roman

Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 14:46

   

 

 

 

 

IL EN MANQUAIT UN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JIDELVI

 

 

 

 

 

 

 

C’était un mercredi pâlichon comme en réserve quelquefois le mois d’octobre. La matinée avait été emmaillotée dans des effilochures de brouillard, qui s’était mis à dégouliner en larmes verdâtres, un peu comme si le ciel ardoise avait perdu la mousse qui le recouvrait. Dégoûtant !

Marjorie et Julian, des jumeaux aussi dissemblables que l’on peut l’imaginer, étaient rentrés à pied du collège comme d’habitude. Mais le temps avait déteint sur leurs humeurs surtout sur celle de Julian qui balança son cartable dans le garage en râlant, grimpa les marches qui menaient au rez-de-chaussée en raclant la semelle des ses baskets sur le ciment et ….reçut une baffe de sa mère qui, ayant l’ouïe fine, l’avait entendu maugréer et se doutait que l’escalier en avait pris un coup. Julian fût condamné à nettoyer la boue épaisse déposée sur les marches. Sa sœur le croisa, calme et légèrement narquoise, ce qui mit Julian en rogne. Ça commençait bien ! Encore un mercredi foutu se dit-t-il. Au moins la bordée de jurons qu’il récitait en litanie dans sa tête était bien à lui. Sa mère ne l’entendait pas et elle avait beau dire, ça soulageait.

Marjorie était dans sa chambre sans doute déjà à ses devoirs,un e odeur

de trèfle ajouté à de la pelure de courgette, lui indiqua immédiatement qu’il y avait des épinards au menu, ce qui acheva de mettre le moral de Julian dans le fond de ses chaussons. Chaussons qu’il avait retrouvés, l’un, derrière la poubelle l’autre, sur la selle de son VTT. Quand les choses se mettent à être désagréables et à se déplacer bêtement il y a de quoi vous mettre en pétard.

Julian rejoignit sa sœur dans sa chambre, reçut un cahier dans la figure et dû se retrancher dans la sienne (- et plus vite que ça, s’ il te plait !), qu’il retrouva comme il l’avait laissée, lit défait, vêtements éparpillés, livres et cahiers en vrac et, ô bonheur, fenêtre fermée, ce qui lui permit d’apprécier la chaleur enveloppante qui y régnait. Celle-ci était parfumée de remugle de chaussettes sales et de chewing-gum mâchouillé, mélange détonnant et hautement écœurant pour tout un chacun, mais dans lequel Julian adorait se vautrer. il faignassa jusqu’au repas.

Hélène n’avait pas fait sa chambre. (Julian aimait secrètement appeler sa mère par son prénom, il avait ainsi l’impression de la traiter d’égal à égal, et d’être l’homme de la maison.)C’était mauvais signe. Non seulement y’ avait des épinards mais il était bon pour la soupe, à la grimace. Quand c’est moche c’est moche !

Dans un autre pavillon d’ Armironche l’ambiance était toute autre. Fanny, seize ans, achevait de préparer le repas de ses quatre frères et sœur qui, collectivement mettaient la table en riant et en se bousculant. Joachim , Guillaume ,Sophie et Jonathan étaient tous quatre de robustes enfants charpentés comme leur père , un gaillard haut et fort ( surtout en gueule ) qui , toujours sur les routes , faisait de temps en temps une apparition fugitive mais joyeuse ,parsemée de foux rires et de fausses bagarres, ce qui suffisait à maintenir le groupe familial toujours d’ humeur égale. D’ autant que Marielle, la maman, menue autant que son mari était large, petite souris pressée, nerveuse, souriante et serviable allait à longueur de matinées, soigner, alimenter, soulager, les personnes âgées et handicapées des environs. Celles-ci aimant se confier à elle et lui raconter leur jeunesse passée et leurs misères présentes.

 

Ce mercredi là, elle rentra vers treize heures et entendit d’abord les voix mêlées de Fanny et Sophie. La grande aidait la petite qui éprouvait quelques difficultés scolaires et venait à son secours dès que Sophie en éprouvait le besoin. Les garçons devaient déjà être dans le pré, pompeusement baptisé stade du renard, car on avait aperçu une de ces petites bestioles traversant l’étendue verte bordée d’arbres. Ils devaient donc shooter dans le ballon avec leurs copains.

Marielle avala rapidement le repas qui l’attendait dans le four encore chaud, la cuisine était impeccable, Fanny était une fille épatante.

Cet après-midi, pensa-t-elle, lavage et repassage comme toujours et une heure de calme consacré le plus souvent à la lecture.

Fanny serait avec son amie Violaine, elle aussi en seconde, peut-être au cinéma ou à la patinoire. Sophie a ses leçons. Enfant timide et introvertie qui s’isolait trop et qu’il fallait contraindre à sortir un peu.

Guillaume et Joachim qui n’avaient qu’un an de différence et s’entendaient comme chien et chien opteraient sans doute pour la piscine ou un tour de vélo, selon le désir des copains.

Malgré le temps, Marielle trouva que la journée s’annonçait bien.

 

 

Le village d’Armirat sur Archoux était situé à coté d,’une grosse bourgade plantée en haut d’une colline arrondie comme un sein de femme plantureuse et dont elle était le téton. Là, on trouvait en vrac, les commerces les écoles, le curé et son église le notaire et ses sous, le percepteur et ses sous, la banque et ses sous, le percepteur et ses sous, le pharmacien, les médecins, deux cafés dont un faisait PMU. Bref, tout cela vivotait bravement, les uns contre les autres, car les rumeurs allaient à un train d’enfer et les langues acérées qui les répercutaient, devaient être bien pendues car les on- dit prenaient vite du galon et devenaient certitudes puis scandales de manière a animerconversations puis querelles ce qui maintenait les habitants en forme. Les bistrots bistrotaient , l’un avec les sportifs, l’autre avec les autres, dans la même ambiance de tabac froid et d’eau de javel .Les habitants se croyaient heureux, tant mieux.

 

 

A Armironche, c’était tout autre chose, ce petit village crée de toutes pièces en contre –bas de la colline et qui s’abritait intelligemment du vent du Nord, quelques vielles ruines indiquaient que le lieu, dans des temps immémoriaux avaient été habité, mais les vestiges étaient rares et pauvres. Les champs qui entouraient ces vieilles pierres avaient appartenu à un agriculteur qui était parti, vendant tout son cheptel. Son fils unique, pas fou, n’avait, pas voulu prendre une suite, financièrement aléatoire et tue bon homme. Toutes ces terres avaient été loties .Cela avait fait le bonheur de quelques familles fuyant allègrement la grande ville proche d’une vingtaine de kilomètres, mais ou la majorité des adultes et des lycéens se rendaient encore chaque jour pour leur travail ou leurs études.Les maisons s’étaient plantées au bord de l’Archoux, ruisseau plus que rivière et s’étalaient sur cinq cents mètres environ, chacune possédant un bon bout de terrain ou poussaient, au gré de leur propriétaire, salades et tomates ou rhododendrons et azalées, à chacun son petit bonheur.

 

 

Je dois ici tenter d’expliquer l’origine des noms que portent ces deux villages, Armironches et Armirat. Je me suis investie longuement dans des recherches encyclopédiennes, me suis noyée dans des archives locales ai arpenté des kilomètres de sentes rocailleuses pour arriver……nulle part !Une vague idée venue du moyen-âge et dégotée dans un vieux livre qui citait le nom d’Ironche sans en donner la signification, m’incita à poursuivre mes investigations. Bon sang !du nerf ma vieille ! Ironche, Ironche, Ironche…. ce mot sonnait dans ma tête et finissait par me tenir éveillée une bonne partie de mes nuits.

Je pris la décision de filer à la bibliothèque nationale où, aidée par un vieux monsieur subtil, je découvris que l’Ironche était un légume très prisé au moyen-âge et qui avait sans doute disparu à cause d’une saleté d’insecte venu bouffer cette merveille. Car, dans la définition, enfin dégotée cette Ironche était un tubercule scintillant et corné dont le tégument était un délice si on le cuisait à feu doux pendant une semaine ! Les graines d’Ironche possédaient, paraît-il des vertus extraordinaires, lesquelles ? Mystère.

D’où venait le préfixe arm. S’agissait-il du mot arme ? Armoirie ? Armature ? Je m’arrêtais à ce dernier mot – trop fatiguée pour poursuivre – et décidais d’office que l’Ironche avait besoin de support pour pousser et s’épanouir. Ouf ! Vous lecteurs, ne pouvez vous douter du travail et des heures de recherche que cette Ironche m’a coûté, sacrée Ironche !

 

Revenons à nos Armironchons ;

Ce mercredi après-midi allait changer leurs vies et devenir mémorable.

Julian, Guillaume et Joachim qui sont apparemment les meilleurs amis du monde, possèdent chacun un caractère très diffèrent.

Julian prends des airs de dictateur et aime de ce fait, commander, prendre des décisions et apprécie qu’,on lui obéisse. Guillaume a à treize ans la stature d’un adulte mais se montre assez docile et tolérant. Quant à Joachim, c’est un garçon à qui l’on peut tout demander, mais en douceur. Il fait penser, avec, sa démarche lente et pondérée à un de ces animaux que l’on voit parfois dans des documentaires télévisés, qui plonge dans votre regard, vous sonde, vous juge et repart indiffèrent en apparence.

Sophie est sérieuse, obstinée, courageuse et cache une force de caractère peu commune. Fanny a le sens des responsabilités, est déléguée de classe, a fondé un club de musique.

Violaine sa meilleure amie, paraît être l’ombre de Fanny mais en l’occurrence, sait montrer son indépendance d’opinion et sa personnalité, qui fait d’elle une élève brillante et écoutée. Jonathan est un petit bonhomme de sept ans très éveillé et attentif.

