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Chez les Santorin, en ce début de journée, Marjorie et Julian chacun de leur côté, s’occupaient, l’une plongée dans la lecture, le second, étendu sur son lit, rêvassait. Hélène s’était absentée sous prétexte de dernières courses.
La veille, ils s’étaient tous trois rendus au restaurant. Julian avait grignoté, nourrit par les souvenirs récents, conscient d’avoir dépassé la mesure, mais pour autant, sans remort . Le trio s’était rendu ensuite au cinéma comme convenu, mais les programmes n’étaient pas faramineux, ils avaient choisi ce qui leur paressait le moins sujet à l’ennui, un film d’action, qui avait permis à Julian de se laver un peu le cerveau. Ensemble, ils parvenaient à conjurer les paroles de Monpair, laissant une inquiétude sourdre au creux de l’estomac d’Hélène.
Les couses de celle-ci s’appelaient Gegouin. Inquiète des propos tenus par son ex, elle tenait à savoir ce qui l’attendait après les menaces proférées par le père des enfants. Mr Gedouin tenta de la rassurer, mais quand elle ressortit de la maison de l’instituteur, une seule certitude restait, les enfants ne seraient indépendants moralement qu’a l’âge de treize ans. Il fallait attendre un an ce qui ne la rassurait pas. Mr Gedouin avait bien stipulé, que le temps de déposer plainte pour faute, les mois s’écouleraient et nul doute que les enfants atteindraient l’âge requis par la justice pour faire définitivement connaître leur décision de ne plus voir leur père.
Lorsqu’ils rentrèrent ,Julian monta dans sa chambre et perdit son temps à des jeux un peu enfantins, ses pensées étaient moroses, grises et lui donnaient un cafard noir !
En bas , Marjorie avait bu un soda, et s’ennuyait ferme ce qui n’était pas commun. Elle eut l’idée de fouiller dans le tiroir à souvenirs et après bien des recherches infructueuses, tomba sur la série d’albums de photos que maman regardait de temps en temps.
Le premier lui rappela les souvenirs de vacances passées au bord de la mer, il y avait de cela deux ans, elle passa vite sur ces photos qu’elle avait souvent regardées. Hélène, une tasse de café à la main l’avait rejointe, et jetait un œil bienveillant sur l’album ouvert. Vu, l’air ennuyé de sa fille , elle lui proposa de feuilleter d’anciens albums qu’elle n’avait jamais sortis.
Etonnée, Marjorie la suivit du regard pendant qu’Hélène ouvrait le placard à balais. Surprenant ! Cachette interessante quand on veut conserver intact un secret, au moins, ce n’est pas Julian qui l’aurait trouvé, sa phobie du ménage protégeait son contenu.
La couverture du plus ancien ne ressemblait en rien, aux récents que Marjorie connaissait. On la sentait fragile précieuse, et Hélène la manipulait avec précaution. La première photo était celle d’un mariage, les couleurs sépia indiquaient un âge sinon canonique, du moins mémorable. Marjorie poussa un petit cri admiratif et attendit les explications de sa maman. Il fallut attendre que, la curiosité de Julian l’ayant fait dévaler l’escalier, l’installation du dit Julian dans le canapé tout près de sa mère, son exclamation « Qu’est-cestqu’ça » le soupir de sa sœur qui s’en suivit, pour qu’Hélène puisse commencer ses commentaires.
-C’est la plus vieille photo que je possède de mes arrières grands parents dit-elle.
-Ou qu’c’est qui sont ? demanda Julian.
-Mais ce sont les mariés ! Répondit Hélène.
-Ben y sont vachement jeunes !S’exclama Julian, et toi t’est ou ?
Soupir d’outre tombe de Marjorie, Rire d’Hélène.
-Réfléchit un peu, bon sang ! Marjorie fronçait le sourcil, Maman vient de dire que s’était ses arrières grands parents, alors !
Se rendant compte de sa bêtise, Julian décida de ne plus l’ouvrir, c’était la meilleur solution. Il observa les personnes représentées et suivit avec attention les explications de sa maman.
Ici, si mes souvenirs sont bons, c’est le papa du marié et de l’autre côté c’est la maman de la mariée. Elle continua ses explications, lorsqu’il n’y eut plus de questions, elle tourna la page délicatement.
Un couple apparut, une jeune femme assise, un éventail languissament posé sur ses genoux, la tête légèrement penchée, l’homme un peu en retrait, bombant le torse, une main posée sur une épaule de son épouse, l’autre négligemment glissée dans le gousset de son gilet, ils avaient tous deux belle prestance.
-Et eux, maman ? demanda Marjorie, qui sont –t-ils ?
-Ce sont encore vos arrières grands parents, répondit Hélène. Ils ont vieilli, mais avouez qu’ils sont encore très beaux !
Julian fixait l’homme d’un regard atone, sa mère tournée vers lui, d’abord surprise, puis inquiète, lui demanda s’il allait bien, non seulement il ne répondit pas, mais s’évanouit, et tomba sur le côté.
Elles crurent d’abord à une comédie, mais très vite ,à la vue du visage livide de son fils, Hélène s’affola prévint Marielle qui arriva aussitôt.
Pas de fièvre, un pouls faible mais régulier des pupilles légèrement dilatées, rien de bien méchant en apparence, mais mieux valait l’avis d’un médecin. Pierre, vint chercher Julian le porta délicatement dans sa voiture, Hélène monta à côté de son fils et ils filèrent vers les urgences.
Marjorie s’était réfugiée chez les Mungier et raconta ce qui était, somme toute, banal. Rien qui puisse causer un malaise aussi important. Il fallait maintenant attendre.
