Partager l'article ! Partie 2: Julian était assis sur le petit muret qui clôturait la maison. La fille de la météo avait annoncé « plafond bas sur le N ...
Julian était assis sur le petit muret qui clôturait la maison. La fille de la météo avait annoncé « plafond bas sur le Nord – Est et la région parisienne. Ailleurs beau temps garanti. On faisait pourtant partie de l’ailleurs et ben j’t’en fous, il avait la tête dans le plafond, les mains presque dans le plafond, ses pieds s’était tout juste, en somme, il prenait un bain de plafond !
Interdiction de sortir en dehors d’un périmètre tellement restreint que ce n’était même pas la peine de sortir les rollers.
Rien à faire, juste à penser.
Le père de Guillaume et Joachim avait sévi de son côté. Guillaume de toutes façons – dans l’incapacité physique de suivre son frère – restait sagement à la maison et docilement révisait ses leçons et les deux frères faisaient ensemble leurs devoirs. Il avait bien tenté d’en faire autant mais c’était trop difficile et il était trop fier pour demander à Marjorie et Hélène avait trop de travail. Il était dans le cirage à tous points de vue.
Physiquement après avoir été très bien pendant deux jours il se sentait complètement vidé. En plus demain à l’école, les copains de classe allaient poser plein de questions et il n’avait pas envie de parler de son aventure. Le coton qui l’enveloppait commençait à le givrer, d’ailleurs, il entendit la voix de sa mère qui, assourdie par ce matelas, l’appelait.
Il obéit avec soulagement, se surprit lui - même en mettant ses chaussons, rangea ses baskets puis monta calmement dans sa chambre.
Hélène s’étonna de ne pas l’entendre prendre à la volée les marches étroites de l’escalier en hurlant comme un sioux ayant déterré la hache de guerre, pensa illico : Pas étonnant qu’il fasse ce temps ! A la clinique, Jeannette qui avait pris son service à six heures avait déjà nettoyé deux chambres et s’attaquait à la troisième. Balais, aspirateur, brosses, produits nettoyant prêts à être utilisés. On aurait pu faire un parallèle osé avec un chirurgien s’apprêtant à opérer.
Elle poussa le lit d’un vigoureux coup de hanche – qu’elle avait bien enrobée – pris énergiquement l’aspirateur, le mit en marche et, l’arrêta aussitôt. Deux jolies perles, sagement posées l’une à côté de l’autre, l’une rose l’autre crème s’étaient logées contre la plinthe. Elle les prit, les trouva très jolies, pensa à Marine qui serait ravie, si elle pouvait lui amener. Il faudrait qu’elle demande l’autorisation à la surveillante d’étage. En attendant, elle les fourra dans sa poche et se mit énergiquement à briquer.
Hélène avait bien travaillé, elle était satisfaite. Non seulement elle s’était bien avancée dans son travail de préparation pour le lendemain, avait trié tout le courrier urgent, mais avait également fait deux lessives, repassé une tonne de linge. Maintenant elle allait s’asseoir un peu et réparer le pantalon de jogging de son fiston. Elle prit sa boîte à couture et aperçut, en prenant dé et fil, la perle qu’elle avait – avant de mettre le pantalon à la lessive – trouvée au fond d’une des poches. Surprise devant ce petit bijou, étonnée que Julian puisse s’intéresser à de telles babioles, elle avait pensé qu’il avait peut –être l’intention de faire un petit cadeau à Sophie dont –t – il était, elle en était persuadée, secrètement amoureux. Elle avait souri et s’était promis de la remettre dans la poche …incognito !
Ce dimanche s’écoula sans heurt à Armironche si l’on veut bien passer sur le fait que, Dinou, le chien du voisin d’en face, avait encore couru au derrière des enfants de la famille Audrieu, l’un et les autres s’étant faits entendre chacun à leur manière. Il y avait eu aussi une descente bruyante de jeunes gens du bourg qui finissaient de cuver un mariage de la veille. C’est tout. Armironche se reposait dans son creux de vallée.
L’hiver sauta sur cette région comme un chat sur une souris. Il fut brutal, relâcha parfois ses griffes de gel, s’amusant à adoucir quelques heures l’atmosphère, pour mieux attaquer ensuite, assommant les habitants et les animaux calfeutrés, statufiant la nature qui s’endormit et le fit très profondément.
Julian avait rangé sa boîte dans un carton à chaussures lui - même coincé dans un petit coffre à jouets au fond du placard de sa chambre. Il n’y pensait que fugaçement.
La terre était craquante et dure, mais un homme se promenait souvent le dimanche, dans les bois, arpentant des kilomètres de terrain, emmitouflé dans sa doudoune il cherchait quelque chose, mais il ne savait quoi. Simplement sa mémoire le titillait.
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Pendant que le froid faisait violemment l’amour à la terre , la prenant, desserrant son étreinte pour mieux la reprendre ensuite ,en ville ,dans un petit trois pièces que Jeannette avait surchargé de bibelots et de napperons, au grand dam de son mari qui éprouvait du mal a se mouvoir sans rien casser et ne se trouvait bien que devant ses casseroles ,la vie s'écoulait calme, heureuse comme dans un nid de tourterelles roucoulantes donnant la becquée a leur petit . Ici le petit était une petite et l’oisillon était turbulent. Marine, grande de ses six ans, imposait une dictature sans merci. Aurélien et Jeannette étaient en adoration devant cette petite bonne femme aussi noire que maman, aussi mince que papa aussi ravissante que la poupée garnissant le lit de ses parents et aussi diablesse et turbulente que le chat Mistoufle dans les pires moments . Ce dimanche là Aurélien, cuistot de métier et ne perdant pas ses bonnes habitudes, était devant ses casseroles. Jeannette chantonnait en passant l’aspirateur, promenait le plumeau sur tout se qui ne bougeait pas. Marine, placée à un bout du couloir, envoyait une balle en caoutchouc à Mistoufle qui la lui renvoyait mollement, sans faire son cirque habituel. C’était l’heure de sa toilette
Et elle commençait sérieusement à lui casser les pattes, celle – là avec sa balle. Marine avait toute une armada de pelotes, souris animées, de lapins à piles qui énervaient prodigieusement le chat et le rendait tout simplement dingue, lui faisant faire des bonds périlleux des sauts de carpe, des mouvements tournants qui le transformaient en toupie, surtout, quand au paroxysme de l’énervement il courait après sa queue, griffant la moquette, qui en gardait d’ ailleurs quelques mauvais souvenirs.
