Partager l'article ! Partie 3: Chez les Mungier, Marielle et Pierre avaient eu une longue discussion. Les cadeaux des enfants étaient achetés depuis longtemps, ...
Chez les Mungier, Marielle et Pierre avaient eu une longue discussion. Les cadeaux des enfants étaient achetés depuis longtemps, ils les échelonnaient sagement tout au long de l’année. Restait le concours. Il fallait récompenser Sophie elle le méritait, ils avaient été vraiment soufflés par son travail. Elle rêvait de posséder un chien, eh bien elle en aurait un ! Au diable les inconvénients ! Le refuge n’était pas loin et sous prétexte de faire les dernières courses.ils partirent. Les enfants d’ailleurs étaient occupés, Violaine avait dormi dans la chambre de Fanny et les deux amies discutaient tranquillement. Sophie amusait Jonathan avec des histoires, les deux autres garçons étaient sortis prendre l’air.
Justement il avait changé. On avait d’abord eu du froid sec, puis la pluie maigre mais gelée était tombée et Marielle et Pierre furent surpris, en sortant de voir voleter des moucherons blancs, Pierre rentra et prévint les enfants « il neige « !
Ca c’était un vrai bonheur, il y avait des années que Noel n’avait pas été blanc et il manquait un petit quelque chose comme la cerise sur le gâteau. Arrivés au refuge, ils n’eurent aucun mal à trouver le chien idéal .Il avait deux mois et demi, était le dernier d’une portée de quatre, noire, frisée et minuscule, des yeux innocents en boutons de culotte, elle était installée bien au chaud chez le gardien Sa maman caniche noire avait « fauté » avec un chien de même race et même taille mais celui- ci était abricot ! Sacrilège ! Madame la propriétaire était venue apporter les chiots à peine sevrés. Les trois mâles étaient déjà partis. La chienne n’était pas plus grande que la main de Pierre. Ce grand costaud se trouvait maladroit avec ce bébé et le tenait trop serré contre sa veste. Marielle rit, prit le chiot et le glissa bien au chaud sous son manteau. On ne voyait que la truffe qui passait. Tout fut vite réglé, et la petite bête pelotonnée contre la poitrine de Marielle ne bougea pas durant le court voyage du retour. Ils s’arrêtèrent chez l’ancien cultivateur qui habitait encore le corps de ferme, sa femme et lui élevaient des lapins et des volailles et arrondissaient ainsi leurs fins de mois en vendant les œufs et les poulets. Marielle était bonne cliente et passait chaque semaine, même si elle n’avait rien à prendre. C’était des gens charmants qu’elle avait su amadouer, ils acceptèrent de garder le chiot pendant une journée. Il fut convenu d’un stratagème.
Les garçons jubilaient ; Il neigeait ! Ils attendaient ça sans trop y croire, mais cette fois, ça floconnait bien et le ciel était encore chargé de coton. Ils étaient sortis avec leurs rollers et s’amusaient au carrefour où les avaient rejoint d’autres copains, en glissant sur la très mince pellicule, déjà posée sur le bitume, tous ensemble, ils avaient formé un cercle presque parfait et s’obstinaient à l’améliorer encore. Ils inventèrent ensuite d’autres jeux Ils s’en lassèrent à nouveau et dégringolèrent la pente en courant pour aller jusqu’à la rivière. C’était à couper le souffle. La nature était décidemment imbattable, les herbes, les joncs, les roseaux, comme figés, étaient immaculés, ils se découpaient sur un ciel quasi violet. Quand à la rivière, l’eau semblait couler avec un bruit clair plus cristallin qu’a l’habitude, on aurait juré, qu’elle flirtait avec les flocons, qu’elle engloutissait dés qu’ils avaient la témérité de la toucher. Le vent du Nord faisait que les arbres participaient à la fête du blanc. Leurs troncs retenaient de ce côté, une couche uniforme qui leurs enlevait leurs aspérités, on avait l’impression qu’ils étaient plus hauts plus forts. Sensibles à la beauté du site, personne n’osa troubler ce cadre pur et ils allèrent faire craquer sous leurs pieds la pelouse de leur stade. Bien défoulés après deux heures de ballon, ils remontèrent, ils savaient que ce soir, ils se retrouveraient là- haut.