Aux urgences, personne, pas d’attente. Julian fut pris en charge immédiatement. Il gémissait doucement, ses yeux étaient toujours clos. Une batterie de questions furent posées à Hèléne, qu’avait-il mangé, qu’avait-il bu ? Qu’avait-il fait. Les réponses ne levaient pas l’énigme. L’enfant paressait endormi, derrière ses paupières, ses yeux bougeaient, comme s’il rêvait. On garda l’enfant sous surveillance, Hélène était près de lui, lui tenant la main. Les internes avaient été rassurants et Pierre repartit, soulager l’inquiétude des siens et de Marjorie.
A peine Pierre fut-il parti, que Julian ouvrit les yeux, regarda sa mère, puis s’assit d’un bond dans son lit. Il fronça les sourcils en voyant le décor, et se demanda tout haut ce qu’il faisait là.
Hélène lui répondit qu’il s’était évanoui et que Pierre l’avait amené là.
-C’est des blagues ! Je me suis jamais évanoui, je suis pas une fille ,didonc !
Un éclat de rire viril lui répondit et lui fit découvrir le médecin occupé à surveiller sa tension.
-Ben y a vraiment pas de quoi rigoler ! S’exclama Julian, qui les yeux devenus rêveurs, commençait à retrouver la mémoire, et regrettait déjà de ne pouvoir se confier à personne
.
Pierre refit le chemin à l’envers, les médecins rassurés après le bilan sanguin, avaient relâché leur jeune patient.
Les deux familles étaient réunies et le resteraient pour la soirée. Hélène avait besoin de réconfort, Julian restait passif, mais les deux mères mettaient cela sur le fait qu’il se sentait solitaire malgré tous les efforts de Sophie pour sortir son petit voisin de son mutisme. Elle essayait de le distraire par tous les moyens mais le petit sourire qu’il avait accroché aux lèvres était triste, il aurait mieux valu qu’il pleure se disait-elle. Depuis qu’il était rentré il n’avait pas désserré les dents. Il paraissait être ailleurs. Ce n’était pas le Julian que l’on connaissait, il était l’ombre de lui-même, pas de rire, pas de cris, un gamin muet qui rendait inquiets tous ceux qui l’entouraient. Sa mère plus que les autres bien sûr, mais aussi sa sœur qui jouait l’indifférence, veillant du coin de l’œil en se posant mille questions.
Pas de chance vraiment pour Julian. Ses deux potes étaient partis chez leurs grands parents maternels. Les garçons avaient hésité, mais la raison l’avait emporté, quand on a la chance d’avoir encore ses grand- mères et ses grands- pères, il fallait en profiter. Ils ne partaient que cinq jours, mais pour Julian c’était l’éternité d’autant qu’ils loupaient le pique nique !
Qu’allait-il faire tout seul avec les filles ?
Lui il n’avait plus que les parents de sonpair et ils ne réclamaient jamais sa présence où celle de sa sœur. Tout juste un petit billet reçu pour les étrennes et c’est tout. Les parents de leur mère étaient décédés quand elle avait dix-sept ans, elle avait dû arrêter ses études et trouver du travail. C’est là qu’elle avait rencontré son Jules, elle aurait mieux fait de se casser une patte ce jour là !
Il prit conscience que Sophie tentait vainement de le dérider, fit un effort pour sourire mais ses yeux s’emplissaient de larmes au souvenir de la photo qui l’avait tant perturbée.
Heureusement, Bigoudi mordillait un de ses chaussons, s’appuyant sur ses pattes arrière, donnant des coups de reins, en grognant, il se mit à tirer de son côté, souleva le chiot en même tant que son chausson, la petite bête s’accrochait, résistait, ce qui finit par faire éclater de rire le garçon tristounet. Il s’étendit par terre, ce qui mit Bigoudi en joie, il grimpa sur Julian, vint à hauteur de son visage et le lécha avec frénésie. Julian tenta de le repousser, mais la canaille avait trouvé un copain de jeu et n’était pas décidé à le laisser. Le garçon finit exténué mais rigolard, tout le monde respira.
La soirée se passa calmement, Julian à côté de Sophie parla peu mais joyeusement. C’est en discutant ainsi avec sa voisine, qu’il lui vint une idée saugrenue, certes mais après tout, les garçons n’avaient qu’à être là. En l’entendant parler, en la voyant lui sourire, il se dit que son idée était judicieuse et que le lourd secret qui s’était encore alourdi aujourd’hui devait être confié à quelqu’un de sage et compréhensif et Sophie savait écouter. C’était une perle ! Tiens….Une perle,…Ben justement, à ce propos…..Et il se mit à nouveau à rêver.
On se quitta vers neuf heures, il fallait être en forme pour le lendemain.
L’équipe réunie, chacun portant un léger fardeau, on partit à pieds vers la clairière qui longeait l’Ironche. Monsieur Henri avait laissé entendre que les Aley seraient peut-être présents, qu’ils avaient vraiment besoin de sortir de leur long silence. Mr Chevallier était présent et discuta avec Julian qui lui avait promis une balade dans les bois. « Cause toujours mon bonhomme, ta balade elle est pour quelqu’un d’autre » se dit le gamin. Bigoudi batifolait dans les jambes des marcheurs, et à ses yeux farceurs on comprenait qu’il était heureux. Il n’était pas le seul, les filles riaient en se racontant des petits secrets, Pierre et Mr Henri parlaient de tout et de rien et surtout pas de travail, Mr Henri allait initier Pierre à la sculpture c’était décidé ! Les deux mères discutaient de quoi je vous le demande, gagné …De leurs enfants. Joachim et Guillaume avaient téléphoné au matin prenant des nouvelles de chacun et s’inquiétant pour Julian lorsqu’ils avaient appris son évanouissement. Leur mère les avait rassurés, tout allait bien, elle avait ajouté qu’elle regrettait leur absence et leurs souhaitant une bonne fin de séjour.
