer, et Carine vint trouver Marielle et lui demanda, implorante, si elle et son mari pourraient rencontrer leur fille, seule témoin de la présence onirique de ses
enfants. Marielle la reprit doucement, et lui dit que ce n’était pas un rêve. Sophie avait bien spécifié qu’elle avait rencontré deux jeunes gens et non pas des enfants. Elle ajouta que pour
l’instant, dans l’état actuel des choses, il fallait attendre, comprendre, mais qu’il fallait faire confiance à Sophie, que le couple rencontrerait dés que possible. On se salua avec gravité,
l’heure ne prêtant pas à sourire et l’on se sépara. Carine avait gardé la chaine et la médaille, nul doute qu’elle n’était pas prête de les lâcher.
Lorsqu’ils rentrèrent, Hélène et Eric, montèrent directement dans la chambre et bien vite, oublièrent tous leurs
soucis dans les bras l’un de l’autre, d’autant qu’Eric se levait tôt pour prendre son poste, pas de temps à perdre les câlins d’abord, les ennuis ensuite. De l’autre côté de la cloison, une
oreille fine avait captée les voix du couple, et Marjorie eut enfin un motif de sourire et se dit, voilà une histoire bien partie ! Enfin.
Les deux compères s’étaient réfugiés au salon. Installés dans de confortables et profonds fauteuils, un verre de
cognac à la main, ils se repassaient le film de la soirée. Leurs cerveaux en ébullition, ils tentaient vainement d’élucider ne serait-ce qu’une petite partie de cette histoire plus
qu’abracadabrante. En vain. Thomas (Mr Gegouin) admit que sur un point les enfants n’avaient pas menti, il avait lui-même trouvé des perles et trouvé l’arbre décrit dans un récit mythique écrit
au huitième siècle que le directeur de la bibliothèque nationale, lui avait laissé consulté, à ses risques et périls, sachant que son vieil ami était fou de botanique, toujours à la recherche de
plantes disparues.
-Attendez ! Attendez ! Thomas, ne me dites pas que cet arbre est un fossile, et que de plus nous sommes
les seuls à en posséder ?
Après une brève hésitation, Victor (Mr Henri) répondit, en effet j’en ai un dans mon jardin. Il est tout petit,
certes, mais il pousse bien.
Stupéfaction de Victor, qui, jaloux, lui qui se flattait à juste titre de posséder le plus beau jardin du pays,
ne voulait croire à cette nouvelle histoire, qui venait se greffer sur les autres.
-Qu’est que vous me racontez là !
J’ai trouvé, ce que tout le monde appellerait une mauvaise herbe, dans le talus, à la merci des galopades où des
roues de bicyclette. Je l’ai donc prise, l’ai laissée grandir à sa guise, et la voilà qui pousse en prenant comme tuteur le cerisier d’à côté ! Je vous la montrerais demain et si vous le
voulez, nous pourrons aller voir ce spécimen rare, qui est dans la forêt, et bizarrement installé dans de vieilles pierres qui sont aussi, pour moi, une nouvelle énigme.
-Oh, pitié s’écria Victor, nous voilà parés pour un long bout de temps, heureusement que nous sommes
retraités ! Ne m’annoncez plus rien d’extraordinaire, nous avons suffisamment de pain sur la planche !
Sur ce, les verres furent sirotés, une franche poignée de main scella la soirée, les deux hommes se quittèrent en
se souhaitant une bonne nuit.
Ils étaient pressés de vieillir, pour une fois !
Marielle et son mari étaient rentrés se coucher, mais discutèrent encore longuement. Ils étaient inquiets pour
Sophie que les événements avaient du secouer, malgré les apparences. Le travail reprenant dans quelques heures, ils éteignirent bien vite.
Le soleil déjà fort, absorba goulument les gouttes de rosée, et les Mungier partirent au travail
ragaillardis, le temps jouant beaucoup sur les humeurs.
Eric était sorti sur la pointe des pieds, vers quatre heures et demie. Hélène avait les traits tirés lorsqu’elle
se leva. Elle trouva Marjorie , chantonnant, mettant la table, ayant préparé du café, et qui lui dit, un sourire badin aux lèvres :
-Bien dormi, maman ?
Le regard que lui lança celle-ci, fut innocent et étonné.
Marjorie pensa, je ne la croyais pas aussi comédienne !
-Comment c’est passé votre soirée, demanda Hèléne ?
-Oh, très survoltée, il aurait fallu débrancher les garçons, si tu veux mon avis !
6Tu me raconteras ça ce soir, promis ?
-Pas de problème, bonne journée et n’en fait pas trop, tu m’as l’air surmenée, j’ignore
pourquoi !
Et vlan, prends ça dans les dents se dit Hélène, en voilà une qu’on ne pourra pas berner
facilement.
Julian se leva tard et déjeuna avec appétit. Il avait décidé d’être amnésique pendant quelques temps. Ras le bol
de ses histoires. Plus d’aventures dans les bois. Il allait se contenter de jouer sur son ordinateur de faire du vélo où des rollers. Il avait constaté que le temps était superbe et après avoir
fait sa toilette, il ressortit les calots qu’il avait retrouvés, et s’apprêta à fabriquer un bunker pour s’amuser au soleil, il y avait justement un tas de sable encore inutilisé sur le côté de
la maison. Il s’occupa ainsi un moment.