Toujours est - il que, ce jour- là, Mistoufle était languissant et Marine exaspérée .Elle fila dans sa chambre fit rouler tourner tous ses bataillons de jouets - chat. Rien n’y fit. Monsieur regarda avec dédain tout ce déballage et finit par sauter sur le rebord de la fenêtre, faisant semblant de s’intéresser aux mouvements de la rue.
ça n’allait pas se passer comme ça, pensa la gamine.
Debout au milieu du désordre elle tourna sur elle- même cherchant l’atout majeur susceptible de ranimer l’intérêt du chat. Rien. Sur la dernière étagère au dessus de son petit bureau, il y avait bien la bonbonnière en forme de rose dans laquelle elle plaçait tous ses trésors, mais justement c’était ses trésors, ce n’était pas pour le chat. Après une courte hésitation, elle grimpa sur sa chaise, due se maintenir en équilibre sur le bout des pieds, saisit l’objet de ses désirs et redescendit tout doucement ce qui en soi était un exploit. Assise sur son lit, elle vida le contenu de la bonbonnière. Tout un bric- à- brac de petits riens très féminin en sorti.
Des rubans colorés, des bouts de ficelle dorée , un bracelet en argent - toc gagné dans un paquet de lessive, une gomme en forme de cœur, un rouge à lèvres usé que maman lui avait donné, une petite bouteille de parfum, des boucles d’oreilles perroquet, une perle rose un pin’s d’une équipe de foot donné par son chéri Benjamin, une bague avec un presque diamant, un collier en pépins de melon et une perle crème. Celle-ci , sitôt prise, lui glissa des mains rebondit plusieurs fois sur la moquette avant de rouler tout doucement vers la fenêtre.
Alors là, se dit le chat, c’est de la provocation ! Il était en train de faire sa toilette et resta la patte en l’air, regardant, intrigué, ce qui roulait vers lui. La curiosité étant trop forte, il sauta illico presto sur cette balle minuscule qu’il fit d’abord rouler doucement, puis s’enroulant, se mit à jouer, pattes de velours, avec sa nouvelle partenaire, se mit sur le dos, enserrant entre ses griffes soudain sorties, cette petite bille. Il la prit dans sa petite gueule rose, la mordilla légèrement, paru surpris, crachant sa prisonnière, la fixant, comme hypnotisé et se mit à la lécher en ronronnant comme un moteur diesel.
Ben dit don dit Marine, ça va pas la tête ? Donne-moi ça !
Elle avait bondi et reprit la perle devenue gluante et collante. Pouah ! s’écria- t- elle ! Elle courut vers la salle de bains passa la perle sous l’eau, mais celle- ci diminua encore, elle la retira très vite. Flûte, pensa- t- elle, à quoi elle ressemble maintenant. La perle était devenue minuscule, comme celles du collier de maman, elle continuait à fondre dans sa main d’ailleurs. Marine fut tentée de faire comme le chat. Si s’était bon pour lui s’était bon pour elle. Elle s’appliqua donc à lécher ses doigts.
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Noel approchait. Toutes les maisons d’Armironche s’enguirlandaient au propre comme au figuré. Monsieur Gregoin, comme tous les ans avait placé des lampions autour de son toit. Le curé râlait et prenait cela comme une insulte au Seigneur, alors que le patriarche ne manifestait, par là, qu’une façon républicaine et laïque de marquer sa différence de pensée sans pour cela vouloir injurier quiconque .C’était sa façon à lui de participer à la joie ambiante.
Le père Pirague avait tenté d’innover. Un soir de l’avent, ayant encore bu plus que d’habitude, ses voisins hilares l’avaient vu vainement tenter d’attraper ses poules, afin de leur mettre des ampoules dans le derrière !
Il pensait que ça serait du plus bel effet, mais les volatiles avaient prévenu tout le quartier en caquetant si fort que tous les chiens étaient devenus fous et tirant sur leur chaîne, tentaient de se libérer pour aller se mêler à tout ce tintamarre. Madame Pirague, très digne, était venue chercher son mari, titubant, ronchonnant et l’avait fait rentrer. Elle avait jeté un regard triste et lourd aux voisins curieux qui s’étaient sentis tout penauds.
Au carrefour des trois maisons, les familles s’étaient arrangées pour former un triangle lumineux presque parfait au dessus des routes, à l’aide d’échelles, de fil électriques d’ampoules clignotantes, de bonne volonté de sueur et de sourires.
Chez Hélène, les enfants avaient fabriqué des couronnes coupés au bord de l’Archou, des branches de thuyas, du houx et des rubans. Ils les avaient accrochés sur le portillon et à l’extérieur de la haie, pour que tout le village puisse en profiter.
Un concours d’imagination était ouvert chez les Mungier.