Le groupe s’était approché de leur but et entrait dans les bois. Il fut enveloppé, saisi par un tel bouquet d’odeurs, qu’il s’arrêta, sans voix. Chacun posa son sac où panier, respira lentement, écouta religieusement les chants d’oiseaux, et enfin vit ce que la nature pouvait nous donner. C’était ce mélange subtil d’odeurs de flore de faune qu’il fallait ressentir qui vous rentrait par tous les pores de la peau qui vous rendait heureux, c’était cela qui faisait que chacun restait silencieux et profitait pleinement de cet instant magique.
Presque à regret, chacun reprit d’un pas plus lent, le chemin de la clairière non sans profiter à chaque foulée de ce bonheur ambiant. On arriva bientôt, Bigoudi se mit brusquement à aboyer en sautant, faisant des bonds marqués par ses oreilles rigolotes qui sautaient au même rythme. Elle avait du faire fuir tous les lapins des alentours et s’envoler tous les oiseaux de la forêt peu habitués à ses cris d’un genre d’animal inconnu et qui ferait bien de le rester.
Bigoudi avait aperçu Mr et Me Aley qui, debout les attendaient à l’orée de la clairière.
Avant d’installer nappes et sièges, on admira le lieu, inconnu de certains, le son cristallin de l’eau s’était ajouté à tous les autres, mais le charme était rompu surtout pour Sophie qui se promit de revenir seule.
Les hommes avaient mis les bouteilles au frais dans le lit de la rivière, les femmes s’activaient autour des nappes arrangeant au mieux victuailles et amuse gueule. On prit place dans le désordre, les Aley plus épanouis qu’on ne les avaient vu à l’occasion des fêtes deNoël. Le repas fut joyeux les convives repus, à tel point que le dessert fut réservé pour le goûter. De petits groupes se formèrent, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, les filles avec les filles et…..Sophie avec Julian. Tous deux s’étaient mis sous un arbre et faisaient des messes basses. Ils croyaient être seuls au monde, mais les mères vigilantes, avaient en souriant, imaginé une idylle naissante.
Sophie ne savait que penser du récit que lui faisait Julian. Roulait-il des mécaniques ? Voulait-il lui en mettre plein la vue ? Y avait-il du vrai dans ce qu’il lui racontait ? Pourtant, il était vrai qu’après Noël, certains comportements avaient changé, même le sien ! Elle se souvenait qu’elle-même avait évolué, se sentant plus à l’aise, osant s’exprimer, s’amusant avec ses frères, ironisant sur leur comportement timoré, à leur grand étonnement d’ailleurs . C’était vrai aussi que Mr le curé s’était montré un brin éxubèrant, que le père Pourague avait changé du tout au tout, mais de là a penser…..
Non.. Elle avait du mal à le croire !
Julian lui proposa alors de lui montrer les lieux de son rêve.
Sophie, légèrement anxieuse, alla prévenir les mamans qu’ils allaient se promener aux alentours en précisant bien qu’ils emmenaient Bigoudi . Celle-ci avait déjà pris la poudre d’escampette et vadrouillait, la truffe transformée en tête chercheuse, surveillant toutefois, d’un coup d’œil rapide que ses deux amis la suivait.
Les deux enfants s’étaient petit à petit éloignés du groupe, Julian embarqué dans son histoire, parlait de plus en plus rapidement.
Sophie savait écouter ; Elle ne manifestait son attention que par de petits arrêts brusques, des regards pénétrants et de petits hochements de tête. Parfois elle restait plantée, la tête penchée, le regard dans le vague, réfléchie, posée, attentive. Julian, alors, tournait autour d’elle, s’agitant s’enthousiasmant, revenant dans son rêve, s’y baignant avec une joie débordante. Soudain il se figea, regarda autour de lui, il avait une impression de déjà vu. Ils étaient au pied d’un vieil arbre séculaire, qui avait fait éclater les pierres d’une habitation ancienne, sous la force de ses racines. Il déployait très haut des branches majestueuses et lorsque les enfants levèrent la tête, un coup de vent fit qu’il parut les saluer. Sophie tourna sur elle-même et constata : C’est bizarre, il n’y a pas de vent. Julian à son tour put faire la même constatation. Ils relevèrent la tête, l’arbre bougeait toujours ! Sophie fit la remarque intelligente que cet arbre étrange- qui n’était pas un chêne- était sans doute plus haut que tous les autres et prenait la brise, ce qui le faisait s’agiter, elle ajouta qu’il était étrange que ses feuilles soient bleutées, et qu’il faudrait qu’elle demande à Mr Gedouin quelle sorte d’arbre s’était.
-C’est ici, Sophie, c’est ici !
Le vieux pan de mur était un peu plus loin. La description qu’en avait fait Julian était très juste, ses souvenirs intacts et les détails qu’il en avait donné si précis, que Sophie reconnut le lieu elle aussi. Ils se prirent par la main spontanément, sans doute pour se rassurer et restèrent quelques instants sans bouger, puis d’un même pas ils avancèrent lentement vers le muret. Bigoudi les avaient suivis.
-Tu vois, dit Julian, je me suis couché là, tout près du muret en forme de pyramide.
-C’est étrange, remarqua Sophie, on dirait le haut d’un mur , tu sais, ceux qui soutiennent la charpente d’une maison.
-Ben, me voilà bien se dit Julian, elle est plus intello que je l’pensais. Il n’osa rien répondre.
L’herbe était épaisse mais courte et il s’étendit pour faire la démonstration de sa mésaventure, et, il invita Sophie à en faire autant, ce qu’elle fit en souriant avec indulgence. Quel drôle d’oiseau se dit-elle.