Bigoudi ! Bigoudi ! Appelait Sophie. Il ne bougea pas, se mit à chantonné, et continua à jouer
tranquillement. Sophie criait encore, sa chienne paraissait avoir fugué, ce n’était pas son problème. Dans trois jours l’école, c’est ou comme le temps passe vite en vacances ! Mais pour une
fois, il était content de revoir ses potes de classe et ses profs. T’est à moitié cinglé, mon vieux s’adressa-t-il.
La boule de poils qui vint lui fiche en l’air sa construction fragile, faillit le mettre en colère. Mais excitée
comme une puce, Bigoudi se roulait avec bonheur, se roulant, tournant comme une petite folle, lui léchant la figure dés qu’elle le pouvait, ce qui le fit éclater de rire. Sophie s’égosillait
toujours. Julian resta impassible, et joua avec la chienne un moment. Celle-ci était bonne pour un bain, et ça lui plairait beaucoup moins. Il entendit sonner, mais ne bougea pas, sa sœur allait
ouvrir. Il continua à jouer, la chienne amusée, énervée par les billes qui roulaient, les attrapait, mais mangeait du sable à chaque fois et crachait en plissant sa truffe, s’était
hilarant.
Sa sœur vint le chercher. Elle avait une mine lugubre, elle lui foutait les j’tons, celle-là.
-Viens, c’est un huissier qui vient nous chercher, il accompagne notre père, il veut nous emmener. J’ai prévenu
maman, elle arrive, mais il parait qu’il à le droit de nous prendre même si elle n’est pas d’accord.
-ET MON CUL, IL L’A VU ? Je n’irais pas, et toi non plus. Viens, on va courir jusque chez Mr Gedouin, lui il
nous cachera. Marjorie hésita, et finit par filer devant son frère. Ils arrivèrent essoufflés, ouvrirent sans même sonner le portillon du jardin et filèrent à l’arrière de la maison. Personne ne
les avait vus, mais Bigoudi que ce cirque amusait follement, aboyait devant le portillon.
-Merde, tonna Julian, cette andouille va nous faire repérer. A cet instant, Mr Henri et Mr Gedouin sortirent
d’une allée et ils se crurent sauvés. Les deux hommes furent mis au courant, mais Mr Gedouin fit une grimace qui augurait du pire.
Le plus calmement possible, il questionna les enfants, obtint des réponses claires et eut malheureusement de
mauvaises nouvelles à communiquer à Marjorie et Julian. Votre père est dans son droit, j’avoue que dans ce cas, la loi n’ai pas logique. Je vais vous accompagner, je verrais ce que je peux faire,
Mr Henri fit de même, Julian glissa sa main dans celle de cet homme si costaud et se sentit ragaillardi.
Ils ne mirent que quelques minutes pour arriver devant la maison. L’huissier les salua poliment, l’autre
personnage, apparemment très excité, se lança au devant des enfants qui eurent ensemble le même recul. Julian s’accrochait désespérément à son sauveur et commença à grogner comme un jeune chien
en colère. En colère, il l’était. Il était même arrivé au point de non retour, seule sa sœur savait de quoi il était capable, lorsqu’il était dans cet état là. Tout bas, elle lui souffla, calme
toi p’tit frère, t’en fait pas, tout va bien se passer. Il ne l’entendait pas.
Leur mère n’était pas encore arrivée.
Le père attaqua le premier, feignant d’ignorer la présence des deux hommes. Il ordonna aux enfants d’avancer, de
venir avec lui dans la voiture il ajouta qu’il était pressé. La cocotte minute, qu’était devenu Julian, sous la pression lâcha une bordée d’injures, qui laissèrent pantois, ceux qui assistaient à
la scène. Son père, l’avait attrapé par une manche, et tirait de toutes ses forces. C’en fut trop, pour les deux accompagnateurs, qui très calmement, s’adressèrent à l’huissier.
Monsieur, veuillez noter que ce monsieur est brutal, qu’il n’a montré aucun signe d’affection envers ses enfants,
et qu’il a une conduite indigne d’un père de famille.
L’huissier, également choqué par la brutalité du père, mais ne laissant rien paraître, nota les faits. A peine
avait-t-il écrit quelques mots, que le père des enfants arracha le papier des mains de l’huissier qui calmement plia son maroquin et signala au père, qu’il pouvait se chercher un autre huissier,
ajoutant qu’il ferait un rapport, relatant tous les faits qui venaient de se produire. Votre conduite a été inqualifiable et je comprends le recul de vos enfants. L’autre se mit à hurler, il
avait tous les droits, c’était lui le père et…Julian, à cet instant lança
-Qu’est que t’en sait ? Maintenant, on à Eric et lui il se conduit comme un vrai père, toi, va voir ta
poule, et ne remet plus jamais les pieds ici ! Tu as fait assez de mal comme ça. T’as de l’argent pour payer un huissier, mais t’en a jamais pour verser la pension alimentaire ! ça fait
six mois que tu n’ai pas venu nous voir, et tu arrives la bouche en cœur, pour faire encore du mal à maman et ben ça c’est interdit ! Allez- vous en, pauvre minus ! Julian s’était mis à
vouvoyer son père, et ne vous inquiétez pas si à la fin du mois on mange des patates où des pâtes, elles ont un goût d’amour, mais ça tu sais pas ce que c’est, un ?