 

Il est environ quinze heures lorsque les trois garçons, ennuyés plus que fatigués, s’allongent dans l’herbe haute bordant leur « stade ».Julian ne sachant que faire, souffle, soupire, arrache gaillardement les pattes d’un malheureux insecte passant à sa portée. Guillaume yeux fermés goute avec ravissement le froid piquant du brouillard sur ses joues tandis que Joachim fixe de ses yeux noirs un bout de nuage qui prend d’abord la forme d’une sorcière avec son chapeau pointu pour se transformer en femme alanguie dont les fesses rebondies donnent bientôt naissance à des cornes de taureau qui s’affaissent en une buée immatérielle.

Le vent s’est levé.

Vent et brouillard, village, enfants, ennui.A seize heures, Fanny, qui a pris Jonathan sur son vélo, Violaine et Sophie sortent pour faire une balade dans le bois jouxtant le hameau, et dans lequel se trouvent les vestiges des habitations anciennes. Tous les gosses aiment aller jouer là- bas. Les plus jeunes pour jouer à cache -cache, les plus téméraires y trouvent leur compte en escaladant les pans de murs encore debout et les adolescents pour y cacher leurs amours balbutiantes.

Le groupe passe devant le stade au renard, nos trois garçons se dressent et les appellent.

ou vous allez ?

- au bois.

- on va chercher nos clous et on vous rejoint !

-faites comme vous voulez. Vous nous rattraperez.

 

Voilà nos trois gaillards partis en galopant et en hurlant, allez savoir pourquoi.

A peine arrivé au portillon de la maison, Julian stoppe en dérapant sur les graviers. La porte du garage est ouverte. C’est qu’Hélène est dans la maison, dans le jardin ou est partie en voiture.

Ce midi ça a été sa fête. Il s’évertuait à laisser le plus possible d’épinards autour de son assiette. Hélène a vu le manège, a mélangé tout c’était dégueu !Il a failli gerber en avalant la première bouchée et est parti en courant à la seconde. Bien sur y avait de la comédie, mais pas tant que ça. Sa mère lui a fichu une calotte, lui a dit d’aller ranger sa chambre et de faire ses devoirs. Toute façon, même Marjorie a trouvé ça dégueu, alors !...Les devoirs tintin. La mère Calique avec ses maths elle peut aller se faire voir, toute façon y les f’rait pas et le français non plus. Pourtant, il l’aime bien la prof. Elle est jeune, mignonne, bien roulée, bronzée et tout et tout, mais il les fr’ait pas quand même y n’ont qu’a lui foute la paix. C’est pas de sa faute si son père est parti et si Hélène est triste, c’est vrai, ça la met de mauvais poil et voilà. C’est qui qui prend, c’est Julian. Du coup, il a filé par la fenêtre.

Un coup de bol, Marjorie sort, Julian l’appelle, lui demande si leur mère est là. Non lui répond- elle. Elle est partie au super.

Julian court jusqu’au garage, prend son vtt dont il est si fier et file comme si tous les profs du collège lui galopait au derrière ! Mais y sont fous ceux là !

 

A trente mètres de chez lui, au « carrefour des trois maisons » - c’est lui qui a trouvé le nom, parce qu’il y a trois maisons et qu’il a beaucoup d’imagination –Ces copains l’attendent déjà. Vite, vite, direction le bois, mais pas par les chemins, c’est trop fastoche, par les fossés et les talus, ça fait mal aux cacahuètes mais ça va plus vite et en plus c’est lui le meilleur !

C’est ce foutu brouillard qui- à peine levé-, se met à redescendre, qui les gêne le plus. Ils connaissent le terrain, la moindre racine, les buissons épineux, les bouquets d’orties dont Guillaume garde un souvenir cuisant. Tous les arbres sont leurs copains et avant d’avoir leurs vélos, ils les ont abrités bien souvent quand ils jouaient à Tarzan. C’est Joachim qui était le plus costaud à ce jeu là, il grimpait comme Shita et montait très haut même sur les petites branches qui se balançaient dangereusement sous son poids. Il avait l’air de s’en fiche, mais Julian se souvient du jour où Joachim s’est mis debout en équilibre sur une branche qui bougeait et a sauté sur la branche voisine. La peur de sa vie qu’il a eu Julian. Il est tombé sur le cul et sur une grosse pierre qui avait fait exprès d’être là. Il a eu mal pendant une semaine au moins.

Ils sont passés devant la clairière les filles et Jonathan avaient l’air de ramasser des champignons ou des trucs comme ça, tu parles d’un amusement !

Guillaume avait pris de l’avance. Son poids et ses muscles, dont Julian était jaloux lui permettaient de foncer partout, de grimper sur tout et de faire de la voltige. Joachim précédait Julian et allait bon train aussi mais Julian suçait sa roue et haletait en cadence pour garder le rythme. Tous deux entendirent an loin un bruit de ferraille et un cri court mais puissant. C’est Guillaume qui s’est cassé la gueule, pensa Julian qui jubilait intérieurement. En effet. Tombé dans une fondrière ou de l’eau croupissait, Guillaume qui s’était remis debout péniblement après sa chute, se frottait énergiquement l’épaule en grimaçant de douleur. Il fixait d’un œil hagard son vélo qui faisait un angle droit inquiétant.

Tous trois avaient foncé si vite, qu’ils ne s’étaient pas rendus compte, qu’ils avaient dépassé, depuis un moment leurs frontières naturelles .Ils avaient maintenant l’impression d’être en terrain hostile.

Rapidement, Joachim cria à son frère de lui passer le vélo, mais avec son épaule esquintée, Guillaume était dans l’incapacité d’entreprendre une tache quasi impossible. Joachim jugea qu’il fallait descendre près de son frère, il se laissa glisser sur les fesses s’aidant des talons pour freiner la progression périlleuse et atteignit, en quelques secondes, son but. Il tenta vainement de remonter le vélo, Julian s’était mis a plat ventre an bord du trou pour essayer de l’attraper. Bernique !

Il ne restait qu’une chose à faire. aller chercher les filles pour qu’elles les aident. Julian reprit sa bécane et fit demi-tour, pédala de toutes ses forces pendant dix minutes…et s’aperçut brutalement qu’il n’était pas sur le bon chemin.

Jamais il n’était passé à côté de ce drôle de caillou en pointe. Jamais il n’avait vu ce tronc énorme qui sortait d’un tas de pierres. Jamais il n’avait ce pan de mur étroit mais entier et jamais il n’avait eu aussi peur.

Peur du froid qui descendait, peur de la nuit qui commençait à descendre, peur d’être seul au milieu de rien.

Il hurla, attendit qu’on lui réponde, hurla encore jusqu’à l’épuisement et s’affaissa enfin la tête dans les bras, de gros sanglots le secouaient.

Hélène, Hélène, maman vient m’aider, vient me chercher, j’ai peur, je mangerais n’importe quoi, je ferai mes devoirs, même pour la mère Calique, je rangerai ma chambre, mais vient me chercher te plait maman.

Il fallait qu’il réfléchisse, il fallait qu’il soit courageux, à douze ans on est grand.

 

 

 

Marielle attendait tranquillement ses enfants. Elle avait fait du feu, pou son plaisir et parce que les gamins aimaient ça. Le gratin de choux fleurs était prêt et le rôti attendait d’être coupé.

Elle s’était assise devant la télé mais pour ne pas se sentir inutile, tricotait un pull pour Jonathan le plus petit, le plus fragile aussi.

Fanny Sophie et leur petit frère arrivèrent lorsque le ciel s’assombrissait encore, annonçant un brouillard plus dense et une nuit précoce.

Ou sont les garçons, Fanny ?

Ils sont dans les bois, nous les avons entendu tout à l’heure.

Le temps s’écoula, Marielle lisait une histoire à Jonathan, Sophie était plongée dans un livre et Fanny entretenait le feu et s’était assise en tailleur devant la cheminée. Lorsque Fanny se rendit compte qu’il faisait nuit, elle se leva, ferma les volets, et dit à sa mère qu’elle allait chez Marjorie pour récupérer les garçons qui devaient

Etre devant la télé avec Julian. Marielle acquiesça et se leva pour mettre la table et le gratin au four .Quelques minutes après, elle entendit des pas rapides et fût surprise de voir son ainée, Marjorie et Hélène pâles et essoufflées, dans l’encadrement de la porte.

Ou sont les garçons ?

Hélène paniquait, Marjorie l’avait prise par les épaules pour tenter de la calmer et Fanny l’air inquiet cherchait visiblement une solution qui lui aurait échappé.

Que faire, sinon attendre, attendre encore. Allez, encore dix minutes. Dans dix minutes ils seront là, et ce tic-tac que l’on entend jamais et qui vous vrille lestympansà chaque seconde.

Cette fois il faut agir. Hélène est au bord de la crise de nerfs, Marielle très calme mais livide met une veste chaude, des bottes, prend une lampe torche, confit Jonathan à Sophie et demande à Fanny d’aller faire le tour des autres maisons, elle téléphone aux parents de Violaine pour que tous trois viennent les aider.

Il faut chercher et retrouver les enfants. Ils sont partis sans leurs blousons et cette fois il fait nuit noire. Hélène tremble de tous ses membres, il faut qu’elle agisse.

 

 

 

 

 

 

 

Les deux frères se tenaient l’un à l’autre. Guillaume souffrait toujours et de plus en plus, Joachim tentait de le soulager en le soutenant. Ils s’étaient approchés tout doucement du bord de la fondrière et avaient pu s’asseoir sur une racine en prenant beaucoup de précautions.