Lorsqu’il arriva devant chez lui, Julian remarqua aussitôt, la paire de bottes posée à côté du paillasson de l’entrée. Il ne se pressa pas pour autant, il pensa à Pierre, Monsieur Henri où Monsieur Gedouin. Il entra comme d’habitude, par le sous- sol, ne prêta pas attention aux voix qui lui parvenaient, pourtant, lorsqu’il poussa la porte de la cuisine pour y prendre son goûter il fut surpris et s’arrêta. Il reconnaissait cette voix. Celle qui répondait aux questions d’Hélène . Julian poussa la porte de la salle et reconnut l’homme assis dans le fauteuil qui faisait face à celui de sa mère ; Il le voyait de profil ; Jeune, cheveux courts, veste en jeans, mains mobiles, il avait l’air très à l’aise, souriant et plutôt sympathique au premier coup d’œil, pensa Julian. Hélène l’aperçut, lui sourit et lui présenta Monsieur Chevallier, qui l’impressionna en dépliant son mètre quatre vingt dix au moins.
Bon sang, il lui avait écrasé au moins quatre phalanges ! Sympa, mais trop costaud.
Qu’est- ce qu’il voulait ? Il eut vite la réponse sans avoir posé la question.
Monsieur Chevallier est venu prendre de tes nouvelles.
Encore ! se dit Julian. Mais qu’est ce qu’il voulait encore c’ui- là. J’veux pas retourner là- bas. J’ai trop la trouille. Ce flic là, il était quand même bizarre .Qu’est qu’il cherchait ?
C’était justement ce qu’il était en train de lui expliquer.
-J’ai vraiment arpenté les bois, je n’ai rien trouvé, je n’ai pas le moindre point de repère et sans ton aide je n’ai pas la moindre chance.
-He ben, qu’est que je m’en fous moi ! se dit Julian. De quoi j’me mêle ? D’abord c’hai pas ou c’est et puis même si j’m’en souvenais, pourquoi que j’lui dirais ?
Le regard du gamin devait juger et jauger son interlocuteur car Monsieur Chevallier lui dit tout de go : accepterais- tu de m’aider ?
-Ch’ai pas. Tu ne sais pas quoi ? Tu ne veux pas m’aider où bien tu ne tu ne te souviens pas ? Les deux.
La réponse était catégorique, il n’y avait plus rien à ajouter.
L’air désappointé le gendarme s’apprêta à prendre congé, mis Julian prit de remords s’empressa d’ajouter
-Je veux bien chercher avec vous, si vous voulez, quand y f’ra beau.
-Bien jeune homme, merci beaucoup. Formule de politesse, et patati et patata, et repatati et repatata auprès de maman. C’a y est il est parti.
Hélène lui fit remarquer qu’il n’avait pas été très aimable. Il lui rétorqua, aussi sec que ça compensait, elle, elle l’avait été beaucoup trop ! Hélène faillit utiliser sa main, se retint, pris un air songeur pendant que Julian fonçait dans sa chambre.
Lorsqu’il arriva en haut, Marjorie était comme,une héroine de bd jambes écartées, poings sur les hanches, yeux révolver.
Les plaquettes de freins de ses chaussons furent sollicitées et il s’arrêta net, le carambolage n’était pas passé loin !
Espèce d’andouille ! Tu ne peux pas ficher la paix à maman ?
Faut toujours que tu gâches tout !
Elle a été d’accord pour l’ordinateur, elle fait tout pour nos rendre heureux, elle s’est donnée à fond pour la fête, ça ne te suffit pas ? Sale petit égoïste, j’ai cru pendant quelques temps que t’étais amélioré, j’ai pu constater aujourd’hui qu’il n’en est rien, parfois j’ai honte pour toi.
La porte claqua. Il restait bloqué sur une patte, comme un héron et il le pensait maintenant, il était vraiment une courge.
Rentré dans sa chambre, à regret, il pensa que sa soeur avait raison. Il n’irait pas lui dire évidemment, mais elle avait raison. Descendre s’excuser auprès d’Hélène ? Allons, allons ! Un homme ne doit jamais avouer ses tords, pas lui en tous cas.
Pourquoi avait- il été aussi agressif envers elle ? Il n’en savait rien. Ce type, il l’avait trouvé sympa mais un peu collant, et puis Hélène lui souriait, du même sourire qu’elle avait quand elle le câlinait de temps en temps. Quand elle lui passait la main dans les cheveux quand ils regardaient un film ensemble à la télé et qu’ils riaient, en même temps, des même blagues. C’était son sourire à lui et il ne devait pas servir à d’autres.