Le père estomaqué, ne sut quoi répondre. Puis menaça à nouveau de représailles les deux enfants.
-Je reviendrais avec les gendarmes. Je vais aller voir un juge qui me donnera l’autorisation de vous prendre un
week-end sur deux et la moitié des vacances.
-DES CLOUS ! Hurla son fils, serrant de plus en plus fort la main de son sauveur . Nous ne partirons jamais
avec toi. Tu es parti un matin au travail, tu n’es jamais revenu.
-C’est joli ça ?
-Fous le camp ! Et ne remets plus les pieds chez nous, maintenant on a appris à être heureux sans toi. Et
puis, je vais te dire, Marjorie et moi ont a douze ans et demi, dans six mois ont passera devant un juge pour enfants et tu n’auras plus le droit de t’approcher de nous, voilà, j’ai
fini.
Il ne s’était pas rendu compte, qu’il avait crié, mais ses copains, et des voisins s’étaient approcher, prêts à
intervenir. Ca lui mit du baume au cœur.
Monsieur Monpair avait fui enfin et Julian put enfin lâcher la main de Mr Henri. Les deux enfants remercièrent
leurs accompagnateurs, leurs copains étaient tous là pour les réconforter, et ils virent arriver leur maman. Celle-ci était d’une pâleur de cire et courut prendre ses enfants dans ses bras,
Marjorie pleurait silencieusement.
L’huissier était toujours là, il donna des conseils à Hélène pour la suite, le temps qu’il faudrait a son ex pour
réunir les papiers nécessaires, devrait à peu près coin cider avec les treize ans de ses enfants, je vais faire un rapport plus que négatif pour votre mari, votre fils s’est bien défendu. Il se
tourna vers les enfants et les félicita. Il prit congé et fila vers sa voiture.
Julian s’était assis sur le muret, il était vidé. Ses copains l’encadrèrent, mais se turent. Il faudrait du temps
à Julian pour digérer l’algarade et retrouver sa bonne humeur. Mais les frères s’en chargeraient un peu plus tard.
Sophie avait assisté à toute la scène. Sortie pour chercher sa chienne, elle l’avait récupérée près du portillon,
et précédait de peu le quatuor.
Elle avait reconnu le père de ses voisins et aussitôt prévenu ses frères et sœur, qui étaient sortis à leur tour
pour supporter leurs amis.
Tout finissait bien, personne ne pouvait ignorer maintenant la romance ébauchée entre Eric et Hélène. Chacun,
silencieusement, s’en réjouissait.
Dans la maison depuis un moment, la mère et la fille discutait. La première chose qu’avait dit Marjorie c’était
que Julian avait dit à son père qu’il était heureusement remplacé, et qu’Eric était un meilleur père que lui. Comme Marjorie, sa mère fut ébahie et resta muette de stupeur, mais elle savait
maintenant que le bonheur était à porter de cœur.
Elle repartit au travail le sien plus léger, non sans avoir câliné ses enfants.
Julian avait râlé pour la forme, un peu honteux que Guillaume et Joachim aient assisté à cette
scène.
Les deux amis étaient repartis en discutant, la situation de cette jeune femme paraissait difficile. Elle était
pourtant toujours de bonne humeur, sachant donner le change, et ses enfants étaient épanouis, même si quelques fois Julian paraissait un peu tristounet et solitaire. Mais ce n’était qu’une
impression. Ce gamin n’y avait pas été de main morte avec son père, il devait avoir beaucoup souffert pour lui en vouloir autant. Il l’avait assassiné avec des mots durs, cinglants qui avaient
atteint leur but, ils avaient tous deux remarqué la mine défaite du pseudo-père. Julian était un garçon surprenant, qui marquait une maturité étonnante, lui qu’ils croyaient encore si gamin. Ils
pensèrent chacun de leur côté que les péripéties récentes y étaient pour quelque chose, allez savoir.
L’heure du déjeuner était proche, et Fanny avait demandé à Marjorie si elle accepterait de venir, avec son frère,
grignoter un repas qui ressemblait plutôt à un encas. Mais, raisonnablement, celle-ci déclina l’invitation, elle devait retrouver son frère et le tête à tête du repas lui paraissait
crucial.
Le repas commença dans un silence que Marjorie ne put supporter bien longtemps. Elle profita du changement de
plat, entre l’entrée et le rôti, pour féliciter Julian et lui dire qu’elle n’aurait pas eu le courage d’asséner ses quatre vérités à leur père. Lâchant sa fourchette, Julian lui rétorqua qu’elle
devait faire désormais abstraction de ce type qui ne devait plus rien représenter pour eux. Il se broyait le cœur lui-même, jamais il n’oublierait les moments de bonheur partagé, les promenades,
les sorties, le cinéma, les soirées chaudes et pleines de rires, jamais ! Et pourtant, il avait décidé de passer un coup de chiffon sur le tableau de sa petite enfance, et d’entraîner sa
sœur avec lui.