Depuis que la nuit était tombée, ils tentaient de se réconforter mutuellement, se posant des questions à propos de Julian.

Qu’était-il arrivé à leur copain ?

Etait-il possible qu’il soit rentré chez lui sans rien dire ?Sa maman avait du mal à faire le tri dans ce que lui disait le gamin, il fabulait souvent et lui avait fait avaler tant de couleuvres qu’elle avait pu simplement se fâcher et l’envoyer au lit.

Ils avaient très froid, surtout Joachim qui, pour réchauffer son frère avait posé délicatement sur l’épaule blessée, la veste de son survêtement et supportait stoïquement les mille fourmillements qui aussi proches du froid que de la brûlure l’engourdissaient entièrement.

Il fallait tenir, parler, Joachim avait de la ressource et malgré sa carrure moins imposante, dominait mentalement son frère et lui insufflait du courage, celui de résister au sommeil.

Il se mit à chanter, obligeant son frère à en faire autant. Il fallait chanter à tue- tête, leur famille maintenant était dans les transes, les cherchait et avec les maigres indications des filles, les trouverait. C’était sûr, il fallait chanter.

Chante ! Guillaume chante !

 

 

 

 

Julian avait surmonté sa trouille ou du moins il le pensait. Il battait des bras, frappait des mains, sautillait sur place comme un boxeur à l’entraînement. Mais il s’essouffla vite et avant que la nuit ne fut totalement tombée, pensa intelligemment a aller s’abriter du vent du Nord, près du pan de mur. Quand il eut le dos contre la pierre, il se sentit pour la première fois vraiment seule. Personne ne pensait à lui, ne s’inquiétait de lui. Hélène n’était peut- être pas rentrée du supermarché, elle avait peut-être rendez-vous avec sa copine elles dînaient ensemble et allaient aller se faire une toile.

Maman ! Je pense à toi, pense à moi, je t’en prie, pense à ton petit garçon ! Bon d’accord j’chuis chiant j’dis des gros mots pour t’embêter, j’aime pas souvent ta bouffe, mais j’t’aime moi!

Alors sentant que des larmes venaient brouiller le peu de vision qui lui restait, il avala une grande goulée d’air et constata qu’il n’avait plus froid et que le mur et les feuilles sur lesquelles il était assis le réchauffaient.

Ca y est, je deviens dingue, j’ai de la fièvre, je vais mourir là tout seul. Maman et Marjorie seront très tristes, mais j’aurai un bel enterrement.

Mon cercueil sera blanc avec des poignées et un Christ tout en or. Les copains du collège (même ceux qui l’appelait, nain jaune) suivront en pleurant. Madame Calique, se reprochant de l’avoir embêté avec tous ses exercices, aura un voile noir sur un beau chapeau, la prof de français sanglotera et le directeur aura fermé l’école et sur la grille d’entrée un grand panneau annoncera la nouvelle tragique : JULIAN SANTORIN, BON CAMARADE et BON ELEVE est DECEDE le collège restera fermé toute la semaine (c’est les copains qui vont être contents !) en signe de deuil. Il y aura des fleurs partout et même le maire suivra avec son écharpe. Le curé fera un discours du feu de Dieu et après la cérémonie, on descendra mon cercueil dans le trou. Oh non pas ça ! Pas ça ! Ça fout la trouille !

Julian ferma les yeux, s’installa sur les feuilles sèches et tièdes et se sentit abandonné.

 

Le bois possédait maintenant une double vie. Celle qu’il connaissait toutes les nuits, les arbres statufiés, le léger bruissement des feuilles les craquements de branches mortes, les senteurs de mousse et d' écorce si subtiles et fraiches. Mais en cette nuit de fin Octobre, le sol résonnait.

 

Des halos lunaires bougeaient au rythme des pas de la vingtaine de personnes qui s’étaient organisées autour de monsieur Gregoin, appelé le patriarche, celui vers qui on allait dés que la vie vous réservait des surprises désagréables ou vous mettait dans des situations inextricables. Instituteur à la retraite, il donnait son temps avec gentillesse et bonhommie, était toujours disponible, certains en profitait un peu trop.

 

Mais l’instant était grave. Il avait réussi à calmer les familles affolées, entreprit de réunir les outils nécessaires, les hommes les plus robustes. Chacun de ceux-ci avait en charge, un enfant ou une femme chargés de leur ouvrir le chemin avec une lampe torche.

Fanny était en tête, elle connaissait la route jusqu’à la clairière et, malgré le brouillard qui fantômatisait toutes les formes, amortissait les sons et bloquait les respirations, tous prenaient soin de mettre leurs pas dans ceux qui les précédaient.

Personne ne parlait. Chacun pensait aux enfants et espérait entendre des appels. Parfois la troupe s’arrêtait .Monsieur Henri, un renfort précieux, lançait un appel de sa voix de stentor, on attendait puis, plus rapidement on reprenait cette marche infernale, angoissée et angoissante.

La clairière fût à ce train, vite atteinte.

Alors monsieur Gregoin forma quatre groupes qui avancèrent séparés d’une dizaine de mètres chacun. L’avance était plus lente, il fallait enjamber des obstacles, se retenir aux troncs humides, éviter les glissades sur un sol devenu spongieux et hostile.

De temps en temps, un appel était lancé. Chacun retenait son souffle. L’espoir retombait avec l’écho. Ils avaient avancé d’au moins cinq cents mètres, lorsqu’un cri alerta Fanny. Toute la troupe s’arrêta sur son injonction, le cri reprit et se répercuta. Mais ce n’était qu’un oiseau de nuit apparemment offusqué par l’intrusion d’étrangers dans son domaine.

Marielle et Hélène marchaient de concert et leurs mains s’étaient nouées.

Violaine était restée à l’orée du bois pour attendre les gendarmes et les pompiers, ils ne tarderaient plus.

Fanny s’imaginait le pire et du coup avait forcé l’allure. C’est elle qui entendit la première la voix de son frère Joachim. Elle la percevait à la fois faiblement et nettement, il chantait ! Il chantait fort et si faux que le doute n’était pas permis ! Elle courut vers cette voix de fausset avec une joie telle que tout le monde compris.

Les deux enfants étaient étroitement enlacés, le grand Guillaume avait la tête posée sur l’épaule de son frère et eut à peine la force de la levée quand il entendit le piétinement et les cris rassurants. Lorsqu’il vit sa mère descendre sans crainte, au risque de glisser dans l’eau pour venir vers eux il s’évanouit.

Les hommes présents prirent mille précautions pour remonter le blessé, personne sauf Hélène et Marjorie n’avait encore compris qu’il en manquait un.

 

 

 

 

 

 

Julian s’était lové dans son lit de feuilles et dormait. Son sommeil était agité et il rêvait.

Toute une auréole rose et vaporeuse l’enveloppait, il était assis sur un amas de cornes blanches d’où des perles vert pâle s’étaient échappées et il eut envie de plonger dans cet amoncellement doux et opalin. Il se roula en riant dans ce mélange coloré. Il riait, il riait ! Il aperçut, penché sur lui, un visage. Julian s’adressa à celui qui ressemblait au patriarche. Qui t’es toi ? L’homme se pencha sans lui répondre, mais sourit énigmatiquement. Tu sais que tu ressembles à Monsieur Gregouin ? T’es son frère ? Le sourire s’accentua mais l’homme resta coi. Pourquoi qu’ tu m’réponds pas ? Si j’y croyais encore, j’dirais qu’ t’es le père Noel, mais y a longtemps qu’j’y crois plus. Marjorie m’l’a dit quand j’avais quatre ans, même que ça m’a fait drôle que papa et maman m’aient menti moi j’avais pas le droit de le faire.

Qu’est que tu fais ?

Julian s’aperçut alors qu’il était dans un immense jardin. Il n’y avait pas de ciel où du moins on ne le voyait pas .De longues plantes à larges feuilles bleues poussaient et s’enroulaient autour de tiges régulières et souples, placées en cerceaux et formaient une voute de végétation duveteuse et magnifique des fleurs s’attachaient à ces tiges et chacune possédait une forme différente .C’était encore bien plus beau que le jardin du père Pitois qui se ventait d’avoir le plus merveilleux de tout le canton. C’est vrai qu’il était magnifique. Mais celui là dis donc !

Le grand père avançait dans une large allée, et cueillait des fruits nacrés. Julian le suivit et en prit un lui aussi. Il l’examina avec attention, c’était une demie – lune tronquée et rainurée qui contenait des perles irisées. Le vieillard se tourna vers lui, mis une perle à sa bouche et en tendit une à Julian.

Celui – ci, après une brève hésitation la mit sur sa langue et la laissa fondre comme un bonbon. Jamais il n’avait goûté quelque chose d’aussi frais .Aucun fruit ne ressemblait à ce parfum à la fois doux et fort c’était succulent, il en ferma les yeux de bonheur. Lorsqu’il les rouvrit, il vit que le grand monsieur s’était éloigné et, baissé sur la terre dorée, plantait quelque chose. Julian s’approcha et vit que s’était les perles que l’homme enterrait légèrement comme des petits pois.

Tu sème ? Pourquoi ?

Parce qu’il faut toujours le faire, petit. Sa voix était grave, douce et Julian tendit la mai vers un fruit plus gros que les autres, que le curieux personnage lui présentait.

Garde la. Prends en bien soin et toi aussi, mon enfant, sème. Va maintenant. Bien que Julian ait est voulu le suivre, il lui fut impossible d’avancer. La lumière si douce dans laquelle il baignait, les parfums inconnus, mais si envoutants, paraissaient disparaître. des sons mats et sombres contrastant avec le calme qui l’entourait devinrent si forts que le jardin se transforma. De très coloré, il prit des teintes de gris sales et Julian chercha vainement la silhouette de l’homme. Il se sentit triste et abandonné.