C’est Marielle qui en avait eu l’idée. Elle avait fabriqué des petits pains d’épice en quantité. Elle les distribuerait à tous les enfants du village et comme elle avait un petit côté artiste, tous étaient différents .Elle avait choisi le thème des animaux, ce qui lui laissait un large éventail. Déjà des tas d’éléphants, d’oiseaux, de serpents, de souris et de singes, s’empilaient dans des boîtes en fer.
Pierre qui avait pris traditionnellement quinze jours de vacances, était à l’extérieur en train de couper du bois et s’était mis hors circuit. Il préférait alimenter le feu et participait ainsi à la chaude ambiance qui régnait dans la maison. Fanny avait des choux de rubans de couleurs et en avait décoré quelques belles branches givrées à la bombe.
Les garçons décidément inséparables, faisaient front commun, ils avaient peint des dizaines de balles de ping- pong, les avaient percées et accrochées sur un grand carton rouge, et ces balles formaient le mot Noel. Ils avaient l’intention d’accrocher le panneau au dessus de la porte d’entrée, il serait ainsi éclairé.
Sophie terminait une tâche commencée quelques mois auparavant. Elle avait assisté deux où trois fois à l’atelier de modelage et bien que l’animatrice l’ai encouragé à continuer, sa timidité l’avait empêché de poursuivre. Depuis, lorsqu’elle allait en ville avec Fanny elle s’achetait parfois un sac de terre et dans le silence et la solitude de sa chambre, installée à son bureau elle modelait
Elle avait commencé par des silhouettes de chats et de chiens, animaux familiers, et petit à petit, elle avait acquis un tour de main, une habileté qui faisaient que la terre sous ses doigts agiles, prenait forme, renaissait et donnait vie à des personnages. Elle n’avait pas conscience de son talent. Etaient nés ainsi de ses mains des séries d’enfants jouant, des artisans à leur travail mais surtout des chiens, il faut dire qu’elle rêvait d’en posséder un. Toujours est- il qu’elle avait choisi quelques personnages, les avait peints et vernis et les présenterait à la famille ce soir.
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Jeannette avait terminé son ménage et mis la table. Elle appela Marine, n’obtint pas de réponse, appela à nouveau. Le résultat fut le même. Elle se déplaça donc en soupirant- il faudrait tout de même que leur fille obéisse un peu plus- elle se sentit fautive. Lorsqu’elle ouvrit la porte de la chambre de la petite, elle resta médusée devant un spectacle auquelelle n’était pas habituée. Marine était assise à son bureau devant un livre et, plongée dans une lecture encore balbutiante ânonnait des mots difficiles. Mistoufle allongé à côté d’elle, semblait écouter avec attention et regardait sa petite maitresse tendrement en clignant des yeux. La chambre était parfaitement rangée.
Jeannette s’approcha de Marine, posa sa main sur son épaule, se pencha pour l’embrasser, et subrepticement lui tâta le front pour sentir si sa fille n’avait pas de fièvre. La fillette ferma son livre soigneusement, fit une caresse à Mistoufle qui sauta du bureau. Ca paraissait trop beau. Que se passait- t- il ?
Tu as faim ma puce ?
La gosse sauta au cou de sa mère, lui plaqua un gros baiser sur la joue et lui sourit. Jeannette n’était pas née de la dernière pluie, tout bonbon était prohibé dans la maison, sur les conseils avertis du dentiste qui avait déjà du soigner plusieurs caries chez Marine et gardait un souvenir cuisant de cette gosse gigotante et braillarde, qui n’avait peut- être pas de bonnes dents, mais les avaient utilisées très efficacement sur son index. Donc pas de sucrerie. D’où venait alors cette sensation de poisseux. Maintenant que Marine lui parlait gentiment la bouche au ras de son nez, Jeannette sentait une odeur indéfinissable de miel, de narcisse, de violette.
Soudain inquiète, elle posa la gamine sur le sol, essaya de prendre un air sévère et lui demanda. Marine qu’as tu mangé ?
- rien maman.
- ne ment pas !
La peur commençait à poindre.
Dis-moi ce que tu as avalé.
Ben presque rien, j’ai avalé une des perles que tu m’as donnée y a déjà longtemps.
Ce fut l’affolement. Jeannette trainant Marine dans le couloir, ameuta son mari et une partie de l’immeuble en criant. Vite ! vite, il faut l’emmener à l’hôpital. La casserole que tenait son mari l’instant d’avant, bascula sur le côté, son contenu fumant dégoulina sur la façade de la gazinière et s’étala sur le meuble, allant déverser le trop plein dans l’évier. Esthétiquement
, c’était du plus bel effet, la ratatouille question couleurs y a pas mieux ! Aussi angoissés l’un que l’autre ils dévalèrent l’escalier, laissant la porte grande ouverte, ils filèrent en voiture vers la destination que Jeannette connaissait si bien. Si les parents étaient en transe, l’enfant se montrait très calme. Jeannette fixait l’enfant guettant le moindre trouble, le moindre bouton le plus petit signe d’étouffement, tâtait le ventre de Marine et ce faisant, la chatouillait ce qui provoquait chez la gosse de tels accès de fou – rire quelle en chopa le hoquet. L’affolement fut à son comble.
Les voisins qui avaient assisté au départ échevelé, ayant compris vaguement les mots : avaler, poison, hôpital, dans le charabia rapide que leur avait lancé Jeannette avaient prévenu les urgences et une équipe médicale attendait. Celle - ci tenta vainement d’allonger Marine sur une civière et préféra finalement la laisser assise. On la transporta dans les couloirs, ce qui amusa follement la petite qui ne paraissait vraiment pas indisposée.