Mr Henri, avait eu le privilège, le matin même d’admirer la plante rarissime dont Mr Gedouin lui avait réservé la primeur. Il ne l’avait pas trouvé extraordinaire, mais n’en dit mot, se
contentant d’opiner du chef aux explications dithyrambiques de son voisin, partit dans des envolées lyriques qui l’emmenait, selon lui, aux siècles reculés des grandes civilisations. Ils
déjeunèrent ensemble, d’un repas frugal fait de restes mais arrosé d’une bonne bouteille de Bordeaux. Ils firent une courte sieste, puis prirent des paniers pour donner le change à tous les
voisins qui les virent passer, la canne à pêche sur l’épaule. Aucun d’entre eux ne pouvait se douter de la réelle destination qu’ils avaient en tête.
Les Aley avaient passé une nuit blanche. Ils se tenaient serrés l’un contre l’autre, espérant trouver ainsi, un
semblant de réconfort.
Je crois que je deviens folle, dit Carine au bout de cauchemars éveillés, je n’arrive pas à croire que tout cela
soit réel. Qu’en penses-tu ?
Je pense lui répondit son mari, qu’il faut dormir si l’on veut reprendre avec lucidité tout ce que nous avons
entendu hier soir. Ils se turent, mais tous deux virent monter une lueur, si douce habituellement, si acide aujourd’hui. Il s’était enfin assoupi, elle se leva pour préparer un café fort. Elle
profita de cet instant de solitude pour prendre dans ses doigts, la médaille et la chaîne. La médaille était gravée et portait le nom de Caroline, des larmes de douleur sillonnèrent ses joues
blafardes. Elle cacha le bijou dans une pile de linge de maison.
Carine attendit avec impatience, qu’une heure décente s’affiche à sa montre pour téléphoner chez les Mungier.
C’est Fanny qui décrocha. Surprise, Carine, déconcertée, eut une hésitation et ne se décida à parler que lorsque Fanny, commençant à s’impatienter, répétait des allo secs et
pressants.
. Veuillez m’excuser de vous déranger, mademoiselle, Carine Aley à l’appareil Je voulais savoir s’il vous était
possible de venir ainsi que votre sœur et votre maman, prendre le thé, cet après-midi ?
-Maman est partie travailler, et ne rentrera que tard ce soir, mais, téléphonez ce soir vers vingt et une heure,
elle pourra vous répondre, je vous remercie de votre invitation et j’espère que nous nous reverrons très bientôt.
-Merci, mademoiselle, faites toutes mes amitiés à votre famille, au revoir.
Carine Aley était honteuse de son égoïsme, elle n’avait pas pensé que les parents travaillaient et avaient
d’ailleurs eut une nuit très courte.
Habillés de pieds en cape, prévoyants, ayant chaussé de bonnes chaussures de randonneurs, Victor er Thomas
avançaient à grands pas. Ils avaient déjà parcouru deux bons kilomètres, avaient passé la clairière du pique-nique et s’avançaient maintenant dans des fourrés épais. Thomas, sûr de lui, était
passé devant, et armé d’une grande perche trouvée au bord de la rivière, cinglait les hautes herbes, ce qui leur permettait d’avancer plus vite. Ils ne parlaient pas, concentrés qu’ils étaient, à
repérer ce qu’ils laissaient au bord du chemin. Depuis quelques centaines de mètres étaient apparues de vieilles pierres en apparence éparpillées, mais Victor, s’arrêtait régulièrement et faisait
un topo sur le papier dessin dont il s’était muni. Thomas cria : Nous approchons. Victor lui répondit : Il y a beaucoup de ruines par ici, je vais mettre un peu plus de temps mais je
crois que cela en vaut la peine. Leurs voix résonnaient, se répercutaient se cognaient contre de multiples obstacles et revenaient en écho. Apparemment ils étaient seuls.
Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux tant cherchés, Victor eut un sifflement admiratif quand il vit l’arbre, dont
lui avait parlé son voisin. Il était éffectivement gigantesque et d’une hauteur vertigineuse, Victor fit remarquer que l’on ne pouvait apercevoir le haut.
Ils sortirent le matériel embarqué et commencèrent à prendre des mesures. Thomas, auparavant, indiqua à son
coéquipier, la masse multicolore qu’il avait placé sur les pierres, afin se les protéger de l’humidité nocturne. L’étonnement marqua les traits de Victor qui s’approcha, et dut reconnaître qu’il
n’avait jamais vu un tel végétal. Il mire les cornes à l’abri dans un panier et continuèrent à prospecter.
Thomas Gregouin dit doucement d’une voix hésitante :
-Ce qui me gêne le plus, c’est que nous n’avons pas le droit de garder cela pour nous, il faudra bien prévenir
des collègues éminents aussi bien des archéologues que des spécialistes de la flore.
-Mais ça ne va pas ! s’écria Victor. Laissez nous chercher d’abord, si nous trouvons, si nous obtenons des
résultats alors, nous verrons bien. Sa position rassura Thomas qui abondait dans son sens.
Ils commencèrent par prendre le périmètre de l’arbre, à l’aide d’un décamètre qui à leur grand étonnement s’avéra
trop petit. Il manquait vingt bons centimètres. Incroyable !
Ils restèrent muets, se regardant, et voulurent recommencer, tant la chose paraissait étrange. Même
résultat.
Bon ! Nous ne sommes pas fous, affirma Victor pour se rassurer. Cet arbre est vraiment très vieux, je me
demande si nous avons une possibilité de pouvoir l’évaluer.