 

 

Les renforts étaient arrivés. A leur tête, Violaine, qui les avaient si bien guidés que les pompiers purent prendre en charge efficacement les deux garçons transis. Guillaume avait un bras dans une gouttière, le visage pâli par la souffrance mais il sourit à sa mère, montée à côté de ses fils dans l’ambulance. Les secours partis, un silence lourd s’installa. Chacun pouvait entendre les plaintes d’Hélène, effondrée au pied d’un arbre. Les deux frères avaient bien expliqué que Julian était parti chercher du renfort, en évitant de dire quelles idées noires avaient traversé leurs esprits.

Les gendarmes prirent les choses en main. Les hommes du village restèrent avec eux, femmes et enfants rentrant accompagnés de deux pompiers .Seules Hélène et Marjorie avaient catégoriquement refusé de quitter le bois, et on les comprenait. Il était maintenant deux heures du matin, il fallait faire vite pour retrouver Julian, le temps était humide et glacial.

 

 

 

Il dormait, d’un sommeil léger et aérien, seuls les sons discordants et sourds, semblant se rapprocher, le gênait. Il aurait aimé poursuivre son chemin dans le jardin mais quelque chose le retenait l’agrippait. Il tenta vainement de se libérer mais il fut projeté, secoué, soulevé, des cris parvinrent à ses oreilles et ….Il ouvrit les yeux.

Mais qu’est qu’il faisait là ? Où était t - il ? Pourquoi Hélène pleurait t – elle en riant et en l’embrassant ? Que faisaient toutes ces personnes autour d’eux ? Des gendarmes en plus ! Des pompiers ! Marjorie et Monsieur Gregouin et le père Pirague, qui lui fichait la trouille avec ses gros sourcils, sa casquette et le mégot de cigarette vrillé à la bouche. Pour, le coup, il étalait un sourire ravagé sur sa vielle tête de soulard. Julian avait du mal à remettre ses idées en place, il se rendit compte qu’un pompier le portait. On l’allongeait sur un brancard, on le couvrit d’un papier d’aluminium doré (quelle idée !) et on l’emmena vers l’ambulance qui attendait quelques mètres plus loin.

Il était bien, cahoté doucement au rythme du pas des hommes. Maman lui avait pris la main, il voyait en mettant sa tête en arrière celle d’un pompier où plutôt, un pif avec des gros trous de nez, et plus loin, la tête à l’envers de sa sœur qui pour une fois lui souriait.

Guillaume fut opéré le lendemain. Double fracture. Son frère, tout comme lui, avait souffert du froid et ils étaient fiévreux. On les garda en observation quarante huit heures à l’hôpital. Marielle avait pris quelques jours de congé pour veiller sur sa maisonnée. Fanny, Sophie et Jonathan avaient été secoués par la disparition de leurs frères. L’attente pour les deux plus jeunes avait été angoissante et Jonathan était sujet à des cauchemars. Sophie, elle, était fermée comme une huitre et il faudrait beaucoup de patience et de sollicitude pour qu’elle s’entrouvre. Julian était arrivé une heure trente après ses potes, apparemment en pleine forme, ce qui surprenait les médecins après avoir sidéré les pompiers et le jeune médecin stagiaire qui les accompagnait.

Le gosse leur avait parlé tout le long du chemin, leur posant des tonnes de questions. Bref, on leur avait appris à essayer de maintenir les personnes choquées en état d’éveil, mais celui – là …!

Les gendarmes restés sur place, pour faire les dernières constatations d’usage, avaient été surpris par le fait que les feuilles sur lesquelles on avait trouvé Julian, allongé en chien de fusil, soient sèches et craquantes, alors qu’à deux mètres de là tout était trempé. Ils ne s’étaient pas trop posé de questions, il était tard, leur lit les attendait. Encore une fichue journée. Ils avaient embarqué les vélos et étaient repartis.

 

Julian finit cette nuit bien entamée, dans une des chambres voisine de celle de ses amis et dormit du sommeil du juste.

Lorsque l’infirmière passa pour donner le thermomètre, il râla, disant qu’il n’en avait pas besoin, qu’il n’était pas malade et eut envie d’ajouter qu’elle pouvait se le mettre au ….A cette idée, il sourit, le prit et le mit dans le sien ! 37,2

C’était quand même un monde , pensa la jeune femme en inscrivant le chiffre sur la feuille au pied du lit, voilà un petit gringalet qui passe sept heures dans un frigo , avec un tee – shirt et un pantalon de survêt sur le dos en guise de thermolactyl et ……. Rien !

Il est en pleine forme et réclame son petit déjeuner ! Surprenant, d’autant que ses deux collègues de vadrouille sont à côté dans un état lamentable, alors que ce sont de grands costauds. 

Le médecin est passé avec des étudiants. Hélène était là, les yeux cernés la mine fatiguée. Après avoir déposé Marjorie chez une amie, elle avait passé le reste de la nuit dans un fauteuil à côté du lit de son petit.

Le toubib a examiné l’enfant avec beaucoup d’attention, prenant son temps, lui posant des questions précises, auxquelles Julian répondait d’une voix claire et nette. Il a dit, tu va rester là aujourd’hui avec nous et si demain tu es encore dans cette forme ta maman pourra te ramener chez vous. Le gamin n’osa pas broncher, ce type immense lui en imposait .Une étudiante lui sourit en lui caressant la joue – ce qui choqua Julian, il n’avait pas deux ans quand même !

Hélène a pris son petit déjeuner avec son fils, elle n’a fait aucun commentaire quand elle a vu Julian engloutir trois tartines beurrées, un yaourt aux fruits son bol de lait et un jus d’orange. Elle était pourtant estomaquée. Jamais son galopin n’avait ingurgité autant à la fois .Il n’avait pas d’appétit ce qui la minait. Julian était petit et maigrichon, surtout comparé à sa sœur jumelle qui était une des plus grandes de sa classe et ne laissait rien dans son assiette.

Pour Hélène, les repas étaient toujours l’équivalent du parcours du combattant. Il fallait qu’elle soit vigilante. Julian trouvait toujours le moyen de n’avaler que le minimum vital mais le médecin traitant l’avait rassurée, son enfant était en bonne santé et se rattraperait plus tard.

Le fait d’être resté sans manger pendant quelques heures dans des conditions difficiles, faisait peut – être que son organisme réclamait son dû ; ce n’est pas Hélène qui allait s’en plaindre.

La journée passa vite, Julian était allé rendre visite à Guillaume et Joachim mais on ne l’avait pas autorisé à rester plus d’une demi – heure .Il déambula un moment dans les longs couloirs et eut l’autorisation se sortir dans les jardins promenades accompagné de sa mère. Malgré le temps plus clair, la température était encore bien basse et Julian apprécia la doudoune qu’on lui avait prêtée. Il avait mis les mains dans les poches de son pantalon et fit rouler machinalement entre ses doigts, la bille qu’il trouva dans l’une d’elles. Il était calme et serein, discuta sagement avec sa mère qui lui annonça qu’elle repartirait en fin de matinée pour aller chercher Marjorie, reprendrai son travail l’après – midi et viendrai le prendre le lendemain. Fort raisonnable, Julian acquiesça.

Ils remontèrent dans la chambre après avoir acheté des B.D. au kiosque de l’hôpital. Lorsque sa mère fût partie, Julian s’allongea, les bras derrière la tête et les idées dans le vague. C’est ainsi que l’aide – soignante, lui apportant le déjeuner le trouva.

-Tu t’ennuie lui demanda t’elle ?

-Non non, répondit Julian, je réfléchis. A quoi ? J’chais pas. Drôle de moineau pensa-t-elle.  Elle posa le plateau sur la tablette. Elle avait déjà la poignée de la porte dans la main lorsque, vivement elle fit demi - tour, ouvrit le placard, saisit une boîte en plastique, ayant contenu des pansements et la tendit au jeune garçon.

Tiens, dit - elle, c’est tombé de ta poche de pantalon quand on t’a déshabillé, c’est sans doute un nouveau jeu, tu m’expliqueras quand j’aurai un moment, mange pendant que c’est chaud, puis elle s’échappa. La tâche de ces femmes est astreignante mais elles trouvent toujours le temps de dire un mot gentil.

Julian se mit à manger avec appétit, commença par la mousse au chocolat, continua par le blanc de poulet et la purée et termina par les carottes râpées. Tout fait ventre aurait dit sa grand – mère. Il garda le pain pour grignoter en lisant .Le livre était intéressant mais à la dixième page, il se rendit compte qu’il venait de la relire pour la troisième fois sans vraiment en comprendre le contenu. Il n’insista pas, se leva, alla appuyer son front contre la vitre et regarda vaguement les petits points noirs où blancs qui se déplaçaient comme des fourmis, tout en bas.

Lorsque la jeune femme revint chercher le plateau, elle s’étonna. Hé ! Jeune homme tu n’a pas reprit ton jeu ? Tiens ! Je le mets sur ta table de nuit, ne l’oublie pas demain en partant, au revoir, mon p’tit chou, ce soir tu verras ma collègue. Julian se retourna, lui fit un petit signe d’amitié avant que la porte ne se referme.

Autant regarder ce qu’il avait bien pu laisser traîner dans ses poches .Ca devait être une moto miniature échangée avant – hier contre dix timbres qu’il avait piqués dans l’album de sa sœur.

Il ouvrit la boîte, resta la bouche ouverte, les yeux agrandis et s’assis pour ne pas tomber. Une corne en demie - lune à l’aspect blanc nacré était posée délicatement dans le fond de la boîte. Il resta interdit, chercha vainement ce qui le choquait le plus. Etait – ce le fait que son rêve se soit matérialisé, où que la réalité ai pu rejoindre son rêve ? C'est du grand n'importe quoi!