Ca le mit de mauvais poil et il décida de mettre tout ça aux oubliettes. Pour l’instant il avait autre chose à faire. Vidant un sachet de bonbons en vrac sur son lit, il garda le paquet et le remplit de dragées, des dragées qui trainaient dans le meuble de la salle depuis le lointain baptême d’un petit voisin. Julian prit la boîte à corne, dans son placard- elle y était retournée après le grand nettoyage- et doucement souleva le couvercle. Il ne savait pas pourquoi mais il avait toujours un peu peur. Il prit la corne, le plus délicatement possible- ce qui relevait de l’exploit- et fit tomber les perles une à une dans le sachet de dragées auxquelles elles se mêlèrent, puis il remit la corne dans la boîte, il restait trois perles à l’intérieur, elles étaient destinées à Sophie . Il lui offrirait demain jour de Noel.
Ce soir c’était la fête ensemble. Demain le jour des amis. La famille Santorin, celle des Mungier et Monsieur Henri passeraient Noel ensemble chez ce dernier il l’avait proposé spontanément.
Il était six heures du soir, la nuit était tombée. Un groupe s’était formé à un bout du village et, au fur et à mesure, de son avancée il grossissait. Des rires et des exclamations ponctuaient les pas crissant. Chacun portait, avec bonne humeur son fardeau, le contenu de celui- ci agrémenterait la soirée à un moment où à un autre.
Certains des hommes avaient sur leurs épaules des enfants rigolards- les plus petits- les pompons de leurs bonnets se soulevaient et retombaient au rythme de la marche et ressemblaient à ceux des manèges de la fête du pays.
C’était bien à une fête qu’on se préparait et déjà là-haut, dans la salle, le buffet avait été dressé. Des piles d’assiettes, des rangées de verres, des bacs de couverts attendaient. La décoration, pourtant rapidement mise en place était superbe et les corbeilles, confectionnées par le père Pirague et ses émules garnissaient les tables, elles étaient remplies de fruits de saison.
Quelques personnes âgées avaient été amenées par Pierre et Monsieur Henri et, déjà installées, avaient attaqué les conversations. Comme on était un peu sourds, on parlait fort
Ravies de se retrouver, elles avaient du temps à rattraper, et les souvenirs communs revenaient vite aux mémoires défaillantes. Des mains usées par le travail et nouées par les rhumatismes, voletaient pour appuyer certaines paroles et des sourires parfois édentés prouvaient que, déjà, on s’amusait bien.
Un couple âgé se tenait un peu à l’écart, et tout un chacun avait été surpris qu’ils aient accepté l’offre de Marielle, mais ils avaient fait l’effort d’être là et étaient tous deux très élégants.
Ils habitaient une grande maison bourgeoise entourée d’un parc, qu’un jardinier, pris à plein temps, entretenait parfaitement. C’était une vraie merveille, disait- il, mais personne d’autre que lui n’avait pénétré sur la propriété. Ce couple avait fait l’acquisition du « château », comme l’appelaient les gens de la région, il y avait une dizaine d’années maintenant, mais ils y vivaient en reclus et ne recevaient jamais. Des rumeurs circulaient, colportées par une femme, quelques temps, employée par ce couple. D’après elle, l’ameublement, les tapis, l’argenterie étaient de toute beauté, mais aller savoir. Cette femme de ménage avait été renvoyée on ne sait pour quelle raison. Toujours est- il qu’elle avait eu le temps d’expliquer à tous ceux qui voulaient l’entendre que, bizarrement le couple vivait exclusivement dans deux pièces du rez- de- chaussée et n’en sortait que très rarement.
Ces personnes devaient faire leurs courses en ville car aucun des commerçants du bourg ne les connaissaient.
Des personnes rapportaient les avoir vu au cimetière. Ils entretenaient une tombe très simple en marbre noir. Les curieux étaient allés voir, après leur départ, mais, à leur grande surprise aucune inscription n’apparaissait sur la pierre.
D’autres groupes étaient debout et des enfants couraient autour d’eux.
Vers sept heures, une sangria fut servie et des petits fours l’accompagnaient. L’ambiance était chaleureuse et les gens du bourgavaient été invités cordialement à ce pot de fin d’année. Le maire était là, quelques conseillers aussi. Ils étaient venus mais tous comme le curé qui était passé rapidement, étaient restés peu de temps, chacun rejoignant une famille qui les attendait.
Le diner se déroula gaiement, on entendait parfois de grands éclats de rire qui dégringolaient en cascade, et, communicatifs, en entrainaient d’autres .
Le temps passa vite, on en était aux fromages, quand, Fanny et Violaine qui s’étaient occupées de la sono et avaient mis de la musique en sourdine, prirent le micro et surprenant tout le monde, interprétèrent une chanson que beaucoup connaissaient et reprirent au refrain. Monsieur Henri, sollicité, repris quelques chansons d’autrefois.