Il fallait reconnaître qu’on était bien et Bigoudi vint se rouler en boule sur son ventre, pas question de laisser sa maîtresse sans protection rapprochée.
Ils étaient bien.
Mais quelqu’un les avait suivi furtivement, prenant bien garde de se faire remarquer, il les regardait avec attention
Ils fermèrent les yeux, se dirent qu’ils avaient bien cinq minutes pour se reposer avant de repartir. Un nuage obscurcit la forêt et tout parut s’endormir.
Julian se promenait avec Sophie dans un lieu qui lui était totalement étranger, une grande prairie piquetée de fleurs inconnues, des oiseaux multicolores voletaient et des chevaux paissaient calmement. Ils entendaient des rires, des aboiements et virent au loin un groupe d’enfants qui s’amusait. Ils avancèrent lentement pour profiter de la vue des collines, des cascades, l’air embaumait et ils étaient bien.
Julian crut entendre son nom. Il écouta, et aperçut, très loin une personne qui avançait rapidement vers lui. C’était un homme. Mais….Mais….C’était l’homme qu’il avait vu semer les perles et c’était bien l’homme de la photo !
Bizarrement il n’eut pas peur, au contraire, il courut à sa rencontre et se jeta dans ses bras en criant « Grand-père ! » L’homme le reçut contre lui et ils restèrent serrés dans les bras l’un de l’autre.
Sophie avait été plantée là, mais elle avait trop de choses à voir pour s’en inquiéter. Elle regardait défiler des groupes de personnes qui lui adressaient petits gestes et grands sourires. Deux jeunes gens se détachèrent d’un groupe, s’exclamèrent en criant son nom et coururent vers elle. Elle se figea, mais elle n’avait pas peur. Ils étaient jeunes, beaux et se ressemblaient un peu. Ils chahutaient comme des chiens fous et ils l’embrassèrent en l’appelant par son prénom.
-Je suis Angélique et moi Martin dirent-ils. Tu ne nous connais pas mais nous , si. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous et toi non plus.
-Voilà. Nous sommes les enfants de Mr et Mme Aley, nous savons qu’ils sont très tristes parce qu’ils pensent que nous sommes morts. Angélique détacha une chaîne qu’elle avait autour du cou, prit la main de Sophie et déposa le bijou à l’intérieur. Elle referma doucement la main de l’enfant et lui dit : il faut que tu repartes maintenant. Quand tu le pourras tu donneras ce bijou à nos parents, dit- leurs que nous sommes heureux et que nos ne voulons qu’ils soient tristes, vite, maintenant tu dois t’échapper.
Durant ce temps, Julian avait été présenté à une jeune femme noire qui lui dit s’appeler Myriem et lui remit un petit paquet en lui disant : donnes le à ta mère, elle saura. Quoi? il ne le sut pas. Son aïeul l’embrassa une dernière fois et lui dit : il est l’heure petit, il faut que tu repartes vite.
Des aboiements furieux les sortir de leur douce léthargie, c’était Bigoudi qui regardait dans la direction d’un buisson d’épineux. Sophie et Julian sautèrent sur leurs pieds et coururent, précédés du chiot, vers la clairière. Ils ne se trompèrent à aucun moment et ralentirent à l’approche de leur but. Ils ne s’étaient rien dit.
Leurs parents respectifs furent étonnés, leur ballade avait été courte !
Stupéfaits, les deux enfants virent que le goûter se préparait Approximativement leur échappée n’avait pas durée plus d’une demie-heure. Ils se regardèrent enfin et se firent un petit sourire crispé leurs regards étaient brouillés, trop d’images leur restaient en mémoire et comme ils avaient été séparés pendant leur escapade qui paraissait virtuelle, chacun se demandait si le second avait vu la même chose, il fallait donc attendre des retrouvailles en solitaires.
Les filles discutaient musique, Les femmes parlaient de leur mari respectif et trouvaient souvent les même travers à la gente masculine, gente masculine qui n’était pas en reste et discutant politique, refaisait le monde. Mr Chevallier manquait à l’appel, mais surgit au moment où Julian se posait des questions. Sans doute s’était-il éloigné par nécessité.
En fin d’après midi, on quitta les Aley qui habitaient non loin de là, et la petite troupe remonta vers le hameau. Les deux plus jeunes avec toujours une dizaine de mètres derrière les autres.
Julian souffla : il faut que je te parle.
-Moi aussi, lui répondit Sophie
-Tu me crois maintenant ?
-Oui.
La soirée fut calme, Julian était monté et ne redescendit que pour le dîner auquel il ne toucha pas. Eric était là et le garçon pensa qu’il faudrait qu’il s’y habitue dorénavant, il s’y faisait déjà. La conversation roulait, sur des sujets divers mais Julian était loin. Le déroulement de son escapade se déroulait comme un film et, les yeux dans le vague, il pensait à présent à la jeune femme qui était apparue, et ses paroles lui revinrent en mémoire.
-Maman, tu connais une dame qui s’appelle Myriem ?
Le silence qui suivit cette question incongrue fut pesant. Si pesant, que Marjorie et Eric se demandèrent s’ils existaient encore. Hélène fixait son fils d’un regard d’hallucinée elle avait lâché la pile d’assiettes qu’elle s’apprêtait à placer dans l’évier. Marjorie et Eric semblaient regarder une partie de tennis et tournaient la tête de gauche à droite pour suivre les mouvements des protagonistes de ce qui paraissait un échange important.
-Qui t’a parlé de Myriem ? Dit Hélène devenue d’une pâleur de cire.