-Sans doute, lui répondit celui qui en très peu de temps était devenu son ami. Mais il va falloir que je me
renseigne à l’université, j’ai encore quelques amis, âgés, certes, mais qui ont bon pied, bon œil. Ils ne purent évaluer sa hauteur et décidèrent de mettre Eric dans la confidence il avait du
faire de l’escalade, il en avait parlé à Julian.
Maintenant ils leur restaient à examiner les lieux avec attention, ce qu’ils firent sagement et tranquillement.
L’un prenait les mesures, le second les notait dans un carnet. Le mur pyramidal retint plus particulièrement leur attention. Il formait un triangle équilatéral parfait. Etonnant tout de
même ! 1m,50 de côté.
Le long de ce mur, un tapis d’herbe soyeuse tapissait un espace de……..1m,50 La, ça commençait a ne plus impliquer
le hasard .
Thomas se pencha pour prélever, ce qui lui paraissait une herbe inconnue. Il appuya sa main gauche sur ce tapis
qui paraissait si sympa, et approcha la gauche, armée d’une paire de ciseaux. Il coupa un minuscule brin de cette herbe et….. Tomba sur ce tapis sans un mot, sans un cri !
Victor, étonné crut tout d’abord, qu’il avait été déséquilibré, et sourit. Thomas restant sur le ventre sans
bouger, il s’inquiéta, s’approcha, pris les pieds de son ami et le tira hors de la zone verte. Il cria, et constata que Thomas ne bougeait pas.
Il secoua son ami, et, n’obtenant aucun résultat, le retourna, le secoua à nouveau, et obtint cette fois, un
résultat inattendu, Thomas s’assit, ouvrit des yeux d’halluciné, et hurla. Victor, bien que d’un caractère calme et posé, pas trouillard pour un sou, se demanda si il était devenu brusquement
fou. Comme le cri se poursuivait et devenait insupportable, il employa le moyen à sa portée et envoya une prune dans la mâchoire de son ami.
Avec soulagement, il constata que celui-ci se réveillait, et le regard hagard, posait sur les choses qui
l’environnaient des yeux vides. Pour se rassurer Victor approcha son visage de celui de Thomas et hurla :
-CA VA ? QU’EST-CE QUE T’AS ?
-MOINS FORT, MON AMI, JE NE SUIS PAS SOURD !
-Mais qu’est que tu as eu, un malaise ?
-Pas du tout, répondit Thomas. J’ai eu une étrange impression, j’étais ailleurs, je voyais des choses
différentes, des personnages qui se battaient, des paysages inconnus bien que très proches des nôtres, des gens qui couraient dans tous les sens et la sensation que quelque chose de terrible et
d’effroyable se précipitait vers moi.
-Mais tu n’es resté que quelques secondes au sol, fit remarquer Victor !
Pensif, Thomas répondit :
-Je crois que les enfants ont raison. Ils sont allés ailleurs, et moi aussi, et je t’assure que je n’ai pas envie
d’y retourner.
A ce moment, surprenant les deux explorateurs, l’arbre se mit à bouger, d’une telle force que les deux compères
reculèrent et, ayant repris un peu leurs esprits, furent les témoins d’un étrange phénomène. Les branches de l’arbre étaient secouées comme si un ouragan le prenait dans un tourbillon infernal et
le faisait souffrir. D’ailleurs, il souffrait ! Des gémissements presque humains parvenaient aux oreilles des deux amis, suffoqués, qui attendirent sans bouger que le magnifique arbre cesse
de souffrir
Ils attendirent sans mot dire que leur esprit se calme, ils eurent du mal à se remettre de ce tourbillon et
rebroussèrent chemin, sans dire un mot, d’un accord tacite.
-Tu as vu, dit Victor, il n’y a pas de vent.
C’est exact. Je commence à me demander si nous sommes réellement éveillés !
Le retour fût silencieux où presque. Les deux hommes réfléchissaient et ne parlaient que par monosyllabe. Comment
s’y prendre pour donner un sens à tout cela.
-Il va falloir demander aux deux gamins de nous accompagner, dit Victor. Les mamans ne vont pas être d’accord, et
je les comprends.
-Nous viendrons tous ensemble, répondit Thomas, ça sera mieux et moins inquiétant pour tout le
monde.
Autre page
Fanny relisait les notes prisent lors de la soirée. Elle était perturbée, mais se rassurait en se disant qu’elle
était normale, bien des personnes à la place de sa sœur où de Julian auraient déjà la camisole de forces. Il avait montré bien du courage, le petit gars d’à côté. Lui qui paraissait si tête en
l’air, l’avait bien sur les épaules ! Garder un secret si lourd, si longtemps, , il aurait pu le confier rapidement à quiconque. Il faut dire que, connaissant l’oiseau, personne ne l’aurai
cru. Tout de même, cela faisait presque six mois qu’il vivait avec ça sur le coeur. Chapeau !
Elle pensait également qu’il avait été perturbé par son père, et que parler comme il l’avait fait,dénotait une
force de caractère peu commune, même si son vocabulaire était à revoir. Elle éprouva pour lui un sentiment de tendresse fraternelle. Elle relut avec plus d’attention les deux colonnes de sa
feuille.