Il était onze heures et demi environ lorsque le dessert déjà servi, Monsieur le curé revenu, on mit des tasses devant les adultes désirant du café, des petits verres pour réchauffer à l’alcool du coin, les estomacs qui en éprouvaient encore le besoin. Certains s’étaient emplis au fur et à mesure d’un petit vin coquin servi à volonté.
Si les jeunes avaient carburé au jus de fruits, d’autres étaient déjà bien avancé. Le père Pirague qui était un professionnel de la bouteille, rigolait en voyant Monsieur Gregouin, le fermier, Monsieur Henri et Monsieur Mungier, le curé et quelques autres qui, eux, étaient des néophytes et qui, tous, s’étaient imbibés petit à petit, un petit verre suivant l’autre. C’était maintenant à qui serait le plus fort en gueule et eux si polis d’habitude, se coupaient allègrement la parole, racontaient des blagues plus que douteuses. Les femmes, les laissant à leur « piquage » de nez s’étaient éloignées un peu pour pouvoir s’entendre et regardaient, de temps en temps, d’un œil amusé et indulgent, ces gaillards, qui seraient bien surpris de se voir dans cet état, lorsque les photos qu’avaient pris les enfants, ravis de la tournure des évènements, auraient été développées !
Si Guillaume Julian et Jonathan restaient accrochés à la table des hommes et riaient sans bien comprendre les grosses blagues, Joachim s’en était éloigné et paraissait soucieux de voir son père dans cet état.
Il rejoignit le groupe des jeunes. Certains d’entre eux dansaient. Il s’assit sur l’estrade à côté de Sophie qui souriait en regardant s’agiter les tout petits. Dans un coin, on avait étendu une couverture sur laquelle dormaient deux bébés, pas gênés le moins du monde par ce capharnaüm
Le curé partit le premier. Il n’avait pas paru le moins du monde gêné par le vocabulaire épicé de ses compagnons de tablée. Il voulut être crâne et montrer qu’il assurait. Malheureusement, sa démarche était chancelante et il loupa la porte. Il faillit tomber à la renverse mais Joachim, qui l’avait suivi des yeux était là pour le retenir et il le ramena au presbytère tout proche. Le froid assomma le prêtre qui divagua tout au long de la centaine de mètres qui le séparait de son lit sur lequel il s’affala. Il se mit à ronfler. En voilà un qui aurait mal aux cheveux demain matin, et pourtant c’était Noel et il devrait être frais pour l’office.
Le groupe des anciens s’était disloqué et les hommes tapaient le carton. Ils alternaient rires, toussotements, gueulements, ce qui prouvait qu’ils étaient heureux.
Chez les dames on avait fait des petits groupes générationnels et l’on distinguait parfaitement les dominantes des dominées. Ces dernières restaient bouche bée, accquiessant du chef de temps en temps, tandis que les autres- qui tenaient enfin un auditoire et n’avaient pas l’intention de le lâcher- lançaient des mots comme des flèches et les postillons volaient en rase- motte.
Julian jugea qu’il pouvait agir. Il alla chercher le sac de dragées et de perles et commença à le présenter à toutes les personnes.
Certaines refusèrent en le remerciant, d’autres se servirent et le gamin, les neurones aux aguets, se mit à guetter ceux qui prenait une perle. Il avait les circuits complètement allumés et il s’efforça de retenir le nom de ceux qu’il connaissait, la tête des autres- ce qui était plus difficile- mais se débrouilla ensuite pour poser les questions adéquates et faire en sorte d’avoir une liste complète. Un vrai flic !
Ce sont les femmes qui ramenèrent les personnes démunies de moyens de locomotion chez elles. Mais la neige n’avait pas cessé de tomber en abondance et elles mirent du temps pour ce faire. Le père Pirague et sa femme étaient redescendus à pieds en compagnie des fermiers. La cultivatrice qui protégeait ses mains du froid, les avait mis dans ses poches. Elle trouva dans l’une d’elles, une perle qu’elle n’avait pas osé refuser- son régime très strict lui interdisant le sucre- la balança discrètement dans la neige qui nivelait déjà les talus .Ils se quittèrent bientôt, Madame Pirague embrassa de bon cœur, Madame Robut, la fermière, serra énergiquement la main de son mari, en leur souriant et leurs souhaitant bonne nuit. Son mari était en arrêt, comme gelé, la bouche ouverte, et lorsqu’il vit sa femme s’éloigner dans l’allée de leur maison en chantonnant, il se dit qu’il fallait qu’il arrête de boire.