Les parents purent suivre et assister aux premières investigations médicales et répondre à un questionnaire serré d’un médecin.
En fait, Jeannette ne savait pas grand-chose. Elle décrivit la perle- ce qui fut court- une perle c’est rond, nacré, et petit. Point. Avec ça on était gâté ! Mise en observation, on garda la gosse sous surveillance mais le médecin avait laissé entendre que la perle allait suivre le chemin emprunté par tous les aliments et qu’elle devrait réapparaître dans les quarante huit heures.
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L’aventure des garçons, la peur ressentie ensemble faisaient que, dans le hameau d’Armironche l’ambiance avait changé. C’était comme si un fil invisible mais sensible reliait maintenant la vingtaine de familles qui ne se côtoyaient pas auparavant. Maintenant, il paraissait naturel de se saluer, de s’inviter, de s’entraider et le village finissait par ressembler à une communauté. On restait discrets. Pas d’immission dans la vie des autres à moins qu’il n’y ait demande, mais petit à petit se tramait un tissu d’échanges. Un anniversaire, une fête, un succès aux examens, une promotion, une naissance, tout était prétexte à déjeuner où dîner communs, même l’hiver très dur n’avait pas refroidi les volontés de bien faire. Chacun pouvait compter sur les autres. C’était rassurant.
Il fut décider que la veillée de Noel serait la première vraie réunion plénière du village, c’est pourquoi chacun s’appliquait à décorer l’extérieur des maisons autant que l’intérieur.
Le père Pirague, qui avait encore, à neuf heures du matin, toute sa lucidité tressait des paniers d’osier, entouré de gamins intéressés, et s’évertuant à leurs inculquer le coup de main et la technique. Mais les petites mains étaient malhabiles, l’osier trop rigide et les grognements de leur pédagogue, au lieu de les encourager, leur fichaient la frousse et il ne resta plus qu’au bout de deux jours, où les plus téméraires où les plus tenaces, dont Jonathan et Sophie qui avaient su amadouer le vieil ours et s’accommodaient parfaitement de ses humeurs. D’ailleurs, le bonhomme avait un faible pour les deux enfants, mais on aurait pu lui brûler la plante des pieds il ne l’aurait jamais avoué.
Monsieur Henri avait fait construire une grande maison sur un des plus grands terrains, il comptait y passer une retraite méritée et heureuse avec son épouse et y accueillir ses enfants et petits- enfants, pendant les vacances scolaires. Mais le destin en avait décidé autrement. Mme Henri était décédée après une courte et fatale maladie. Les enfants étaient venus souvent, au début, mais leurs visites s’étaient espacées jusqu’à ne devenir que des passages rapides deux où trois fois par an.
Monsieur Henri s’accommodait très bien de sa solitude, peignait, écrivait, chantait et ce dernier talent lui valait l’admiration de tous. Il possédait une magnifique voix de basse et lorsqu’il jardinait, tout le pâté de maisons en profitait. Même les moineaux en restaient le bec dans l’eau.
Les autres familles étaient composées de jeunes couples ayant un, deux où trois enfants et lorsqu’il faisait beau on entendait les gosses jouer ensemble dans l’unique rue où dans les jardins, transformés pour un temps en bateau de pirates, en réserve indienne en cabane de trappeur, en château ou ça ferraillait dur.
Pendant quelques jours, les enfants décorèrent les maisons des personnes démunies d’imagination où tout bêtement manquant de temps. Le village était si beau qu’il était devenu un but de promenade pour les gens du bourg qui venaient critiquer, piquer des idées, féliciter, dénigrer, en gros, c’était plutôt négatif. Mais qu’attendre de personnes jalouses et envieuses qui tirent toujours une joie mauvaise à dire du mal des autres. Il faut dire qu’à Armironche on s’en fichait et on regardait tout cela d’un air goguenard.
Julian avait terminé le trimestre presque honorablement. Ses notes n’étaient pas mirobolantes mais enfin il y avait quelques progrès, ce qui n’avait pas manqué d’étonner les professeurs. La moyenne n’avait pas été atteinte, mais Julian s’estimait heureux avec son 8,5. D’ailleurs il s’était donné un challenge et avait fait le pari avec sa sœur, qu’il obtiendrait 12 minimum au second trimestre. Imperceptiblement, très subtilement soncaractère avait changé et ses rapports avec son entourage s’en étaient améliorés grandement.
Bien sûr, les gros mots fusaient encore, il s’en gargarisait, les faisait encore rouler dans sa bouche, avec plaisir avant de les cracher bruyamment.
Mais enfin,il rangeait plus souvent sa chambre, garait son vélo, et, miracle, s’essuyait les pieds avant de monter.
Des petites résolutions qui faisaient le cœur plus léger à Hélène. Elle pensait que son fils murissait et passait le cap Horn de l’adolescence en surfant sur les quarantièmes rugissants. De plus Julian rechignait moins devant les petits plats et essayait de manger de tout. De temps en temps, sporadiquement, quelques heurts affrontaient encore, la mère et le fils, mais ce n’était que broutilles, en regard de leurs relations, celles qui avaient précédé la nuit terrible dont Hélène se souvenait encore comme d’un cauchemar. D’ailleurs elle en faisait encore, et se réveillait en sueur, au bord de l’asphyxie.
Fallait- il faire une liaison entre les changements intervenus dans le comportement de Julian avec cet évènement, où cela était- il fortuit ? Elle y réfléchissait de temps en temps, en avait même discuté avec Marielle qui pensait que le gosse avait eu la frousse de sa vie et en avait lui- même tiré les conclusions.