1Julian-vieillard--------------------- jardin-perles-semer
2distribution-------------------------- conséquences-améliorations
3Sophie-Julian----------------------- enfants Aley- Myriem-aieul
4mystère :chaîne- sachet( papillon- carton)
A noter : les enfants ont disparu dans la forêt, ils s’appellent bien Caroline et Martin.
Myriem est morte accidentellement.
Le grand-père est mort de vieillesse
Morts différentes-pas de liaison possible- pas la même époque.
C’est tout ce qu’elle avait noté. Elle pouvait maintenant continuer ses recherches.
Quelque chose l’avait intriguée sur le coup, mais elle ne parvenait pas à remettre le doigt dessus. Mentalement
elle rembobina ses souvenirs et retrouva ce qui la turlupinait. Les enfants avaient tous deux « voyagé ensemble, mais sur place s’étaient séparés ». Or, maintenant, elle se sentait
proche, très proche de ce qu’elle cherchait.
Sophie et Julian ne s’étaient pas rendus compte, qu’ils avaient au même moment, des conseils similaires, donnés
par des personnes différentes : ILS DEVAIENT PARTIR TRES RAPIDEMENT. Mais pourquoi s’interrogea Fanny ? Aucune réponse plausible ne lui venait à l’esprit .L’un avait été très heureux de
tomber dans les bras de son aïeul et inversement. De plus, Myriem avait paru encore plus pressante. L’autre, avait rencontré par hasard, deux jeunes gens qui lui avaient laissé un message, mais
lui avaient instamment, demandé de partir. Curieux. Hasard, hasard, il n’avait plus l’air d’y en avoir eu. Fanny n’eut plus qu’une envie, allé voir ce « là-bas » si mystérieux. Mais en
aurait –elle le courage, si oui, sa sœur accepterait-elle de l’y accompagner ?
Bon, se dit-elle, revenons sur terre. Comme si elle l’avait quittée !
Elle descendit au moment où ses frères rentraient essoufflés et affamés. Sophie était avec Marjorie et lui
faisait à sa demandes des confidences. C’est -t-elle qui en savait le moins. Elle avait du mal à mettre des images sur ce que lui disait son amie. Elle eut une brillante idée. Toi Sophie, qui
dessine si bien, tu pourrais certainement nous faire une peinture où une aquarelle !
Le regard de sa voisine s’anima. Elle sauta sur ses pieds, dévala l’escalier, courut vers sa maison et alla
chercher son matériel. Vite, elle s’enferma dans sa chambre et se mit au travail. Tout était clair, limpide, elle était repartie « là-bas »Elle commença par le paysage, parfois, elle
regardait le plafond sans le voir, pour peaufiner des détails, puis le pinceau repartait guidé par une main habile. Au bout d’une heure, elle avait planté le décor, et avait esquissé les
silhouettes qui composaient les groupes rieurs, elle était satisfaite de son travail et s’apprêtait à poursuivre lorsque elle entendit sa maman l’appeler. Lorsqu’elle descendit, tout le monde
s’afférait autour de la table. Le temps avait passé très rapidement elle en était toute étonnée, et surtout pressée de poursuivre ce qu’elle avait si bien commencé, mais se vida la tête
momentanément, pour profiter de l’ambiance familiale toujours harmonieuse. Chacun raconta les petites anecdotes du jour, et pensait à la rentrée.
Quand elle put reprendre, ce qui était un plaisir, Sophie s’attacha à rendre le mieux possible, les expressions
des visages des deux adolescents, elle se souvenait aussi de leurs vêtements et fût surprise de voir qu’il était plus de minuit lorsqu ‘elle se coucha. Elle était très contente du résultat et
passa enfin une bonne nuit.
Mr Gedouin et Mr Henri, qui étaient désormais inséparables- les événements les ayant unis encore un peu plus-
partirent en voiture voir un éminent botaniste, ancien collègue de Thomas, ils allaient lui confier une corne tronquée et surtout un des brins d’ « herbe » pour analyse. S’il
posait des questions, ils devraient lui dire qu’ils tenaient, momentanément au secret, tout dépendrait des résultats qu’il pourrait lui donner. Ça va le motiver ajouta Thomas, mais il va être
grincheux, c’est sûr ! Et il éclata de rire. Ils firent quelques courses leurs paraissant nécessaires pour leurs expéditions futures. Il fallait qu’ils mettent Eric au courant, lui le
costaud et discret serait bien utile. Ils téléphonèrent en rentrant, chez Hélène, pour savoir si Eric serait présent ce soir. Un peu gênée-mais ça ne durerait pas !- Elle répondit par
l’affirmative en indiquant qu’il ne serait pas là avant vingt et une heure, poliment, ils lui dire qu’ils le rencontreraient plus tard.
Ils se dirent qu’il ne fallait pas déranger des amours débutantes
Le lendemain, Samedi, Thomas reçut un message de son ami botaniste, qui enthousiaste, lui apprenait pourtant une
mauvaise nouvelle, sa corne était inconnue. Il avait envoyé par le NET, à tous ses confrères du monde entier, les
plus éminents, le descriptif de la corne, photos à l’appui, fermée, ouverte, perles prises à part. Toutes les
réponses étaient négatives mais jubilatoires. Ils voulaient tous un spécimen. Quant à l’herbe, c’était une plante elle aussi inconnue. Son ami eut une hésitation, mais poursuivit : Ecoutes,
je vais te sembler marteau, mais…..j’avais posé, hier soir, ce minuscule brin sur ma paillasse à un endroit bien précis, juste devant mon microscope, à côté d’une autre plante malade, d’on je
devais déterminer la maladie. C’est le jardin des plantes de Caen qui me l’a envoyé pour essayer de déterminer quels soins lui apporter. Tu ne va pas me croire, mais cette plante n’est plus
malade ! J’aimerais que tu m’en apportes un peu plus, parce qu’un brin, c’est un peu court !