Chez les Mungier, Jonathan se réveilla le premier, on aurait pu parler d’instinct, il s’était programmé, il savait qu’en bas, les cadeaux attendaient. Papa et maman les avaient posés au pied des branches givrées, avant de monter se coucher.
Il s’agita dans son lit, ne put tenir, se leva, alla pieds nus, frapper à la porte de Sophie. Elle était réveillée, lui ouvrit la porte, et ils attendirent en chuchotant et en riant. Ils entendirent les garçons se bagarrer et les rejoignirent.
Jonathan avait l’habitude de chahuter avec ses frères, mais Sophie, la sage, la posée, la solitaire, ne participait jamais à ces jeux qui lui faisaient un peu peur. Pourtant ce matin là, elle se mit au diapason, et ses frères suffoqués reçurent sans broncher, les minis coups de poings de Sophie et la regardèrent sauter sur les lits comme s’ils craignaient pour sa santé mentale. Elle éclata de rire et fila à toute vitesse dans l’escalier, le dévalant quatre à quatre. Marielle , qui était déjà descendue, avait un bol de café à la main et reçut les assauts de sa fille cadette, non seulement avec surprise mais chaudement, le café s’étant répandu sur sa robe de chambre. Pierre qui était à table et se tenait la tête dans les mains, leva un regard, comme gommé, et parut sortir de la brume dans laquelle l’avait mis l’alcool, en voyant sa fille sautillant comme un cabri.
Les garçons étaient descendus et tous regardaient Sophie. Leur attention fut attirée par Fanny qui, dans l’encadrement de la porte de la cuisine, était tout sourire. Elle était pomponnée, avait mis une robe élégante, des chaussures à talons- empruntées à sa mère- et s’était maquillée légèrement, ce fut le coup de grâce pour les garçons et leurs parents.
Fanny, la lycéenne type, celle qui jeansait, basquetait et pulloverait à longueur d’année ! Elle était très belle, et paraissait plus âgée. Sa sœur lui sauta au cou, pendant que leur mère, avec un serrement de cœur, voyait disparaître l’enfance de sa plus grande.
Au presbytère, le curé avait bien cuvé et très bien récupéré. A sept heures il était debout, avait fait sa toilette et devant le miroir de la salle de bains, tout en étalant de la mousse à raser, fredonnait sans même s’en rendre compte, « viens, poupoule, viens poupoule, viens ». Il entendit, plus loin, dans l’arrière cuisine, un bruit de vaisselle cassée et marqua sa surprise en stoppant net sa chansonnette.
-Tiens se dit- il. C’est pas le jour de Sidonie !
Mais la pauvre vieille qui s’occupait du curé depuis des années, ne l’avait jamais entendu chanter que des cantiques où de la musique classique, à la limite des airs d’opérettes mais….Oh jamais ça !
Elle jeta un œil par la fenêtre pour voir si quelqu’un avait pu l’entendre. Non, Ouf !
Elle ramassa les restes du bol, et s’apprêta à en prendre un autre dans le buffet. Elle se sentit happée par un bras vigoureux et le curé lui saisissant la main qu’elle avait levée, l’entraina dans un rigodon où un swing, enfin ….Un machin, qu’il était, de toutes façons inconvenant de faire.
-Sainte vierge Marie Jésus ! Mais allez- vous me lâcher ! Cria t- elle dans l’oreille du prêtre, ce qu’il fit immédiatement. La pauvre femme, étourdie, faillit se farcir l’angle de la cuisinière et atterrit, on ne sait encore par quel miracle, sur le fauteuil à bascule que le prêtre utilisait pour sa sacro- sainte sieste.
Groggy, Sidonie resta trente secondes à regarder tourner le plafond et fut dans l’incapacité de se sortir seule de ce maudit siège qui continuait à tourner !
Hilare, le curé lui prit la main, la tira hors de ce piège et hurla : Alors ! Ma bonne Sidonie, la pèche au jour d’hui ?
S’en était trop pour la bonne vieille qui ôta son tablier et partit le plus vite que purent lui permettre ses jambes arthritiques. Elle poussait de petits cris de souris effrayée et ceux qui la virent passer eurent des points d’interrogation plein la tête.
Bon ! C,était pas le tout de s’amuser, il faut travailler s’exprima le curé à voix haute. Il était déjà la demie, il devait aller dire sa messe. Il le fit tout aussi sérieusement que d’habitude, puis prépara la grand’messe de dix heures trente.