Cependant le gamin était toujours aussi rigolard, heureusement, aussi remuant, et était le premier à mettre au point des jeux d’équipe qui permettaient à la majorité des petits voisins, de s’amuser sans se battre. La vie était belle.
Ce jour là, Noel n’était plus loin, Hélène, comme tous les ans, demanda aux jumeaux d’aller faire le tri dans leurs jouets et de descendre tous ceux qu’ils n’utilisaient plus, mais qui étaient encore en bon état. L’habitude était prise depuis que les enfants étaient tout petits et d’ailleurs, ils avaient fait des émules autour d’eux.
Donc, le nez dans le placard, agenouillé sur la moquette, Julian avait entrepris de vider son placard ; La ! C’était courageux ! Devant lui, un empilement instable, qui menaçait de s’effondrer- (et on pouvait se demander pourquoi il ne l’avait pas encore fait)- Mystère.
Par où commencer ? C’était un jeu de mikado. Julian, se releva, prit le plus délicatement possible- c'est-à-dire genre bulldozer- un cahier ouvert à l’envers qui servait de toit à un carton rempli de pions et de billes ; Celui-ci, avec beaucoup de mauvaise volonté, se renversa aussitôt, sema la panique parmi les billes et pions et fut suivi par une avalanche de cartes, livres, chaussettes de foot( tiens ! il les avait chercher longtemps celles-là) ballons crevés, jeu de fléchettes, cibles, calculette, cartes postales, posters, collection de stylos fantaisie et passons sur le reste pourtant volumineux.
MEEEERDE ! S’égosilla Julian en y mettant une conviction infinie, la bouche grande ouverte, la tête penchée en arrière, le nez plissé, les yeux fermés hermétiquement, les bras raidis les poings fermés. Il tint au moins trente secondes, presqu’un record ! Le mot ricocha sur les murs, traversa la porte, dégringola l’escalier, arriva- après le vacarme- aux oreilles d’Hélène qui pensa : tiens ! Une rechute.
La porte de la chambre s’entrouvrit, Marjorie glissa le bout de son nez, jeta un œil, eut un petit rire- filant un coup de jus aux nerfs de son frère déjà survoltés- et referma prudemment la porte derrière elle, avant de poursuivre elle-même son propre tri.
Par où j’vais commencer, se dit, Julian. Mais pourquoi j’ai gardé toutes ces cochonneries ? Tiens ! La photo de la famille Mungier. C’est lui qui l’avait prise. Il faisait beau alors. C’était sa première photo.
C’est son père qui lui avait envoyé un appareil pour son anniversaire. Il aurait préféré qu’il lui amène, mais il trouvait toujours une excuse ! A tous les coups c’était une autre nana qui lui bouffait son temps.
M ‘en fous, j’ai maman.
Il fixait toujours la photo. Belle famille quand même, pensa- t- il, un brin triste. Pierre et Marielle étaient vachement sympas, les garçons n’en parlons pas, Fanny était très jolie, bien roulée et drôlement cool mais c’était une vieille. Sophie, sur la photo, elle ne souriait pas. Elle regardait Jonathan et le tenait par la main.
Il resta rêveur un instant poussa un soupir sans savoir vraiment pourquoi et reposa la photo.
Marjorie de son côté avait fait des piles. Celle des livres trop enfantins pour elle, les peluches dont elle se séparait avec un petit pincement au cœur, les puzzles qu’elle connaissait par cœur, les jeux de société qu’elle n’appréciait guère. Le reste fut rangé très vite. Elle plaça tout ce dont elle se séparait dans un grand carton et descendit précautionneusement le tout.
Hélène lui chuchota à l’oreille : allez, va aider ton frère, sinon il ne s’en sortira pas avant une semaine.
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Force avait été de constater que la santé de Marine était excellente, ce qui n’empêcha pas Jeannette de rester suspicieuse pendant quelques jours. La gamine était gaie, rieuse charmante et avait laissé sur place, ébahie, carrément sonnée, une de leurs voisines de palier, légèrement revêche
Moustachue de surcroit en lui adressant son plus joli sourire, ce qui n’était pas son habitude, loin s’en faut. Quand elle pouvait lui tirer la langue en remontant son nez avec un doigt et en louchant comme un boxeur k.o. elle le faisait avec un plaisir non dissimulé, lorsque sa mère avait le dos tourné.
Jeannette avait cherché à savoir quel malade avait occupé la chambre. Elle avait vite laissé tomber, trop occupée par son travail, par Marine et par les préparatifs de Noel. Aurélien avait acheté un petit sapin en pot, il pourrait ainsi le replanter dans le jardin d’une famille amie.
Aurélien était dans la cuisine, comme d’habitude et préparait des petits plats du pays. Ceux qui viendraient le soir du réveillon, la smala d’oncle et tantes, neveux et nièces, frères et sœurs ; qui miraculeusement, trouvaient toujours assez de place dans la minuscule sale à manger.
Jeannette sauvait les meubles, pour l’occasion et ses bibelots clinquants étaient rangés dans les tiroirs de sa commode à l’abri des gestes intempestifs et de la bousculade inévitable. Pour l’heure chacun vaquait à ses occupations.
Marine était avec une copine dans sa chambre et elles avaient aligné toutes les peluches et les poupées pour jouer à la maitresse. Quand l’ours, la grande blondasse au sourire niais, la souris en robe de dentelle refusaient de lire, elles leurs fichaient de grandes torgnoles. La poupée en avait poussé un cri de détresse en tombant ce qui avait eu pour effet de réjouir les infâmes gamines. Tout était rentré dans l’ordre des choses où presque. Mistoufle, restait planté, la tête levée vers le plafond, l’air complètement allumé. Il se livrait à cette comédie plusieurs fois par jour, ce qui faisait dire à Jeannette, qu’il avait toujours eu un grain.