Il dormait sûrement. Le réveil allait sonner, il apercevrait son singe Kawa accroché à la lampe de chevet ricanant silencieusement comme à son habitude. Vite, vite, réveil sonne ! Rien. Il leva la tête, le plafond? nul doute le tube au néon était là ; Coup d’œil à gauche, la tête du lit, virage à droite, porte des toilettes, table, chaise, poster. Constatation : il était bien réveillé ; Il n’osait plus regarder la boîte, et tétanisé, fixait la poignée de porte. J’ai pété les plombs se disait Julian. Ca ne le rassurait pas pour autant. Qu’un beau rêve se réalise, ça n’existait pas, où alors on ne lui avait pas dit.

 

 

Dire que tout à l’heure, quand il regardait dehors Sans rien voir, qu’il se baladait dans sa tête, il s’était repassé tout le film et que maintenant ….Allez j’vais regarder, je m’suis p’t’être trompé. Il baissa lentement la tête et redécouvrit la corne. Il la toucha d’un doigt et l’enleva aussitôt comme si il avait pris une décharge électrique.

Il aurait bien voulu pouvoir raconter son aventure mais qui le croirait ? Sa sœur ? Pas question . Marjorie hausserait les épaules avec dédain et hocherait la tête, les yeux en l’air, il l’a voyait d’ici ! Maman ?Non. Elle dirait encore qu’il avait beaucoup d’imagination et qu’il ferait mieux de la mettre à profit à l’école. Ses deux meilleurs copains ? Là il hésitait. Joachim le regarderait dans le blanc des yeux, le fixerait (parfois il lui foutait les jetons ce gars là), Julian avait l’impression qu’il lisait dans ses pensées – il saurait si il disait vrai .Oui, c’est ça ! Joachim ! C’était à lui qu’il fallait faire ses confidences.

La fin de journée se passa bien, sauf la corvée du thermomètre. 37,5 .Il s’endormit rapidement, sans jeter un coup d’œil à la boîte, pourtant il en mourait d’envie .Maintenant il ne l’ouvrirait plus que devant Joachim

Hélène vint tôt le matin, elle était gaie et reposée et attendit la visite du médecin. Celui -ci donna l’autorisation de sortie, passa sa main dans la tignasse blonde de Julian en le félicitant d’être un petit gars aussi costaud, ce qui fit gonfler les maigres pectoraux de Julian. Décidément il était bien c’docteur là.

La fin de semaine se montra toute aussi maussade que le début, pire même.

 

Par jidelvi - Publié dans : roman
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 14:42

Julian était assis sur le petit muret qui clôturait la maison. La fille de la météo avait annoncé « plafond bas sur le Nord – Est et la région parisienne. Ailleurs beau temps garanti. On faisait pourtant partie de l’ailleurs et ben j’t’en fous, il avait la tête dans le plafond, les mains presque dans le plafond, ses pieds s’était tout juste, en somme, il prenait un bain de plafond !

Interdiction de sortir en dehors d’un périmètre tellement restreint que ce n’était même pas la peine de sortir les rollers.

Rien à faire, juste à penser.

Le père de Guillaume et Joachim avait sévi de son côté. Guillaume de toutes façons – dans l’incapacité physique de suivre son frère – restait sagement à la maison et docilement révisait ses leçons et les deux frères faisaient ensemble leurs devoirs. Il avait bien tenté d’en faire autant mais c’était trop difficile et il était trop fier pour demander à Marjorie et Hélène avait trop de travail. Il était dans le cirage à tous points de vue.

Physiquement après avoir été très bien pendant deux jours il se sentait complètement vidé. En plus demain à l’école, les copains de classe allaient poser plein de questions et il n’avait pas envie de parler de son aventure. Le coton qui l’enveloppait commençait à le givrer, d’ailleurs, il entendit la voix de sa mère qui, assourdie par ce matelas, l’appelait.

Il obéit avec soulagement, se surprit lui - même en mettant ses chaussons, rangea ses baskets puis monta calmement dans sa chambre.

Hélène s’étonna de ne pas l’entendre prendre à la volée les marches étroites de l’escalier en hurlant comme un sioux ayant déterré la hache de guerre, pensa illico : Pas étonnant qu’il fasse ce temps ! A la clinique, Jeannette qui avait pris son service à six heures avait déjà nettoyé deux chambres et s’attaquait à la troisième. Balais, aspirateur, brosses, produits nettoyant prêts à être utilisés. On aurait pu faire un parallèle osé avec un chirurgien s’apprêtant à opérer.

Elle poussa le lit d’un vigoureux coup de hanche – qu’elle avait bien enrobée – pris énergiquement l’aspirateur, le mit en marche et, l’arrêta aussitôt. Deux jolies perles, sagement posées l’une à côté de l’autre, l’une rose l’autre crème s’étaient logées contre la plinthe. Elle les prit, les trouva très jolies, pensa à Marine qui serait ravie, si elle pouvait lui amener. Il faudrait qu’elle demande l’autorisation à la surveillante d’étage. En attendant, elle les fourra dans sa poche et se mit énergiquement à briquer.

 

 

 

 

 

 

Hélène avait bien travaillé, elle était satisfaite. Non seulement elle s’était bien avancée dans son travail de préparation pour le lendemain, avait trié tout le courrier urgent, mais avait également fait deux lessives, repassé une tonne de linge. Maintenant elle allait s’asseoir un peu et réparer le pantalon de jogging de son fiston. Elle prit sa boîte à couture et aperçut, en prenant dé et fil, la perle qu’elle avait – avant de mettre le pantalon à la lessive – trouvée au fond d’une des poches. Surprise devant ce petit bijou, étonnée que Julian puisse s’intéresser à de telles babioles, elle avait pensé qu’il avait peut –être l’intention de faire un petit cadeau à Sophie dont –t – il était, elle en était persuadée, secrètement amoureux. Elle avait souri et s’était promis de la remettre dans la poche …incognito !

 

 

Ce dimanche s’écoula sans heurt à Armironche si l’on veut bien passer sur le fait que, Dinou, le chien du voisin d’en face, avait encore couru au derrière des enfants de la famille Audrieu, l’un et les autres s’étant faits entendre chacun à leur manière. Il y avait eu aussi une descente bruyante de jeunes gens du bourg qui finissaient de cuver un mariage de la veille. C’est tout. Armironche se reposait dans son creux de vallée.

 

 

 

 

 

L’hiver sauta sur cette région comme un chat sur une souris. Il fut brutal, relâcha parfois ses griffes de gel, s’amusant à adoucir quelques heures l’atmosphère, pour mieux attaquer ensuite, assommant les habitants et les animaux calfeutrés, statufiant la nature qui s’endormit et le fit très profondément.

 

Julian avait rangé sa boîte dans un carton à chaussures lui - même coincé dans un petit coffre à jouets au fond du placard de sa chambre. Il n’y pensait que fugaçement.

 

La terre était craquante et dure, mais un homme se promenait souvent le dimanche, dans les bois, arpentant des kilomètres de terrain, emmitouflé dans sa doudoune il cherchait quelque chose, mais il ne savait quoi. Simplement sa mémoire le titillait.

 

 

 

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Pendant que le froid faisait violemment l’amour à la terre , la prenant, desserrant son étreinte pour mieux la reprendre ensuite ,en ville ,dans un petit trois pièces que Jeannette avait surchargé de bibelots et de napperons, au grand dam de son mari qui éprouvait du mal a se mouvoir sans rien casser et ne se trouvait bien que devant ses casseroles ,la vie s'écoulait calme, heureuse comme dans un nid de tourterelles roucoulantes donnant la becquée a leur petit . Ici le petit était une petite et l’oisillon était turbulent. Marine, grande de ses six ans, imposait une dictature sans merci. Aurélien et Jeannette étaient en adoration devant cette petite bonne femme aussi noire que maman, aussi mince que papa aussi ravissante que la poupée garnissant le lit de ses parents et aussi diablesse et turbulente que le chat Mistoufle dans les pires moments . Ce dimanche là Aurélien, cuistot de métier et ne perdant pas ses bonnes habitudes, était devant ses casseroles. Jeannette chantonnait en passant l’aspirateur, promenait le plumeau sur tout se qui ne bougeait pas. Marine, placée à un bout du couloir, envoyait une balle en caoutchouc à Mistoufle qui la lui renvoyait mollement, sans faire son cirque habituel. C’était l’heure de sa toilette

Et elle commençait sérieusement à lui casser les pattes, celle – là avec sa balle. Marine avait toute une armada de pelotes, souris animées, de lapins à piles qui énervaient prodigieusement le chat et le rendait tout simplement dingue, lui faisant faire des bonds périlleux des sauts de carpe, des mouvements tournants qui le transformaient en toupie, surtout, quand au paroxysme de l’énervement il courait après sa queue, griffant la moquette, qui en gardait d’ ailleurs quelques mauvais souvenirs.

Toujours est - il que, ce jour- là, Mistoufle était languissant et Marine exaspérée .Elle fila dans sa chambre fit rouler tourner tous ses bataillons de jouets - chat. Rien n’y fit. Monsieur regarda avec dédain tout ce déballage et finit par sauter sur le rebord de la fenêtre, faisant semblant de s’intéresser aux mouvements de la rue.

ça n’allait pas se passer comme ça, pensa la gamine.