A l’orgue, il reprit les accompagnements des cantiques que devait interpréter la maigre chorale, longuement entraînée, et y mis une telle fougue et une telle vigueur que des personnes, passant devant l’église, s’étaient arrêtées et étaient entrées pour l’écouter. Monsieur Gregouin, le mécréant, en faisait partie et se mit à frapper des mains en rythme ; Le curé se retourna, aperçut notre homme et, surpris, en écrasa une fausse note qui monta le long des tuyaux et s’enfuit à tire d’ailes, aidées en cela par la kyrielle d’anges qui passaient dans le silence revenu. Le prêtre, se leva, alla serrer les mains des personnes présentes, leurs souhaita une bonne journée de Noël et, s’arrêtant plus longuement auprès de son compère de soirée, bavarda avec lui, de petits touts et de grands riens. Il se sentait en harmonie avec ce grand bonhomme, agréable et bon qui faisait beaucoup plus pour ceux qui en
avaient besoin que certaines de ces grenouilles de bénitier, qui faisaient acte de présence, priaient égoïstement pour elles, supposant que le ciel leur était acquis puisqu’elles assistaient régulièrement aux offices. Elles risquaient d’avoir des surprises.
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Julian vit les murs de sa chambre tanguer dangereusement, tenta d’échapper au séisme se retenant au bois de lit, mais, il fut éjecté
, et se retrouva sur le ventre par terre. Le sol tremblait et il eut si peur, qu’il hurla. Deux éclats de rire lui répondirent et il s’aperçut, alors, que son matelas le recouvrait et que sa mère et sa sœur venaient de le sortir brutalement du sommeil profond dans lequel il était plongé…..Deux folles !
Elles le sortir complètement de son coma léger, en le prenant, l’une par les pieds, l’autre par les bras et le balancèrent. Elles riaient tellement, qu’elles avaient du mal, malgré son petit poids à le soulever et ses fesses rabotèrent plusieurs fois, le plancher, ce qui acheva de le mettre en boule. Il s’agita tant qu’elles finirent par le laisser tombé brutalement. Joyeux Noël , Julian ! Complètement fêlées ! Il se releva, en se frottant le postérieur, leur lança un regard noir et prit le parti de descendre sans dire un mot et fut couvert de huées.
Mais qu’est ce qu’elles ont ?.. …Ah ça commençait bien Noël ! D’abord, il était quelle heure ? Sa montre lui répondit, huit heures. Il ne la crut pas, la secoua, et s’empressa de vérifier sur le magnéto. Huit heures !...Elles ont pété les plombs, où fait sauter le compteur, moi, je remonte me pieuter. A peine avait- t- il posé le pied sur la première marche de l’escalier, qu’il reçut deux oreillers en pleine poire, se retrouva assis sur le paillasson et, dans le cirage, choisit d’aller s’allonger sur le canapé. Ce ne fut pas long. Marjorie et Hélène vinrent le chatouiller et il renonça, en prenant une attitude de vieillard, traînant les pieds, bras ballants et la tête basse s’assit à la table de la cuisine sur laquelle il s’effondra, la tête dans les bras.
Hélène et Marjorie, déjà habillées, ayant déjeuné, décidèrent une mi- temps pour ce tout petit, minuscule, minable bonhomme, qui releva aussitôt la tête, car les commentaires avaient été faits suffisamment fort pour qu’il les entende.
Cette fois, à trois, ils montèrent les cartons qui contenaient les différentes parties de l’ordinateur et cette fois l’enthousiasme fut unanime.
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Georgette, Madame Pirague, s’était levée en sifflotant. Son mari, la bouche ouverte, ronflant comme sa vieille tondeuse, sembla s’en étouffer, soupira de bonheur. Un rossignol était entré dans son rêve et venait de se poser sur son épaule. L’oiseau se remit à siffler, mais cette fois, il prit la forme d’une locomotive à vapeur et fonçait sur lui. Il crut qu’il criait et se réveilla en sursaut, surpris de se trouver dans son lit. Georgette, en petite chemise de nuit, se baladait dans la chambre, allait de la penderie au miroir, choisissant une robe, la plaçant devant elle, tournait la tête de droite à gauche pour juger de l’effet produit, répétant ces gestes et posant, au hasard les tenues rejetées. Ce faisant, elle sifflait. Elle sifflait n’importe quoi, mais elle sifflait joyeusement
Lucien, le père Pirague, se recoucha, se mit la couverture par-dessus la tête et dit tout haut : toi, mon petit père, tu picole vraiment trop, fini la bouteille, c’est le début du délirium !
Ce qui l’inquiétait, c’est que le sifflement continuait. C’était sans doute une de ses oreilles qui délirait. Mais ça devenait tellement gênant, qu’il rabattit la couverture, s’assit dans, et secoua la tête. Ca ne suffisait pas. Il avait les yeux fixé sur le lit et aperçut un monticule de fleurs de ramages colorés, et ca tombait ! et ça tombait !