Julian recula devant l’état de sa mère, qui s’était éffondrée sur sa chaise, la conversation qu’il aurait aimé avoir était à mettre aux oubliettes.
Marjorie ramassait les éclats de faïence, Eric avait passé un bras autour des épaules d’Hélène qui assommée par une émotion inattendue, pleurait doucement.
-Qu’est que t’as encore inventé ? S’écria Marjorie au comble de la fureur.
-Qu’est que j’ai dit de mal ? lui rétorqua son frère en colère. Faut toujours que tu me houspille, j’en ai marre je vais me coucher, salut.
Hélène parut se remettre peu à peu de l’émotion qui l’avait saisie, mais muette, resta prostrée son regard, dans le vide, était d’une infinie tristesse.
Marjorie débarrassa la table embrassa sa mère salua Eric et à son tour monta se coucher. Arrivée sur le palier, elle entendit son frère pleuré, se demanda, alors, qui était cette Myriem et des points d’interrogation plein la tête se résolut à aller se coucher.
En bas, rien ne bougeait, Eric se gardant bien de faire tout commentaire. Il attendait. Mais rien ne fut dit, Hélène ne parla pas et tous deux se séparèrent sur un baiser, le premier d’une longue série sans doute.
Roulée en boule sur le canapé Hélène pensait à sa meilleure amie disparue si jeune dans un accident, fauchée sur un passage pour piéton, par un abruti fortement alcoolisé. Elle resta longtemps tristement songeuse, et finit par penser qu’elle avait du lâcher quelques mots concernant l’accident mais encore eut-il fallu que Julian est une mémoire phénoménale car ce triste évènement datait de huit ans.
Chez les Mungier, l’ambiance n’était pas d’une gaîté folle, mais les parents et Fanny commentaient la journée passée, Sophie était muette, et, fatiguée, monta rapidement se coucher mais chercha vainement le sommeil contrairement à Bigoudi qui, roulé en boule au pied du lit, rêvait déjà. Sa maîtresse se tournait et se retournait sans arrêt, la chienne soupira, excédée.
Pierre partit tôt le lendemain, et ne vit pas ses filles. Fanny fut debout bien avant sa sœur qui descendit à une heure inaccoutumée, le visage chiffonné, les yeux dans le vague. Marielle était partie travaillé également, les deux sœurs, restées seules allaient vaquer à leurs occupations. La plus jeune monta pour ranger sa chambre, fit donc son lit, ouvrit la fenêtre et, se retournant pour prendre ses vêtements de la veille, fit tomber de son jeans, une chaîne qu’elle reconnut tout de suite. Une peur intense lui serra le cœur elle dut s’asseoir pour éviter la chute. Des sanglots gonflaient sa gorge, elle ne put les retenir bien longtemps. Fanny était elle aussi montée, elle s’affola lorsqu’elle entendit les pleurs de Sophie et entra. Constatant que rien n’avait bougé, elle s’approcha de sa sœur et tenta vainement de savoir ce qui causait un si gros chagrin. Les sanglots étaient tels que Sophie avait du mal à respirer. Fanny, agenouillée devant sa sœur, attendit que son chagrin s’apaise. Elle laissa passer un long moment, mais n’osa pas questionner de peur que les larmes ne reviennent, elle attendit patiemment. Ce fut long. Sophie un poing fermé, lui demanda si elle pouvait aller voir Julian. Surprise, Fanny acquiessa , sa sœur s’excusa, le regard encore empli de larmes et ajouta qu’elle attendait le retour de sa mère pour dire ce qu’elle avait sur le cœur, aussitôt les sanglots reprirent. Fanny hésita à téléphoner à sa mère mais décida finalement d’attendre son retour, inutile de lui causer des tracas,la vie de sa petite sœur n’était pas en danger.
Julian de son côté, était étendu sur son lit, et savait ce qu’il devait faire , mais il avait la frousse. Hier sur la route du retour, il avait senti que quelque chose traînait dans la poche arrière de son pantalon de jogging. Il avait crut tout d’abord, a un paquet de chewing- gum . Passant sa main distraitement sur sa fesse gauche il sut immédiatement qu’il ne s’agissait pas de ça et sut que le cauchemar recommençait. Il lorgna sur sa voisine, la vit pensive mais paisible. Il fallait pourtant qu’il sache.
-Sophie, tu viens avec moi demain matin, au terrain ?
-Si tu veux, mais en fin de matinée, je dois aider Fanny elle a décidé de faire le grand ménage pour faire la surprise à maman.
-D’accord.
Ce court dialogue avait été dit d’une voix forte par Julian, il voulait ètre entendu du groupe. Les deux mères eurent un regard de connivence, et sourirent.
La soirée fut une éternité. La réaction de sa mère lorsqu’il eut prononcé le prénom de la jeune femme entre vue « là-bas » ne lui laissait aucun espoir, il était maintenant conscient de vivre une aventure tout à fait bizarre, et le mot était faible mais il n’en trouvait pas d’autre. S’il avait su que les deux mamans pensaient à une amourette, il aurait d’abord rougit puis se serait mis dans une rogne noire, il était loin de penser aux filles, quoique ! Sophie étaitbien jolie.
Il ne déjeuna pas malgré l’injonction de sa sœur qui était chargée de le surveiller.
Celle-là si elle savait ! Ses histoires de froufrou lui paraîtraient bien banales. Il en voulait aussi à sa mère qui ne lui faisait plus aucune confiance depuis son escapade dans les bois. Comme si il l’avait fait exprès !
Il alla attendre Sophie dehors, assis sur le petit mur. Il avait remis le même pantalon sans avoir osé regarder ce qu’il y avait dans sa poche, il attendrait d’être dans le pré avec Sophie. Il la vit arriver, tête baissée, et plus elle approchait plus il avait l’impression d’une catastrophe, Quand elle fut près de lui, il comprit qu’ils devaient s’éloigner rapidement. Ils ne parlèrent pas durant le court chemin.