Debout au milieu du désordre elle tourna sur elle- même cherchant l’atout majeur susceptible de ranimer l’intérêt du chat. Rien. Sur la dernière étagère au dessus de son petit bureau, il y avait bien la bonbonnière en forme de rose dans laquelle elle plaçait tous ses trésors, mais justement c’était ses trésors, ce n’était pas pour le chat. Après une courte hésitation, elle grimpa sur sa chaise, due se maintenir en équilibre sur le bout des pieds, saisit l’objet de ses désirs et redescendit tout doucement ce qui en soi était un exploit. Assise sur son lit, elle vida le contenu de la bonbonnière. Tout un bric- à- brac de petits riens très féminin en sorti.

Des rubans colorés, des bouts de ficelle dorée , un bracelet en argent - toc gagné dans un paquet de lessive, une gomme en forme de cœur, un rouge à lèvres usé que maman lui avait donné, une petite bouteille de parfum, des boucles d’oreilles perroquet, une perle rose un pin’s d’une équipe de foot donné par son chéri Benjamin, une bague avec un presque diamant, un collier en pépins de melon et une perle crème. Celle-ci , sitôt prise, lui glissa des mains rebondit plusieurs fois sur la moquette avant de rouler tout doucement vers la fenêtre.

Alors là, se dit le chat, c’est de la provocation ! Il était en train de faire sa toilette et resta la patte en l’air, regardant, intrigué, ce qui roulait vers lui. La curiosité étant trop forte, il sauta illico presto sur cette balle minuscule qu’il fit d’abord rouler doucement, puis s’enroulant, se mit à jouer, pattes de velours, avec sa nouvelle partenaire, se mit sur le dos, enserrant entre ses griffes soudain sorties, cette petite bille. Il la prit dans sa petite gueule rose, la mordilla légèrement, paru surpris, crachant sa prisonnière, la fixant, comme hypnotisé et se mit à la lécher en ronronnant comme un moteur diesel.

Ben dit don dit Marine, ça va pas la tête ? Donne-moi ça !

Elle avait bondi et reprit la perle devenue gluante et collante. Pouah ! s’écria- t- elle ! Elle courut vers la salle de bains passa la perle sous l’eau, mais celle- ci diminua encore, elle la retira très vite. Flûte, pensa- t- elle, à quoi elle ressemble maintenant. La perle était devenue minuscule, comme celles du collier de maman, elle continuait à fondre dans sa main d’ailleurs. Marine fut tentée de faire comme le chat. Si s’était bon pour lui s’était bon pour elle. Elle s’appliqua donc à lécher ses doigts.

 

 

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Noel approchait. Toutes les maisons d’Armironche s’enguirlandaient au propre comme au figuré. Monsieur Gregoin, comme tous les ans avait placé des lampions autour de son toit. Le curé râlait et prenait cela comme une insulte au Seigneur, alors que le patriarche ne manifestait, par là, qu’une façon républicaine et laïque de marquer sa différence de pensée sans pour cela vouloir injurier quiconque .C’était sa façon à lui de participer à la joie ambiante.

Le père Pirague avait tenté d’innover. Un soir de l’avent, ayant encore bu plus que d’habitude, ses voisins hilares l’avaient vu vainement tenter d’attraper ses poules, afin de leur mettre des ampoules dans le derrière !

Il pensait que ça serait du plus bel effet, mais les volatiles avaient prévenu tout le quartier en caquetant si fort que tous les chiens étaient devenus fous et tirant sur leur chaîne, tentaient de se libérer pour aller se mêler à tout ce tintamarre. Madame Pirague, très digne, était venue chercher son mari, titubant, ronchonnant et l’avait fait rentrer. Elle avait jeté un regard triste et lourd aux voisins curieux qui s’étaient sentis tout penauds.

 

Au carrefour des trois maisons, les familles s’étaient arrangées pour former un triangle lumineux presque parfait au dessus des routes, à l’aide d’échelles, de fil électriques d’ampoules clignotantes, de bonne volonté de sueur et de sourires.

Chez Hélène, les enfants avaient fabriqué des couronnes coupés au bord de l’Archou, des branches de thuyas, du houx et des rubans. Ils les avaient accrochés sur le portillon et à l’extérieur de la haie, pour que tout le village puisse en profiter.

Un concours d’imagination était ouvert chez les Mungier.

C’est Marielle qui en avait eu l’idée. Elle avait fabriqué des petits pains d’épice en quantité. Elle les distribuerait à tous les enfants du village et comme elle avait un petit côté artiste, tous étaient différents .Elle avait choisi le thème des animaux, ce qui lui laissait un large éventail. Déjà des tas d’éléphants, d’oiseaux, de serpents, de souris et de singes, s’empilaient dans des boîtes en fer.

Pierre qui avait pris traditionnellement quinze jours de vacances, était à l’extérieur en train de couper du bois et s’était mis hors circuit. Il préférait alimenter le feu et participait ainsi à la chaude ambiance qui régnait dans la maison. Fanny avait des choux de rubans de couleurs et en avait décoré quelques belles branches givrées à la bombe.

Les garçons décidément inséparables, faisaient front commun, ils avaient peint des dizaines de balles de ping- pong, les avaient percées et accrochées sur un grand carton rouge, et ces balles formaient le mot Noel. Ils avaient l’intention d’accrocher le panneau au dessus de la porte d’entrée, il serait ainsi éclairé.

Sophie terminait une tâche commencée quelques mois auparavant. Elle avait assisté deux où trois fois à l’atelier de modelage et bien que l’animatrice l’ai encouragé à continuer, sa timidité l’avait empêché de poursuivre. Depuis, lorsqu’elle allait en ville avec Fanny elle s’achetait parfois un sac de terre et dans le silence et la solitude de sa chambre, installée à son bureau elle modelait

Elle avait commencé par des silhouettes de chats et de chiens, animaux familiers, et petit à petit, elle avait acquis un tour de main, une habileté qui faisaient que la terre sous ses doigts agiles, prenait forme, renaissait et donnait vie à des personnages. Elle n’avait pas conscience de son talent. Etaient nés ainsi de ses mains des séries d’enfants jouant, des artisans à leur travail mais surtout des chiens, il faut dire qu’elle rêvait d’en posséder un. Toujours est- il qu’elle avait choisi quelques personnages, les avait peints et vernis et les présenterait à la famille ce soir.

 

 

 

 

 

 

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Jeannette avait terminé son ménage et mis la table. Elle appela Marine, n’obtint pas de réponse, appela à nouveau. Le résultat fut le même. Elle se déplaça donc en soupirant- il faudrait tout de même que leur fille obéisse un peu plus- elle se sentit fautive. Lorsqu’elle ouvrit la porte de la chambre de la petite, elle resta médusée devant un spectacle auquelelle n’était pas habituée. Marine était assise à son bureau devant un livre et, plongée dans une lecture encore balbutiante ânonnait des mots difficiles. Mistoufle allongé à côté d’elle, semblait écouter avec attention et regardait sa petite maitresse tendrement en clignant des yeux. La chambre était parfaitement rangée.

Jeannette s’approcha de Marine, posa sa main sur son épaule, se pencha pour l’embrasser, et subrepticement lui tâta le front pour sentir si sa fille n’avait pas de fièvre. La fillette ferma son livre soigneusement, fit une caresse à Mistoufle qui sauta du bureau. Ca paraissait trop beau. Que se passait- t- il ?

Tu as faim ma puce ?

La gosse sauta au cou de sa mère, lui plaqua un gros baiser sur la joue et lui sourit. Jeannette n’était pas née de la dernière pluie, tout bonbon était prohibé dans la maison, sur les conseils avertis du dentiste qui avait déjà du soigner plusieurs caries chez Marine et gardait un souvenir cuisant de cette gosse gigotante et braillarde, qui n’avait peut- être pas de bonnes dents, mais les avaient utilisées très efficacement sur son index. Donc pas de sucrerie. D’où venait alors cette sensation de poisseux. Maintenant que Marine lui parlait gentiment la bouche au ras de son nez, Jeannette sentait une odeur indéfinissable de miel, de narcisse, de violette.

Soudain inquiète, elle posa la gamine sur le sol, essaya de prendre un air sévère et lui demanda. Marine qu’as tu mangé ?

- rien maman.

- ne ment pas !

La peur commençait à poindre.

Dis-moi ce que tu as avalé.

Ben presque rien, j’ai avalé une des perles que tu m’as donnée y a déjà longtemps.

Ce fut l’affolement. Jeannette trainant Marine dans le couloir, ameuta son mari et une partie de l’immeuble en criant. Vite ! vite, il faut l’emmener à l’hôpital. La casserole que tenait son mari l’instant d’avant, bascula sur le côté, son contenu fumant dégoulina sur la façade de la gazinière et s’étala sur le meuble, allant déverser le trop plein dans l’évier. Esthétiquement

, c’était du plus bel effet, la ratatouille question couleurs y a pas mieux ! Aussi angoissés l’un que l’autre ils dévalèrent l’escalier, laissant la porte grande ouverte, ils filèrent en voiture vers la destination que Jeannette connaissait si bien. Si les parents étaient en transe, l’enfant se montrait très calme. Jeannette fixait l’enfant guettant le moindre trouble, le moindre bouton le plus petit signe d’étouffement, tâtait le ventre de Marine et ce faisant, la chatouillait ce qui provoquait chez la gosse de tels accès de fou – rire quelle en chopa le hoquet. L’affolement fut à son comble.

Les voisins qui avaient assisté au départ échevelé, ayant compris vaguement les mots : avaler, poison, hôpital, dans le charabia rapide que leur avait lancé Jeannette avaient prévenu les urgences et une équipe médicale attendait. Celle - ci tenta vainement d’allonger Marine sur une civière et préféra finalement la laisser assise. On la transporta dans les couloirs, ce qui amusa follement la petite qui ne paraissait vraiment pas indisposée.

Les parents purent suivre et assister aux premières investigations médicales et répondre à un questionnaire serré d’un médecin.