Cette fois il était atteint et il eut peur d’être devenu fou. Il ferma les yeux, les rouvrit et aperçut une femme en petite tenue. Il regarda avec plus d’attention, et vit que c’était la sienne.
-Georgette ?
-Oui ?
C’était bien elle !
Ben, bon Dieu de bois ! Ca faisait bien longtemps qu’il l’avait pas vu comme ça !
IL sortit du lit, se trouva ridicule avec son vieux caleçon et se recoucha vite fait.
Elle était encore belle, sa femme !
Oh !...Il se souvenait d’elle quand il l’avait connue. Une sacrée belle fille, vingt Diou ! Et il en restait bien des choses, ma foi !
Il profita de l’absence momentanée de Georgette, qui avait enfin trouvé la toilette idéale pour s’enfuir dans la salle de bains, ou, pendant une demie- heure, il se décrassa.
Ca faisait déjà bien longtemps qu’il avait pas pris de douche. C’est couillon, se dit- il, ça fait du bien et on se sent plus léger.
La journée commençait bien .
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L’église était pleine, il y avait même des personnes debout. L’affluence n’était pas seulement due au fait que certains avaient été empêché la veille. Les familles des familles des familles étaient là aussi et les pierres de l’édifice, auraient pu saluer cettes assemblée en commençant par « messires et gentes dames » car on à l’âge des veines de ses pierres. L’église était donc archicomble. Peut- être était-ce du à ce temps délicieux, vif et frais, clair et scintillant qui maintenait la neige en place et donnait quelques stalactites aigues du côté Sud des habitations et faisait qu’on se sentait en harmonie avec la nature.
Le curé, le père Joseph, plaçait les enfants au fur et à mesure de leur arrivée, dans les deux travées du cœur, sachant qu’à pareil endroit, ils seraient plus attentifs. Le prêtre attendait, souriant, au pied de l’autel que les portes puissent se refermer, et regarda discrètement sa montre. Dix heures quarante- cinq. Il fallait commencer.
Il avait vu arriver et se placer au premier rang, Monsieur et Madame Aley les « chatelains » qui n’étaient pas des habitués des offices. Il fut surpris également, en voyant se placer près d’eux, un couple si inattendu, qu’il marqua tant sa surprise par un regard appuyé, que bien des têtes se dévissèrent pour apercevoir ce qui causait une telle mimique. Monsieur et Madame Pirague, bras dessus, bras dessous, s’étaient avancés comme des jeunes mariés, un peu empruntés. Pirague était méconnaissable. En costume gris, chemise, cravate et chapeau à la main, cheveux calamistrés et sourire appareillé, il cloua le bec à plus d’un. Il faut dire qu’on avait l’habitude de le voir attendre sa femme au bistrot, où il sirotait des petits jaunes avec ses copains toujours assoiffés. Madame Pirague était encore plus élégante qu’a l’accoutumée et, souriait ce qui ne lui arrivait pas si souvent. Les autres visages lui étaient presque tous connus, c’étaient les familles des environs, du bourg comme du village, des hameaux perdus dans les creux de bocage, certaines même venues de la ville et ayant leurs habitudes ici.
L’office se déroula normalement, ponctué par les traditionnels chants de Noël. Le prêtre en étonna plus d’un en montant en chaire ce qu’il n’avait pas fait depuis bien des années. Il fit un panoramique de l’assistance, fouilla si bien, sonda si fort les consciences, que certains trouvèrent soudain un grand intêret au dallage de l‘église. Allez savoir pourquoi ! Tout le monde, où presque se sentit visé par les mots durs employés par le prêtre, qui visaient l’indifférence, la violence et pour terminer prônaient la tolérance . Certains des termes employés avaient été si durs, que l’écho les répercutant les avaient fait se cogner aux piliers et à la voûte ce qui les rendaient plus forts encore. Le prêtre termina son homélie par des mots réconfortants, et souhaita à tous une bonne journée.
Il se mit à l’orgue. La chorale était en place pour entonner le dernier chant. Le curé commença sur un rythme inhabituel qui coupa le sifflet aux chanteurs désorientés. Ils se regardaient, commençaient une syllabe mais c’était tellement discordant que s’en était lamentable ! Complètement perdus ! Ils s’agitaient , hochaient la tête bref, c’était un fiasco.