Ce jour là il osa tenter de sauter sur l’étagère, fit tomber celle- ci dans un fracas de fin du monde (déçidemment, pour la cuisine Aurélien était un chef, mais pour le bricolage !) Les jouets alignés en dessous furent pris de frénésie, rebondirent les uns sur les autres en couinant, firent des roulades, dignes de gymnastes et s’arrêtèrent les uns sur le dos les pattes en l’air, certains restés debout l’air digne, d’autres à plat ventre nageant la brasse.
Le chat, s’était accroché aux rideaux de dentelle, aux motifs d’oiseaux et de fleurs, certains piquaient tristement du bec sous les lacérations et Mistoufle s’était caché derrière les coussins du lit, se demandant qui pouvait bien être le responsable de ce barouf !
Les filles, statufiées, l’une, la craie en l’air, l’autre la baguette prête encore pour le supplice, regardèrent atterrées, les résultats de ce cataclysme. Mistoufle ne fut pas long à s’en remettre et fila sous le meuble comme si il y avait aperçu une souris. Marine le vit prendre quelque chose dans sa gueule et se mit à hurler. Elle courut après le chat qui s’enfuyait par l’entrebâillement de la porte et finit par le coincer en l’attrapant par la queue. Agenouillée, le maintenant, aider par son amie, venue à la rescousse, sans rien comprendre à tout ce cirque, elle extirpa de la gueule de l’animal ce qui restait d’une perle, au moment même où sa mère entrait dans la pièce, les bras chargés. Vite, elle enfonça la perle dans le pot du sapin et eut un regard angélique vers Jeannette qui commençait à se demander ce qui se passait.
Jeannette revenait de la petite épicerie du coin et avait loupé le début du film. Il fallut que les fillettes, chargeant au maximum le responsable de ce tohu- bohu expliquent, tant bien que mal, les divers étapes de l’accident. Tout rentra dans l’ordre rapidement, les morceaux de la bonbonnière finirent à la poubelle, on en achèterait une plus grande et plus belle, promit Jeannette.
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Marjorie avait rejoint son jumeau, après avoir frappé à la porte, se méfiant de sa réaction. Julian découragé, lui avait dit d’entrer d’une voix morne et lasse, tout le poids du monde sur les épaules. C’est vrai qu’il y avait du boulot ! Marjorie cacha son agacement devant un tel chantier, prit l’initiative de faire un premier tri. Les papiers, photos, journaux, posters s’empilèrent dans un coin. Les voitures miniatures, dont Julian était encore si fier il y a un an, furent rangées dans un carton, bientôt rejointes par un jeu de nain jaune, des patins à roulettes démodé, un robot à la Rambo, à qui il ne manquait plus que les piles pour avoir l’air encore plus bête, des portes- clés, des machins truc pas chouette, qui devraient encore être triés.
Les livres et b.d., les boîtes de jeux empilées, on y vit déjà plus clair. Restait des cochonneries éparpillées qu’il faudrait jeter. Dans le fond du placard, avec les moutons et quelques toiles d’araignée, restait quelques cartons au contenu négligeable. Des chaussures de foot trop petites qui feraient un heureux, furent mises de côté et dans le dernier carton, Julian qui ne l’avait jamais oublié complètement trouva le carton à chaussures. Il le glissa sous son lit sans que sa sœur, trop occupée, puisse le voir. Ouf, le rangement s’achevait. Après que tout est été remis en place, Julian, abandonné par sa sœur pour la dernière corvée, passa l’aspirateur, sous les yeux de cette dernière qui tenait à vérifier le travail.
Ils s’assirent tous deux sur le lit, et se mirent à discuter des cadeaux de Noel
Ils savaient que leur mère éprouvait quelques difficultés financières. Elle avait les traites de la maison à payer et leur père n’envoyait qu’épisodiquement l’argent de la pension alimentaire.
Pourtant Marjorie rêvait d’un ordinateur. Julian était d’accord, mais l’achat était important et cher. Ils firent chacun leurs comptes. Pas grand-chose. Leurs grands- parents étaient toujours généreux, et s’ils les contactaient maintenant, ils accepteraient de leurs avancer le prix des cadeaux prévus et leurs étrennes. Marjorie, plus que Julian avait des économies, mais il fallait en garder pour le bracelet en argent sur lequel maman s’était arrêtée, lors de leur dernière virée en ville. C’était dit. Les jumeaux allaient faire cet achat. Hélène était une maman formidable, malgré tous les tracas qui la tarabustaient.
Lorsqu’ils descendirent, ils furent surpris d’entendre une voix d’homme. Une voix qu’ils ne connaissaient pas .Dans le salon, leur mère s’entretenait avec un géant qui se tourna vers eux dés qu’il les entendit. Il les salua puis s’adressa à Julian. Je vois que tu es parfaitement remis de ton aventure.
Ca, c’est la meilleure pensa Julian, ce type me connaît, pourtant j’l’ai jamais vu.
L’homme vit des points d’interrogation dans le regard de Julian, il s’excusa et se présenta. Je suis un des gendarmes qui t’ont cherché cette nuit là. Je cherche depuis l’endroit, où l’on t’a retrouvé mais sans succès. As- tu une idée ?
Julian jeta un regard à sa mère et vit qu’elle était inquiète. C’est elle qui répondit.
Monsieur, je suis désolée, mais Julian n’ai plus autorisé à aller si loin dans les bois je lui ai imposée des limites.