Très ennuyé, Thomas lui répondit qu’il fallait qu’il réfléchisse mais qu’il ne lui disait pas un non définitif.
Il sentit la déception dans la voix de son collègue, mais il ne pouvait pas assumer cette décision seul. Ils se quittèrent sur des salutations réciproques et sur l’espoir de se revoir très
bientôt.
Thomas resta un moment rêveur, puis décida d’aller voir Victor. Il fallait réfléchir ensemble, quoique la
solution lui échappa complètement.
On était donc Samedi et Thomas décida d’inviter son ami au restaurant. Celui- ci accepta, et c’est en prenant
l’apéritif dans un coin feutré de la salle que Thomas, relata la discussion du matin. Quand il en vint aux propriétés supposées de la plante, Victor ne pût retenir un NOOOooon ! Si sonore
que des têtes se tournèrent vers eux, et qu’il la mit en veilleuse !
Le repas fût succulent et, évidemment, la conversation roula sur des suppositions plus étranges les unes que les
autres. Quand ils sortirent, ils n’avaient pas avancé d’un iota.
Ce dernier week-end qui marquait les vacances de Pâques, fût paisible. Le temps était au calme et tous les
habitants aussi. Les copains firent une dernière sortie qui mît à mal les derniers brins d’herbe encore intacts Le champs était celui d’une bataille, les copains s’en étaient donné à cœur joie et
s’écroulèrent en fin d’après-midi, Les jambes en coton, le souffle court, ils restèrent allongés, silencieux, goûtant avec délice l’air frais presque mentholé, de ce coin de campagne qui leur
appartenait.
Les filles s’étaient réunies, elles occupaient un coin du jardin des Mungier, ce qui arrangeait bien les
tourtereaux, qui roucoulaient effectivement, dans le jardin d’à côté. C’est ce que tout le monde croyait. Les tourtereaux, certes étaient bien là, mais ils n’étaient pas seuls. Thomas et Victor
les avaient rejoints, invités par Hélène, qui savait qu’ils désiraient voir Eric. Le récit qu’ils firent des derniers avatars, et des résultats d’un pro de la botanique ne rassura en rien Hélène,
qui paniqua quand ils inventèrent de mêler Eric à leurs élucubrations.
-NON, dit-elle. Vous n’ignorez pas que je suis passée par de sales quarts d’heure, que Julian a été pris dans une
tempête dont il ne se remettra peut-être jamais vraiment, il n’est plus le même depuis. Je le trouve tristounet ce qui n’est pas dans son caractère. Nous avons tous été secoués par ces
évènements, et je tiens à ce que le soufflet retombe. Vous ne m’en voulez pas, j’espère ?
Les dénégations des deux hommes la rassurèrent, mais, un fond d’inquiétude pesait encore comme un pavé sur
l’estomac. Eric n’avait pas prononcé un mot, se contentant, par de petits signes de tête, d’approuver les dires de sa compagne.
Les filles s’étaient tout dit, Sophie leur avait montré son aquarelle, et, béates d’admiration, avaient chacune
fait leurs commentaires. Fanny s’était interêssée plus aux personnages qu’au paysage et Marjorie avait fait exactement l’inverse.
Leurs commentaires furent donc riches d’enseignement, et Sophie, toujours silencieuse, les écouta avec grande
attention. Fanny, s’exprima la première :
-Je remarque, tout d’abord que tu as une mémoire insolente ! Je n’ai rien vu, pourtant je m’y crois !
Incroyables, tous ses détails que tu as retenu ! Ce qui me suffoque le plus, ce sont les traits des visages, comment t’y prends-tu pour les rendre aussi vivants ?
-Mais, ils sont vivants, Fanny ! Je n’ai fait que reproduire ce que j’ai vu, et encore, je m’aperçois qu’il
manque quelques détails. Il faudra que je reprenne certaines choses.
-Ne fais pas ça, petite sœur ! D’accord, je n’ai rien vu, pourtant je reconnais certains traits des Aley
dans les visages que tu as peint. Regardes l’arête du nez du garçon, c’est exactement celle de son père ! Et le sourire de la jeune fille est celui de sa mère ! Ils sont élancés tous
deux comme leurs parents, et ce qui me ravit c’est l’air de bonheur qu’ils promènent, on dirait qu’ils vont traverser le papier et venir nous saluer. Incroyable !
Marjorie, se sentit un peu penaude. Elle n’avait pas prêté attention, plus que ça, aux divers personnages du
tableau. Ce qui l’avait subjugué, c’était ce paysage de rêve. On aurait dit un prospectus d’agence de voyage. Là où tout était beau, chaud, là, où tout était uniquement bonheur et sourires, là où
on rêvait de partir.
Fanny, approuva, ajouta qu’elle n’y avait pas prêté attention, mais que les mots de Marjorie étaient les plus
proches de la réalité.