En fait, Jeannette ne savait pas grand-chose. Elle décrivit la perle- ce qui fut court- une perle c’est rond, nacré, et petit. Point. Avec ça on était gâté ! Mise en observation, on garda la gosse sous surveillance mais le médecin avait laissé entendre que la perle allait suivre le chemin emprunté par tous les aliments et qu’elle devrait réapparaître dans les quarante huit heures.

 

 

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L’aventure des garçons, la peur ressentie ensemble faisaient que, dans le hameau d’Armironche l’ambiance avait changé. C’était comme si un fil invisible mais sensible reliait maintenant la vingtaine de familles qui ne se côtoyaient pas auparavant. Maintenant, il paraissait naturel de se saluer, de s’inviter, de s’entraider et le village finissait par ressembler à une communauté. On restait discrets. Pas d’immission dans la vie des autres à moins qu’il n’y ait demande, mais petit à petit se tramait un tissu d’échanges. Un anniversaire, une fête, un succès aux examens, une promotion, une naissance, tout était prétexte à déjeuner où dîner communs, même l’hiver très dur n’avait pas refroidi les volontés de bien faire. Chacun pouvait compter sur les autres. C’était rassurant.

Il fut décider que la veillée de Noel serait la première vraie réunion plénière du village, c’est pourquoi chacun s’appliquait à décorer l’extérieur des maisons autant que l’intérieur.

Le père Pirague, qui avait encore, à neuf heures du matin, toute sa lucidité tressait des paniers d’osier, entouré de gamins intéressés, et s’évertuant à leurs inculquer le coup de main et la technique. Mais les petites mains étaient malhabiles, l’osier trop rigide et les grognements de leur pédagogue, au lieu de les encourager, leur fichaient la frousse et il ne resta plus qu’au bout de deux jours, où les plus téméraires où les plus tenaces, dont Jonathan et Sophie qui avaient su amadouer le vieil ours et s’accommodaient parfaitement de ses humeurs. D’ailleurs, le bonhomme avait un faible pour les deux enfants, mais on aurait pu lui brûler la plante des pieds il ne l’aurait jamais avoué.

 

 

 

Monsieur Henri avait fait construire une grande maison sur un des plus grands terrains, il comptait y passer une retraite méritée et heureuse avec son épouse et y accueillir ses enfants et petits- enfants, pendant les vacances scolaires. Mais le destin en avait décidé autrement. Mme Henri était décédée après une courte et fatale maladie. Les enfants étaient venus souvent, au début, mais leurs visites s’étaient espacées jusqu’à ne devenir que des passages rapides deux où trois fois par an.

Monsieur Henri s’accommodait très bien de sa solitude, peignait, écrivait, chantait et ce dernier talent lui valait l’admiration de tous. Il possédait une magnifique voix de basse et lorsqu’il jardinait, tout le pâté de maisons en profitait. Même les moineaux en restaient le bec dans l’eau.

 

 

 

 

Les autres familles étaient composées de jeunes couples ayant un, deux où trois enfants et lorsqu’il faisait beau on entendait les gosses jouer ensemble dans l’unique rue où dans les jardins, transformés pour un temps en bateau de pirates, en réserve indienne en cabane de trappeur, en château ou ça ferraillait dur.

Pendant quelques jours, les enfants décorèrent les maisons des personnes démunies d’imagination où tout bêtement manquant de temps. Le village était si beau qu’il était devenu un but de promenade pour les gens du bourg qui venaient critiquer, piquer des idées, féliciter, dénigrer, en gros, c’était plutôt négatif. Mais qu’attendre de personnes jalouses et envieuses qui tirent toujours une joie mauvaise à dire du mal des autres. Il faut dire qu’à Armironche on s’en fichait et on regardait tout cela d’un air goguenard.

 

 

 

Julian avait terminé le trimestre presque honorablement. Ses notes n’étaient pas mirobolantes mais enfin il y avait quelques progrès, ce qui n’avait pas manqué d’étonner les professeurs. La moyenne n’avait pas été atteinte, mais Julian s’estimait heureux avec son 8,5. D’ailleurs il s’était donné un challenge et avait fait le pari avec sa sœur, qu’il obtiendrait 12 minimum au second trimestre. Imperceptiblement, très subtilement soncaractère avait changé et ses rapports avec son entourage s’en étaient améliorés grandement.

Bien sûr, les gros mots fusaient encore, il s’en gargarisait, les faisait encore rouler dans sa bouche, avec plaisir avant de les cracher bruyamment.

Mais enfin,il rangeait plus souvent sa chambre, garait son vélo, et, miracle, s’essuyait les pieds avant de monter.

Des petites résolutions qui faisaient le cœur plus léger à Hélène. Elle pensait que son fils murissait et passait le cap Horn de l’adolescence en surfant sur les quarantièmes rugissants. De plus Julian rechignait moins devant les petits plats et essayait de manger de tout. De temps en temps, sporadiquement, quelques heurts affrontaient encore, la mère et le fils, mais ce n’était que broutilles, en regard de leurs relations, celles qui avaient précédé la nuit terrible dont Hélène se souvenait encore comme d’un cauchemar. D’ailleurs elle en faisait encore, et se réveillait en sueur, au bord de l’asphyxie.

Fallait- il faire une liaison entre les changements intervenus dans le comportement de Julian avec cet évènement, où cela était- il fortuit ? Elle y réfléchissait de temps en temps, en avait même discuté avec Marielle qui pensait que le gosse avait eu la frousse de sa vie et en avait lui- même tiré les conclusions.

Cependant le gamin était toujours aussi rigolard, heureusement, aussi remuant, et était le premier à mettre au point des jeux d’équipe qui permettaient à la majorité des petits voisins, de s’amuser sans se battre. La vie était belle.

 

 

Ce jour là, Noel n’était plus loin, Hélène, comme tous les ans, demanda aux jumeaux d’aller faire le tri dans leurs jouets et de descendre tous ceux qu’ils n’utilisaient plus, mais qui étaient encore en bon état. L’habitude était prise depuis que les enfants étaient tout petits et d’ailleurs, ils avaient fait des émules autour d’eux.

Donc, le nez dans le placard, agenouillé sur la moquette, Julian avait entrepris de vider son placard ; La ! C’était courageux ! Devant lui, un empilement instable, qui menaçait de s’effondrer- (et on pouvait se demander pourquoi il ne l’avait pas encore fait)- Mystère.

Par où commencer ? C’était un jeu de mikado. Julian, se releva, prit le plus délicatement possible- c'est-à-dire genre bulldozer- un cahier ouvert à l’envers qui servait de toit à un carton rempli de pions et de billes ; Celui-ci, avec beaucoup de mauvaise volonté, se renversa aussitôt, sema la panique parmi les billes et pions et fut suivi par une avalanche de cartes, livres, chaussettes de foot( tiens ! il les avait chercher longtemps celles-là) ballons crevés, jeu de fléchettes, cibles, calculette, cartes postales, posters, collection de stylos fantaisie et passons sur le reste pourtant volumineux.

MEEEERDE ! S’égosilla Julian en y mettant une conviction infinie, la bouche grande ouverte, la tête penchée en arrière, le nez plissé, les yeux fermés hermétiquement, les bras raidis les poings fermés. Il tint au moins trente secondes, presqu’un record ! Le mot ricocha sur les murs, traversa la porte, dégringola l’escalier, arriva- après le vacarme- aux oreilles d’Hélène qui pensa : tiens ! Une rechute.

La porte de la chambre s’entrouvrit, Marjorie glissa le bout de son nez, jeta un œil, eut un petit rire- filant un coup de jus aux nerfs de son frère déjà survoltés- et referma prudemment la porte derrière elle, avant de poursuivre elle-même son propre tri.

Par où j’vais commencer, se dit, Julian. Mais pourquoi j’ai gardé toutes ces cochonneries ? Tiens ! La photo de la famille Mungier. C’est lui qui l’avait prise. Il faisait beau alors. C’était sa première photo.

C’est son père qui lui avait envoyé un appareil pour son anniversaire. Il aurait préféré qu’il lui amène, mais il trouvait toujours une excuse ! A tous les coups c’était une autre nana qui lui bouffait son temps.

M ‘en fous, j’ai maman.

Il fixait toujours la photo. Belle famille quand même, pensa- t- il, un brin triste. Pierre et Marielle étaient vachement sympas, les garçons n’en parlons pas, Fanny était très jolie, bien roulée et drôlement cool mais c’était une vieille. Sophie, sur la photo, elle ne souriait pas. Elle regardait Jonathan et le tenait par la main.

Il resta rêveur un instant poussa un soupir sans savoir vraiment pourquoi et reposa la photo.

Marjorie de son côté avait fait des piles. Celle des livres trop enfantins pour elle, les peluches dont elle se séparait avec un petit pincement au cœur, les puzzles qu’elle connaissait par cœur, les jeux de société qu’elle n’appréciait guère. Le reste fut rangé très vite. Elle plaça tout ce dont elle se séparait dans un grand carton et descendit précautionneusement le tout.

Hélène lui chuchota à l’oreille : allez, va aider ton frère, sinon il ne s’en sortira pas avant une semaine.

 

 

 

 

 

 

 

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Force avait été de constater que la santé de Marine était excellente, ce qui n’empêcha pas Jeannette de rester suspicieuse pendant quelques jours. La gamine était gaie, rieuse charmante et avait laissé sur place, ébahie, carrément sonnée, une de leurs voisines de palier, légèrement revêche

Moustachue de surcroit en lui adressant son plus joli sourire, ce qui n’était pas son habitude, loin s’en faut. Quand elle pouvait lui tirer la langue en remontant son nez avec un doigt et en louchant comme un boxeur k.o. elle le faisait avec un plaisir non dissimulé, lorsque sa mère avait le dos tourné.