Excusez- moi, j’aurais du y penser. Mais, j’ai été surpris par ce lieu et depuis, quand j’en ai le temps, j’arpente les bois, mais sans succès, je suis désolé de vous avoir dérangé, sur ce il serra les mains du trio et s’en alla. Une ribambelle d’anges passa avant qu’Hélène réagisse.
- Drôle d’oiseau dit- elle
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Le froid coupant qui avait donné l’onglée à Pierre, l’avait fait rentrer et la transition entre le gel dur de l’extérieur et la chaleur douce de la maison, le revigora tout de suite. Marielle, infatigable, continuait, et le nombre de boîtes métalliques pleines était impressionnant.
Tu va gagner, lui dit son mari en la prenant par la taille et en l’embrassant
Tendrement. Pourtant, ils restèrent cois, devant l’étalage des branches givrées, les choux de rubans multicolores que Fanny leurs montra. Cela donnait un air de fête à toute la pièce. Mais ils n’eurent pas le temps de complimenter leur fille aînée. Les trois garçons descendaient, avec mille précautions leur grand panneau décoré et poussaient des cris, sifflaient des : Attention ! Soufflaient, lorsqu’un angle difficile était passé et soupirèrent comme s’ils avaient vaincu un sommet, en arrivant à la dernière marche. Le petit Jonathan, qui, sur les conseils de ses frères, s’était contenté de tenir du bout des doigts un coin du carton avait l’air conquérant d’un pionnier. Marielle et Pierre applaudirent, ce qui rendit très fiers malgré l’air décontracté qu’affichaient les deux grands. Pierre remit sa grosse veste, les garçons en firent autant et ils accrochèrent le panneau à la place prévue. Fanny aida sa mère à ranger la cuisine et a préparer la soupe bien épaisse du soir.
Quand tous furent rentrés, Sophie n’était pas encore descendue. Elle n’osait pas. Son travail était terminé elle ne pouvait pas franchir le seuil de la porte. Elle se sentait ridicule, tout se qu’elle avait modelé lui paraissait maintenant affreux. Elle ne pouvait pas se présenter avec ça devant la famille. On frappa à la porte
Elle sursauta. C’était Fanny qui venait la chercher pour le dîner et qui resta médusée, n’en croyant pas ses yeux.
-C’est toi qui à fait ça Sophie ?
-Oui je sais, c’est moche, je n’ai pas réussi à faire ce que je voulais, répondit- elle en ébauchant un mouvement du bras pour balayer son œuvre.
-Nooon ! S’écria Fanny , qui n’avait pourtant pas l’habitude ce telles démonstrations, ce qui arrêta net, Sophie dans son élan et qui pour conséquence de déclencher une galopade dans l’escalier. Quatre têtes apparurent a la porte. Fanny s’était retournée leur faisant face, et, bras écartés cachait le travail de Sophie. Elle pria tout le monde de descendre, ce que fit, sur le champ, le quatuor subjugué par le ton de leur fille et sœur. Fanny entoura les épaules de sa sœur, et, la regardant dans le fond des yeux lui dit.
Petite sœur, je suis très fière de toi, tu es une grande artiste et tu as mérité de gagner le concours, moi je vote pour toi. Descends, maintenant, il faut que tu ais confiance en toi, tu a fait du très beau travail. Sophie, poussée doucement par sa sœur descendit l’escalier précautionneusement. Elle portait sur un plateau sa production. Evidemment, cinq personnes muettes attendaient et le restèrent un long moment.
Jamais ils n’auraient imaginé que Sophie, dans sa solitude, ai pu exprimer sa sensibilité avec autant de talent, même Jonathan, admiratif, s’était mis les mains dans le dos pour s’empêcher de toucher à ces choses qui le tentaient, mais qui paressaient si fragiles. Marielle, pour couper court à l’émotion, celle qui lui piquait le nez, et lui brouillait la vue, applaudit la première lorsque le plateau fut posé sur la table de la salle. Ce fut un ban qui récompensa le sculpteur en herbe et à l’unanimité le premier prix lui fut accordé.
A Armirat, un jour tranquille de Décembre, arriva sans crier gare, un groupe de personnes disparates se présenta et demanda à voir le maire. Celui – ci ne fut pas déçut quand il vit débarquer une délégation d’Armironchins. C’était imposant et inquietant. Marielle, Fanny, Mr Henri, Mr Gedouin, Mme Santorin, le père Pirague, un jeune couple dont il ignorait le nom, étaient arrivés dans son bureau sans crier gare. Il avait bien entendu sa secrétaire crié, mais il avait l’habitude de ses écarts de langage, il comprenait parfois son énervement devant la mauvaise foi de ses administrés. Cette fois elle avait crié plus fort, et, il avait cru, que s’était Roger le cafetier qui s’amusait à lui sortir des insanités de son cru, comme il le faisait souvent. Mais devant ces Armironchins, il crut à une manifestation, et, tenta de se remémorer, se qu’il avait fait où n’avait pas fait, ces derniers temps pour le hameau.
Trois minutes pour le faire. Le chef du groupe était Mr Gedouin, il parla net, fut court et attendit la réponse. Le maire éprouva un soulagement tel, qu’il acquiessa presqu’aussitôt. Il lui suffisait du consentement du conseil municipal, mais il se faisait fort de l’obtenir, répondit- il. Remerciements du groupe, sourires réciproques, poignées de mains, au revoir.
Il en était encore sur le flan. La salle des fêtes ! C’était pour la salle des Fêtes qu’ils avaient fait une telle entrée !