Il fallut bien que l’un des deux commença.
Julian se sentait coupable d’avoir entraîné Sophie dans cette histoire .Il ne savait par où commencer. Alors Sophie se lança.
Tout d’abord je dois te demander de ne pas m’interrompre, c’est déjà assez difficile comme ça. Quand nous nous sommes étendus dans l’herbe, je suis sûre de ne pas m’être endormie, j’ai fermé les yeux c’était pour mieux entendre les oiseaux et profiter de toutes les odeurs de la forêt. Puis des images sont venues, tellement belles et irréelles que je n’ai pas cherché à les chasser.
Julian pensa, c’est exactement comme moi.
Sophie continuait. J’ai d’abord fait attention au paysage, Puis j’ai vu des personnes, des animaux et je leur ai regardé attentivement. Au loin, il y avait des groupes d’enfants qui jouaient et plus près de moi des jeunes gens qui riaient. Elle s’interrompit, très émue de revivre ses scènes. Julian voulut parler mais elle lui prit le poignet, pour lui indiquer qu’elle n’avait pas terminé. Il lui fallut quelques minutes pour poursuivre. Un garçon et une fille sont venus vers moi, en souriant c’étaient de grands ados, ils m’ont saluée par mon prénom. Ils m’ont dit s’appeler Martin et Caroline et la jeune fille m’a dit
-Tu connais nos parents, ce sont Mr et Mme Aley. Rien ne m’étonnait, c’est comme si tout cela était naturel. Puis Caroline a détaché une chaîne qu’elle portait au cou, m’a pris la main et y à déposé le bijou. Ils m’ont dit alors de partir vite, en me disant : dis à nos parents que nous sommes heureux et qu’il faut maintenant qu’ils le soient aussi. Ce matin j’ai retrouvé ça dans ma chambre. Elle ouvrit sa main et Julian y vit une chaîne et une médaille.
Le silence qui suivit ce récit parut une éternité. Mille questions se bousculaient dans la tête de Julian, mais invité par Sophie de parler à son tour, il se gratta la gorge pour se donner du courage. D’abord, pour le paysage je crois qu’on ai arrivé au même endroit, mais j’ai pas fait très attention parce que j’ai vu le monsieur de la première fois et que j’ai couru lui dire bonjour.
-Excuse-moi, je raconte moins bien que toi, alors il faut que je revienne en arrière.
-Tu sais ? Quand Mr mon père a daigné venir nous voir, on en appris plein la tête tous les trois. En revenant du ciné, ce soir là, Maman, pour nous changer les idées a sorti un vieil album photo qui était dans sa famille depuis longtemps. Elle l’a ouvert très délicatement et la première photo représentait le mariage de ses arrières grands parents, tu t’rends compte ? J’ai vaguement regardé, ses trucs là, ça m’interesse pas trop. Enfin, c’est ce que je croyais.
-Tenez, a dit maman, la deuxième, c’est encore mon arrière grand père , mais là il est seul et en buste. Alors j’ai jeté un œil, et là, ….Je l’ai reconnu. C’était l’homme qui m’avait donné les perles la première fois, ça m’a foutu un coup ! T’imagine ! Les autres y disent que je me suis évanoui, mais c’est pas vrai , j’faisais semblant !
-Tu te souviens?
-Et comment ! pensa Sophie, elle s’était fait un sang d’encre.
-Pour en revenir à mon histoire, reprit Julian, j’ai donc couru vers lui et je me suis jeté dans ses bras en l’appelant grand-père.
Il n’eut pas besoin de bouger la tête, pour sentir que Sophie avait tourné la sienne vers lui. Reprenant le fil de son histoire, il poursuivit.
Il était heureux de me voir et moi aussi, c’était comme si on s’était toujours connu.. Il m’a présenté à une jeune femme noire, elle était très jolie et m’a dit
-Je connais bien ta maman, Dis lui que je pense souvent à elle, et s’il te plait, qu’elle dise bonjour de ma part à toutes les collègues, et, qu’elle dise à Luc que je pense très fort à lui. Surtout pense bien à lui dire que je m’appelle Myriem et elle saura. Va vite maintenant Julian, Ne reste pas plus longtemps, tiens voilà pour ta maman ! Cache bien ce petit carton, et sauves toi !
Le silence s’installa entre les deux enfants. Ils avaient de quoi réfléchir, pourtant, Julian n’en avait pas terminé.
-Sophie, ce qu’elle m’a donné est dans ma poche, mais je n’ai pas osé regarder.
Ils passaient tous deux un sale quart d’heure. Pourquoi eux ? Pourquoi cette tristesse intense qui les tenaillait, pourquoi cette solitude pénible ? Il aurait fallu pouvoir parler, ce n’est pas à douze ans, que l’on peut supporter de tels secrets.
D’ailleurs, Sophie, avant de faire le bilan de ce qu’ils avaient vécu, demanda à Julian de fouiller dans sa poche, ainsi ils seraient à égalité.
Le petit bout de carton brûlait sa fesse, mais il lui paraissait au-dessus de ses forces d’aller fouiller dans cette foutue poche. Malgré l’air frais, la sueur perlait à son front, ses mains étaient moites, il se sentait écrasé par une force inconnue qui le maintenait statufié. Sophie insista, et il lui fallut une force surhumaine pour que son bras en béton armé se soulève et aille chercher le lourd secret qui se cachait dans une de ses poches. Il ne l’avait pas vu, ce petit paquet qui semblait si lourd, et il fut surpris par sa légèreté lorsqu’il le tint enfin.