Le Père Joseph, imperturbable, continuait sur le même rythme et encourageait de la tête ses ouailles. Peine perdue. Soudain, une voix forte, basse, subtile attaqua un A—lléeee-louuuu-iia Ca s’agita, autour de Monsieur Henri, quelques voix timides tentèrent de suivre et, s’enhardissant, se mirent au diapason. Une voix de soprano sublime s’envola vers la voûte, ponctuant de notes d’accord, le chant repris par tous. C’était Madame Aley. Les pieds se mirent à battre la mesure et le curé fit signe aux enfants de claquer des mains, ils s’en donnèrent à cœur joie suivis par l’assistance.
De mémoire d’homme, on avait jamais entendu pareille concorde. Il n’y eut qu’un seul bémol lorsque, Monsieur Gregouin présent, debout au fond de la nef- entendant un grand escogriffe teigneux, dire : on n’est pas chez les nèg…..lui donna une baffe magistrale qui ne correspondait pas au rythme des battements mais ce fut le seul accroc.
Quand le dernier accord fut plaqué- il fallait bien une fin- des applaudissements spontanés jaillirent et, l’abbé Joseph renvoya ses ouailles après leur avoir souhaité, à nouveau une belle journée.
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Julian recomptait ses perles. Il y en avait encore. Monsieur et Madame Aley en avaient pris chacun une, en le remerciant, ils avaient un sourire triste et Madame Aley l’avait fixé, regardé attentivement, et il avait semblé à Julian que ses yeux devenaient brillants comme ceux d’Hélène lorsqu’elle était sur le point de pleurer, mais tentait de le cacher.
Madame Pirague avait plongé sa main dans le paquet, avait pris au hasard et avait gagné le « jack- pot » en prenant une perle vert amande opale. Elle avait ri en voyant Julian fixer sa main, elle avait même ajouté : « tu as peur que j’en prenne une poignée, hein ? Julian s’était senti rougir, et, ensuite avait fait plus attention.
Fanny et Violaine avaient pris une perle et une dragée chacune, c’était la gourmandise qui les perdrait.
Julian pour Sophie avait insisté en la priant de prendre une perle et Hélène et Marjorie avaient fait de même.
Les copains n’avaient rien voulu savoir. Ils jouaient au yams et, pris par le jeu, envoyèrent Julian balader.
Madame Marie, la fermière, en avait pris une avec méfiance et l’avait posé près de sa tasse, en le remerciant.
Les hommes n’avaient pas prêté garde au gamin, bien trop occupés à goûter au nectar local, mis à part Monsieur le curé, qui connaissait le loustic, en prit donc une en filant, par la même occasion, une claque dans le dos de Julian. Il le fit tellement généreusement, que le gamin partit en avant et faillit lâcher son sac, il se rattrapa de justesse à une chaise. Il avait amusé la tablée et les hommes s’étaient mis à rigoler.
Pauv’ types, pensa Julian. Maintenant, il était là avec ses perles, et, tenté, en prit une, hésita longuement, mais, à ce moment, Marjorie entra dans la chambre ,du coup il la goba en louchant affreusement, elle avait failli prendre le mauvais tuyau !
-Merde ! Qu’est- que tu fous là ? Tu peux pas frapper, non ? J’ai même pas pu la goûter ! Goûter quoi ? Ca te regarde pas !
Le paquet était en évidence sur le lit .Marjorie réclama un des bonbons qu’elle avait trouvés si succulents la veille, Julian protégea son trésor en tournant le buste, Marjorie sortit, non sans lâcher « égoïste ».
On se retrouva donc chez Monsieur Henri. Peu de personnes connaissaient sa maison, et furent subjuguées par le parti qu’il en avait tiré. Les pièces étaient larges, hautes bien éclairées par de grandes baies, le mobilier, bien que disparate, de toutes époques, était très beau. On Voyait là un chineur de première, qui devait passer ses loisirs à faire les brocantes, nombreuses dans la région. D’ailleurs, lorsque tous virent l’atelier qui avait pris la place du garage, des panneaux sculptés, des pieds de tables et chaises, des portes en piteux état ils surent que tout cela attendait des mains expertes pour reprendre vie. Le jardin devait être magnifique dès le printemps car, malgré la neige, on devinait, des parterres, des arrangements de massifs, des allées qui formait un ensemble harmonieux.
Monsieur et Madame Aley étaient présents. Monsieur Henri les avait invités lorsque tous trois avaient discuté un long moment sur le parvis de l’église. Une surprise attendait les Santorin. Monsieur Chevallier était là aussi. Le propriétaire avait rencontré le jeune homme dans les bois, lorsqu’il cherchait les derniers champignons et l’avait initié à cet art.
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