I
ll s’était engagé un peu vite, mais quoi ! Devant des gens aussi déterminés et somme toute sympathiques il avait accepté une proposition inattendue et qui ne devait pas poser problème. En passant en revue le conseil, il ne vit que deux personnes qui s’opposeraient à ce projet Leon le garde champêtre, qui était contre tout quand lui- même était pour, un vieux rabat- joie qui guettait les jeunes roulant en mobylette, pour pouvoir leurs coller des PV avec jubilation, les véhicules en stationnement interdit étaient piégés inévitablement. Ce Leon possédait le don d’ubiquité on avait, en effet, l’impression qu’il sévissait partout à la fois. Il avait été marié, mais sa femme avait fait sa valise au bout de deux mois, ce qui avait participé à aigrir fortement son caractère déjà insupportable.
D’ailleurs, on s’était toujours demandé ce que Nicole avait bien pu trouver à ce jeune homme qui paraissait déjà vieux à force de ruminer, de mâchouiller des vengeances imaginaires contre des personnes inoffensives. Un vieux con quoi !
La seconde était Mme Bijou qui n’en était pas un ! Elle était mercière depuis trente ans et vendais des boutons, des fermetures « éclair », des épingles, ce qui avait du lui attaquer les neurones. Pour piquer, elle piquait ! Tout le monde avait droit à son ironie mordante, même ses enfants et son mari qui la supportaient on ne savait pourquoi. Il y avait des coups de pompe bien plaçés qui se perdaient. Les autres, pensa Louis, sont des gens raisonnables qui ne devraient voir aucun inconvénient à prêter une salle, de toute façon libre ce soir là.
La chose ne fut pas si simple. Il y eut une bataille rangée. La réunion commença par des grimaces, se poursuivit par des insultes et lorsqu’elle se termina, des personnes, apparemment sensées étaient reparties dos à dos en ennemis jurés.
La délégation d’Armironchins, était redescendue, ravie, porter la bonne nouvelle dans tout le hameau. Il ne restait plus qu’a organiser la soirée.
D’abord.ils se comptèrent. Cinq familles seraient absentes, allant passer Noel dans leur famille où a la neige. Pour les autres, il fallait compter avec les grands- parents, les frères et sœurs, neveux et nièces.
Ca faisait du monde !
On finit par arriver au nombre approximatif de quatre -vingt dix – huit, bref cent !
Chacun y alla de plats préparés de pâtés en croûte, de tartes aux pommes
On fit l’achat en commun de nappes en papier, des vins des fromages. Ils furent tous, fin prêts en deux jours.
Mais le feu couvait là- haut, au bourg
A Salvirat, comme tout bourg qui se respecte, les maisons s’étaient blotties autour de l’église. Elles étaient solidaires les unes des autres, beaucoup plus que leurs habitants ne l’étaient entre eux
La médisance était devenu un sport local, avec, ses équipes, ses adhérents, leurs fanatiques. Si, dans un bistrot, « un étranger » avait le malheur de rentrer, un silence tellement lourd s’installait, que le pauvre préférait ramper vers la sortie, plutôt que choisir de se désaltérer. Il y avait des coups d’œil si tranchants que le malheureux qui en croisait un, se tâtait, pour constater qu’il était bien entier. On pouvait, dans ces cafés, croiser des gueules de gargouilles et celles- ci n’étaient pas descendues de l’église. Souvent, elles restaient sur le pas de leur porte, attendant que le chaland passe. Le pauvre, harponné par une main de sorcière, avait droit, non seulement aux ragots, mais à l’haleine de hareng saur émanant d’une bouche hargneuse, qui soupesait chaque mot, chuchotait chaque syllabe avec délectation. Ceci étant dit, il me faut ajouter que la majeure partie des habitants était très sympathique, mais indifférente.
A deux jours de Noel, tout Sarvirat était sans dessus- dessous.
Quoi ? Les Armironchins osaient demander une faveur ?
Eux qui n’étaient que des pièces rapportées ! Des gens pas d’ici ! Pas des vrais, ils osaient !
Il y avait à Salvirat, une personne, bien sous tous rapports en apparence, qui n’était que pourriture intérieure. On le voyait se balader, du matin au soir, un sourire à la bouche, droit, cheveux argentés, tiré à quatre épingles
Portant si beau que chacun, jeunes où vieux, répondaient aux sourires par des sourires, répondaient aux questions paraissant anodines par des réponses fournies et franches. Il faisait très fort le salopard ! Mixant à sa manière tous les renseignements donnés, il semait des graines de soupçon à tous vents et, cela fait, admirait son travail.
Deux jours avant Noel, il se mit à pleuvioter, une pluie sale et grise qui s’infiltrait dans les cols, dégoulinait en pleurant le long des carreaux, se coulait insidieusement dans le moindre interstice et faisait que la vie paraissait moche.
Julian était dans sa chambre et, presqu’à contre cœur, avait pris la maudite boîte, en partie cause de sa déprime. Elle occupait ses pensées depuis que le chambardement du rangement lui avait fait redécouvrir. Jamais elle n’avait quitté complètement ses pensées, mais il avait réussi à l’atténuer, à la dissoudre, à la noyer dans un minuscule coin de sa tête. Maintenant, il fallait trouver ce qu’il allait pouvoir en faire. Il ne s’était jamais résolu à en parler à ses amis, même à ses amis. Même à Joachim Il avait bien eut quelques velléités, mais s’imaginant la réaction de son camarade, qui balaierait tout ce qu’il prendrait pour des mensonges, et le haussement d’épaules qui s’en suivrait, il s’était abstenu.
Il pensa à la soirée de Noel qui verrait tout le monde réunit et eut l’idée subite d’utiliser ce beau moment pour évacuer son secret et une illumination intérieure fit, qu’il sauta de joie, en poussant des cris d’indiens, le lustre de la salle en trépida dangereusement.
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