Tous deux, circonspects, furent étonnés par la banalité de l’enveloppe. Un papier kraft sur lequel avaient été gribouillées des lettres, placées apparemment au hasard, craquait sous les doigts malhabiles de Julian. Sophie lui prit doucement des mains et se demanda s’il fallait l’ouvrir.
Julian, n’en avait pas envie, malgré ses dires, et fut soulagé que Sophie prenne la décision à sa place. Aucun problème n’était résolu, beaucoup d’énigmes restaient à résoudre, mais selon Sophie ils ne pouvaient pas restés seuls, le lourd secret ne devait plus en être un. Elle suggéra de raconter toutes les péripéties à leur mère respective, ce qui eut le don de mettre Julian en boule. Il se mit à hurler qu’Hélène refuserait de le croire, qu’il se ferait encore punir, qu’il en avait ras le bol et se demandait pourquoi s’était à lui que ça arrivait.
Doucement, Sophie argumenta, fit simplement remarquer qu’elle n’était pour rien dans cette drôle d’histoire et cloua finalement le bec du rebelle qui- dans sa caboche de petit dur devait reconnaître qu’elle avait raison- mais on aurait pu lui brûler la plante des pieds, il ne l’aurait pas avoué.
L’après-midi était bien avancé, lorsqu’ils quittèrent le pré, et remontant le chemin virent venir à leur rencontre, Fanny et Marjorie, qui, inquiètes, étaient à leur recherche.
Bilan : d’un côté une chaîne et deux prénoms inconnus d’eux, de l’autre, un aïeul et une copine supposée, plus un petit carton qui gardait un secret supplémentaire .
Quel bins pensa Julian. Il aurait voulu être amnésique.
On se sépara devant la porte de la maison des Santorin, mais les regards que s’échangèrent les protagonistes de cette histoire curieuse en disaient long sur leurs tracas respectifs.
Quand Hélène rentra, Marjorie s’empressa de lui dire que Julian n’avait pas mangé de la journée . Celui-ci la traita illico de cafteuse, ajouta qu’il n’avait pas besoin de nounou, puis reprocha à sa mère de faire une énorme différence entre
Sa soi disant immaturité et la pseudo sagesse de sa sœur. Hélène n’ajouta rien, voyant que son fils était réellement perturbé, triste et, le regard noir en disait suffisamment sur son délabrement moral. Elle était fatiguée par sa longue journée de travail, d’autant que son sommeil avait été cauchemardesque au point qu’elle avait été heureuse d’entendre le réveil. Elle avait espéré le calme et le repos à la maison, mais au contraire, l’ambiance sentait le soufre, elle s’étendit sur le canapé pour se détendre les nerfs qui faisaient des nœuds depuis hier. La sonnerie du téléphone lui vrilla les tympans, ce qui n’arrangea pas son état. C’était Marielle qui n’avait pas pris le temps de venir alors qu’il suffisait de quelques secondes, ça n’augurai rien de bon. La voix altérée, elle demanda à Hélène si elles pouvaient se voir dans la soirée en compagnie de leurs plus jeunes enfants, Sophie, un masque froid, lui rigidifiant le visage, l’en avait prié d’une voix atone.
Hélène et Julian se rendirent chez leurs voisins dés le repas terminé, celui-ci avait été escamoté, mais peu importait, un orage couvait, il fallait le faire éclater.
Sophie était diaphane et son regard fixait Bigoudi installé sur ses genoux. Elle paraissait imperméable à tous les bruits environnants et sa mère, qui pourtant, était le modèle du calme et de la sérénité, était à l’évidence, malade d’inquiétude, ce qui ne présageait rien de bon et mit les nerfs d’Hélène en pelote, les fils de celle –ci bien serrés.
Julian fut prié de raconter de A à Z sa mésaventure première (les deux mères ignoraient totalement ce qui avait découlé de son égarement dans les bois). Il fit un récit détaillé, chacune des auditrices n’en perdant pas une miette, lorsqu’il raconta l’histoire du monsieur qui lui avait donné une perle, en avouant qu’il l’avait mangé, Sa mère commença à s’agiter et à crier, mais la main ferme de Marielle lui indiqua qu’il fallait attendre et se taire. Son gamin reprit donc, et arriva au récit du repas du réveillon, et avoua qu’il avait distribué presque toutes les perles.
Personne ne put retenir sa mère qui bondit et hurla :
-Ce n’est pas possible, tu mens encore ! Mais qu’est que tu as dans la tête pour inventer des idioties pareilles ! C’était un rêve ! Un rêve ! Martela t’elle. Tu n’as pas pu distribuer quelque chose que tu ne possédais pas !
Julian avait toute la tristesse du monde dans le regard, il avait courbé le torse, avait mis ses mains entre ses genoux, il connaissait maintenant ce que ressentait un condamné à mort.
C’est Sophie qui vint à la rescousse de son ami d’infortune. Elle, si timide d’habitude, prit la parole, et à sa manière, d’une voix posée, reprocha à Hélène d’être injuste envers Julian.
Le silence qui s’en suivit laissa les mères pantoises et Fanny cachée en haut de l’escalier descendit, sentant l’électricité montée. Elle n’avait pas compris grand chose à ce qui avait été dit, mais une chose était certaine, sa sœur ne mentait jamais.
Les deux jeunes considérèrent sa venue comme un renfort et eurent un soupir de soulagement.
Marielle, prit une décision unilatérale, elle prit le téléphone, appela successivement, Mr Henri et Mr Gedouin, deux hommes raisonnables, sensés et discrets. Les deux hommes étaient chez eux, et, sur l’invitation de Marielle acceptèrent de venir sentant dans la voix de cette femme si dévouée et calme, un soupçon de détresse.