Sophie reprit son dessin et se leva sans dire un mot. Il fallait maintenant, que Julian voit ce quelle avait
réalisé, c’était lui, et lui seul qui pouvait lui donner un avis sans préjugé.
Elle rentra dans la maison, monta dans sa chambre, regarda par la fenêtre, et aperçut le jardin voisin et ses
occupants. Déçue de ne pas voir son ami d’infortune, et furieuse de passer pour une indiscrète, elle s’étendit sur son lit, elle se sentait fatiguée. De fait, elle s’endormit rapidement, Bigoudi
à ses pieds.
Fanny n’avait pas l’intention de rapporter à toute la famille, ce quelle avait déduit de ses notes. Pourtant le
désir compulsif de se débarrasser de ses conclusions fût le plus fort, elle partit chez Mr Henri pour lui faire part de ses conclusions et de ses inquiétudes. Elle trouva porte close mais
poursuivit vers la maison de Mr Gedouin. Idem. Sans se décourager, elle se dit qu’il restait la journée de demain pour se soulager de ce qu’elle prenait maintenant pour des secrets personnels et
trop lourds. Il n’était pas dit qu’elle doive supporter ainsi de telles idées, il fallait qu’elle arrive au lycée, la tête vidée, prête à ingurgiter de nouveaux savoirs. Vive l’école soupira
t-elle. Au moins elle y retrouverait sa meilleure amie. Pourrait-elle lui confier une partie de ses histoires incroyables ? Ses frères n’y croyaient toujours pas.
La soirée de ce Samedi était festive. Ne pouvant se quitter, tous les nouveaux amis étaient réunis dans le jardin
d’Hélène, chacun ayant apporté ce qu’il avait dans le frigo, on cassa la graine joyeusement, dans la fraîcheur du soir, but modérément, sous le regard indulgent des femmes, qui après tout, ne
devraient pas dormir avec les deux plus soiffards, les deux plus âgés à qui il ne fallait pas demander l’exemple, et qui pourraient ronfler tout leur soul, sans déranger personne.
Ils avaient, tous deux, de bonnes raisons de se piquer le nez. Dans l’après-midi, Victor avait fait un tour de
jardin, et avait découvert, derrière un bout de haie, un petit bout de plante, qu’il prit immédiatement pour une cochonnerie, et, s’apprêta à l’arracher. Surpris, il se remémora le petit ratichon
auquel tenait tant son voisin, et se retint in-extremis. C’était la même plante, il fallait prévenir, discrètement, Thomas. Avec ses gros sabots, il siffla, et fit un grand geste du bras, pour
attirer l’attention de celui-ci. Ah, pour attirer l’attention, il l’attira ! C’est toute la clique qui se leva d’un seul homme espérant découvrir la huitième merveille du monde ! Mais
gêné, Mr Henri, s’empressa de leur montrer un petit nuage rosi par le soleil couchant. Il vieilli se dit la majorité des présents, déçus. Thomas avait cependant compris, et regardait en
sifflotant aux alentours, ce qui n’était pas plus discret. Il comprit encore mieux lorsqu’il découvrit la plante, qui était beaucoup plus développée que la sienne, il enragea. Victor, avait
surpris la mimique déconfite de son ami, et éclata de rire, il eut l’indulgence du public, qui mit cet accès d’hilarité sur le compte de l’alcool. On se quitta tard, la soirée avait été bonne, on
se promit de se revoir le lendemain midi. Décidemment, on ne pouvait se séparer dans ce petit coin d’Armironches.
Le lendemain, la grasse matinée fût de rigueur, et tous prirent un petit coup de bien-être, où roulés en boule,
la couette sur la tête, où fenêtre grande ouverte, respirant doucement l’air léger parfumé. Les fleurs à la rosée, donnaient un maximum d’arômes poivrés, et, Sophie, Fanny, Marjorie, en
l’ignorant, profitaient ensemble de cette heure où le calme de la nature vous rend plus fort.
Tous les autres dormaient encore profondément, le travail pour certains, les jeux exténuants pour les autres,
ayant eu raisons de leurs forces.
L’odeur du café gêna les filles, qui pour la dernière fois avant les ponts de l’Ascension et de la Pentecôte,
profitaient de la fraîcheur vivifiante de ces jours de printemps. Les nuits et jours d’été étaient moins parfumés, souvent plus lourds et les fenêtres seraient bientôt fermées la nuit, où, pour
conserver la fraîcheur, où, pour empêcher les insectes de pénétrer dans les maisons. Ils vivaient leurs plus beaux jours. Mais ils l’ignoraient.
Comme prévu, tous se réunirent pour l’apéritif, vers treize heures, la gueule de bois des deux séniors ne faisait
aucun doute, mais n’avait pas entamé leur bonne humeur. Ils furent plus raisonnables et tempérants. Mr et Mme Aley étaient présents, leurs visages étaient plus reposés que la dernière fois et ils
discutaient avec les uns et les autres sans distinction d’âge ni de sexe.
Comme d’habitude, c’était les Mungier qui avaient apporté, les plats de résistance, Marjorie avait préparé les
salades, Fanny, s’était occupée des desserts. Les deux aînés, comme par hasard s’étaient coltiné les boissons !
Derniers Commentaires