Le silence qui régna jusqu'à leur arrivée fut lourd et c’est avec soulagement que tous les acteurs de cette étrange pièce, virent entrer les deux hommes, qui ignora
ient tout de la raison pour laquelle ils étaient là .
Ils furent surpris par l’ambiance qui régnait dans cette maison si accueillante habituellement. Ils remarquèrent les yeux rougis d’Hèlène, ses poings refermés sur un mouchoir, elle ne se leva pas, ne les salua pas, ce qui augurait quelque chose de fâcheux, pire un accident, d’autant que Marjorie était absente, tous les présents avaient la même attitude et les deux hommes s’inquiétèrent.
Marielle parla longuement, tentant de se souvenir de tout ce qui avait été dit jusqu’à l’interruption d’Hélène
Les deux hommes prirent bien garde de ne pas intervenir , mais prièrent Julian de poursuivre son récit.
- Après avoir distribué toutes les perles, j’ai remarqué que le comportement de tous ceux qui en avaient pris une avait changé.
-Tu t’souviens, Sophie, tu était devenue moins timide, tu jouais au foot avec nous tu faisais des blagues à tes frères. Fanny s’est transformée en bimbo, Mr Pirague a totalement changé de comportement, entrainant celui de son épouse. Parmi vous, ceux qui en ont mangé doivent savoir ce qu’ils ont ressenti.
Il se tut, laissant ainsi le temps de la réflexion à tout un chacun.
Une ribambelle d’anges eut le temps de passer et repasser avant que la voix de Mr Henri ne s’exprime enfin. Il paraissait dubitatif et, parlant doucement ( ce qui aurait paru impossible jusqu’à ce jour) dit :
Voilà qui n’est pas banal ! (ça, ça l’était !)
-Il va nous falloir tous les détails Julian, dit Mr Gregouin, tout ce dont tu va te souvenir nous sera utile. Je vais aller chercher un bloc-notes. Il ne mettait pas en doute les dires du gamin, ce qui apporta un peu de réconfort à celui-ci. Marielle s’était levée et avait sorti d’un tiroir le nécessaire pour écrire. Mr Gedouin demanda à chacun de prendre des notes, celles-ci pouvant être interprétées différemment par chacun. Que peux-tu nous dire de plus Julian ?
C’est Sophie qui à l’étonnement de tous, prit la parole. Elle parla doucement mais distinctement et expliqua que le jour du pique-nique, en allant se promener, Julian avait reconnu le lieu de sa mésaventure, grâce à un arbre étrange, et à un pan de mur. Elle poursuivit bravement, expliqua qu’ils s’étaient tous deux étendus dans l’herbe là où Julian l’avait fait la première fois.
De sourdes exclamations s’ensuivirent, stoppées immédiatement par un court grondement de Mr Henri.
Sophie poursuivit. Nous avons fermé les yeux et je peux dire, que, pour ma part je suis sur de ne pas avoir dormi. J’étais bien, j’écoutais, je sentais, tous mes sens en éveil. Bigoudi s’était installée sur moi et je goûtait vraiment cet instant qui me reliait à la nature. Avant de poursuivre, puis- je vous poser une question indiscrète, Mr Henri ? Je sais que vous connaissez mieux que quiconque ici, les Aley et je voudrais savoir s’ils ont eu deux enfants ?
Effaré, Mr Henri lui répondit par l’affirmative, mais se demanda où l’enfant avait bien pu l’apprendre.
-Se prénomment-ils Martin et Angélique ?
Le silence qui suivit fut glacial, et les yeux de Mr Henri, fixes , plongeaient dans ceux de Sophie.
Sa question fut posée presque durement :
-Qui t’a dit ça ?
-Je les ai rencontrés, répondit-elle.
-Impossible ! s’exclama Mr Henri, le seul à connaître leur histoire.
Sophie prit dans sa poche la chaîne et la médaille et la montra à tous. C’est Caroline qui me l’a donnée. Je déteste le mensonge, Monsieur. Je pourrais vous en dire beaucoup plus, mais je sens qu’il est inutile de poursuivre cette conversation, je suis épuisée, et nous avons pris Julian et moi suffisamment sur nous pour vous raconter nos mésaventures, il est préférable que j’aille maintenant me coucher, ça donnera à tous le temps de la réflexion. Sur ce elle se leva monta dans sa chambre non sans avoir lancé un bonsoir à la cantonade. Silence encore. Julian s’était levé aussi, et a voir sa mine blafarde, sa mère se dit qu’il serrait vain de vouloir lui tirer les vers du nez ce soir, d’ailleurs elle était tellement secouée, qu’elle lui fit un petit sourire désolé, qu’il ne vit pas, il était sorti sans dire un mot.
Fanny avait suivi sa sœur et lui proposa de dormir avec elle. Sophie accepta d’un hochement de tête et fut soulagée intérieurement. La nuit serait peut-être meilleure que la précédente.
En bas, on se remettait mal des émotions ressenties. Chacun réfléchissait. C’est Marielle, qui, se redressant s’attaqua à Mr Henri, et en bonne mère poule, défendit son oisillon et lui demanda pourquoi il l’avait agressé de cette manière ?
Mr et Mme Aley ont bien eut deux enfants, ils se prénommaient bien Martin et Caroline mais ils ont disparu il y a maintenant des années, c’est pourquoi ma réaction a été aussi dure. Veuillez m’en excuser, ajouta t-il d’un ton lugubre.
Que dire de plus. Il fallait de la réflexion, du recul, revoir les enfants lorsqu’ils seraient moins perturbés, et surtout du repos si l’on pouvait dormir.
Personne n’ajouta mot, et l’on se quitta. L’insouciance des jours passés avait fui.
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