Jeannette avait cherché à savoir quel malade avait occupé la chambre. Elle avait vite laissé tomber, trop occupée par son travail, par Marine et par les préparatifs de Noel. Aurélien avait acheté un petit sapin en pot, il pourrait ainsi le replanter dans le jardin d’une famille amie.

Aurélien était dans la cuisine, comme d’habitude et préparait des petits plats du pays. Ceux qui viendraient le soir du réveillon, la smala d’oncle et tantes, neveux et nièces, frères et sœurs ; qui miraculeusement, trouvaient toujours assez de place dans la minuscule sale à manger.

Jeannette sauvait les meubles, pour l’occasion et ses bibelots clinquants étaient rangés dans les tiroirs de sa commode à l’abri des gestes intempestifs et de la bousculade inévitable. Pour l’heure chacun vaquait à ses occupations.

Marine était avec une copine dans sa chambre et elles avaient aligné toutes les peluches et les poupées pour jouer à la maitresse. Quand l’ours, la grande blondasse au sourire niais, la souris en robe de dentelle refusaient de lire, elles leurs fichaient de grandes torgnoles. La poupée en avait poussé un cri de détresse en tombant ce qui avait eu pour effet de réjouir les infâmes gamines. Tout était rentré dans l’ordre des choses où presque. Mistoufle, restait planté, la tête levée vers le plafond, l’air complètement allumé. Il se livrait à cette comédie plusieurs fois par jour, ce qui faisait dire à Jeannette, qu’il avait toujours eu un grain.

Ce jour là il osa tenter de sauter sur l’étagère, fit tomber celle- ci dans un fracas de fin du monde (déçidemment, pour la cuisine Aurélien était un chef, mais pour le bricolage !) Les jouets alignés en dessous furent pris de frénésie, rebondirent les uns sur les autres en couinant, firent des roulades, dignes de gymnastes et s’arrêtèrent les uns sur le dos les pattes en l’air, certains restés debout l’air digne, d’autres à plat ventre nageant la brasse.

Le chat, s’était accroché aux rideaux de dentelle, aux motifs d’oiseaux et de fleurs, certains piquaient tristement du bec sous les lacérations et Mistoufle s’était caché derrière les coussins du lit, se demandant qui pouvait bien être le responsable de ce barouf !

Les filles, statufiées, l’une, la craie en l’air, l’autre la baguette prête encore pour le supplice, regardèrent atterrées, les résultats de ce cataclysme. Mistoufle ne fut pas long à s’en remettre et fila sous le meuble comme si il y avait aperçu une souris. Marine le vit prendre quelque chose dans sa gueule et se mit à hurler. Elle courut après le chat qui s’enfuyait par l’entrebâillement de la porte et finit par le coincer en l’attrapant par la queue. Agenouillée, le maintenant, aider par son amie, venue à la rescousse, sans rien comprendre à tout ce cirque, elle extirpa de la gueule de l’animal ce qui restait d’une perle, au moment même où sa mère entrait dans la pièce, les bras chargés. Vite, elle enfonça la perle dans le pot du sapin et eut un regard angélique vers Jeannette qui commençait à se demander ce qui se passait.

Jeannette revenait de la petite épicerie du coin et avait loupé le début du film. Il fallut que les fillettes, chargeant au maximum le responsable de ce tohu- bohu expliquent, tant bien que mal, les divers étapes de l’accident. Tout rentra dans l’ordre rapidement, les morceaux de la bonbonnière finirent à la poubelle, on en achèterait une plus grande et plus belle, promit Jeannette.

 

 

 

 

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Marjorie avait rejoint son jumeau, après avoir frappé à la porte, se méfiant de sa réaction. Julian découragé, lui avait dit d’entrer d’une voix morne et lasse, tout le poids du monde sur les épaules. C’est vrai qu’il y avait du boulot ! Marjorie cacha son agacement devant un tel chantier, prit l’initiative de faire un premier tri. Les papiers, photos, journaux, posters s’empilèrent dans un coin. Les voitures miniatures, dont Julian était encore si fier il y a un an, furent rangées dans un carton, bientôt rejointes par un jeu de nain jaune, des patins à roulettes démodé, un robot à la Rambo, à qui il ne manquait plus que les piles pour avoir l’air encore plus bête, des portes- clés, des machins truc pas chouette, qui devraient encore être triés.

Les livres et b.d., les boîtes de jeux empilées, on y vit déjà plus clair. Restait des cochonneries éparpillées qu’il faudrait jeter. Dans le fond du placard, avec les moutons et quelques toiles d’araignée, restait quelques cartons au contenu négligeable. Des chaussures de foot trop petites qui feraient un heureux, furent mises de côté et dans le dernier carton, Julian qui ne l’avait jamais oublié complètement trouva le carton à chaussures. Il le glissa sous son lit sans que sa sœur, trop occupée, puisse le voir. Ouf, le rangement s’achevait. Après que tout est été remis en place, Julian, abandonné par sa sœur pour la dernière corvée, passa l’aspirateur, sous les yeux de cette dernière qui tenait à vérifier le travail.

Ils s’assirent tous deux sur le lit, et se mirent à discuter des cadeaux de Noel

Ils savaient que leur mère éprouvait quelques difficultés financières. Elle avait les traites de la maison à payer et leur père n’envoyait qu’épisodiquement l’argent de la pension alimentaire.

Pourtant Marjorie rêvait d’un ordinateur. Julian était d’accord, mais l’achat était important et cher. Ils firent chacun leurs comptes. Pas grand-chose. Leurs grands- parents étaient toujours généreux, et s’ils les contactaient maintenant, ils accepteraient de leurs avancer le prix des cadeaux prévus et leurs étrennes. Marjorie, plus que Julian avait des économies, mais il fallait en garder pour le bracelet en argent sur lequel maman s’était arrêtée, lors de leur dernière virée en ville. C’était dit. Les jumeaux allaient faire cet achat. Hélène était une maman formidable, malgré tous les tracas qui la tarabustaient.

Lorsqu’ils descendirent, ils furent surpris d’entendre une voix d’homme. Une voix qu’ils ne connaissaient pas .Dans le salon, leur mère s’entretenait avec un géant qui se tourna vers eux dés qu’il les entendit. Il les salua puis s’adressa à Julian. Je vois que tu es parfaitement remis de ton aventure.

Ca, c’est la meilleure pensa Julian, ce type me connaît, pourtant j’l’ai jamais vu.

L’homme vit des points d’interrogation dans le regard de Julian, il s’excusa et se présenta. Je suis un des gendarmes qui t’ont cherché cette nuit là. Je cherche depuis l’endroit, où l’on t’a retrouvé mais sans succès. As- tu une idée ?

Julian jeta un regard à sa mère et vit qu’elle était inquiète. C’est elle qui répondit.

Monsieur, je suis désolée, mais Julian n’ai plus autorisé à aller si loin dans les bois je lui ai imposée des limites.

Excusez- moi, j’aurais du y penser. Mais, j’ai été surpris par ce lieu et depuis, quand j’en ai le temps, j’arpente les bois, mais sans succès, je suis désolé de vous avoir dérangé, sur ce il serra les mains du trio et s’en alla. Une ribambelle d’anges passa avant qu’Hélène réagisse.

 

- Drôle d’oiseau dit- elle

 

 

   

 

 

 

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Le froid coupant qui avait donné l’onglée à Pierre, l’avait fait rentrer et la transition entre le gel dur de l’extérieur et la chaleur douce de la maison, le revigora tout de suite. Marielle, infatigable, continuait, et le nombre de boîtes métalliques pleines était impressionnant.

Tu va gagner, lui dit son mari en la prenant par la taille et en l’embrassant

Tendrement. Pourtant, ils restèrent cois, devant l’étalage des branches givrées, les choux de rubans multicolores que Fanny leurs montra. Cela donnait un air de fête à toute la pièce. Mais ils n’eurent pas le temps de complimenter leur fille aînée. Les trois garçons descendaient, avec mille précautions leur grand panneau décoré et poussaient des cris, sifflaient des : Attention ! Soufflaient, lorsqu’un angle difficile était passé et soupirèrent comme s’ils avaient vaincu un sommet, en arrivant à la dernière marche. Le petit Jonathan, qui, sur les conseils de ses frères, s’était contenté de tenir du bout des doigts un coin du carton avait l’air conquérant d’un pionnier. Marielle et Pierre applaudirent, ce qui rendit très fiers malgré l’air décontracté qu’affichaient les deux grands. Pierre remit sa grosse veste, les garçons en firent autant et ils accrochèrent le panneau à la place prévue. Fanny aida sa mère à ranger la cuisine et a préparer la soupe bien épaisse du soir.

Quand tous furent rentrés, Sophie n’était pas encore descendue. Elle n’osait pas. Son travail était terminé elle ne pouvait pas franchir le seuil de la porte. Elle se sentait ridicule, tout se qu’elle avait modelé lui paraissait maintenant affreux. Elle ne pouvait pas se présenter avec ça devant la famille. On frappa à la porte

Elle sursauta. C’était Fanny qui venait la chercher pour le dîner et qui resta médusée, n’en croyant pas ses yeux.

-C’est toi qui à fait ça Sophie ?

-Oui je sais, c’est moche, je n’ai pas réussi à faire ce que je voulais, répondit- elle en ébauchant un mouvement du bras pour balayer son œuvre.

-Nooon ! S’écria Fanny , qui n’avait pourtant pas l’habitude ce telles démonstrations, ce qui arrêta net, Sophie dans son élan et qui pour conséquence de déclencher une galopade dans l’escalier. Quatre têtes apparurent a la porte. Fanny s’était retournée leur faisant face, et, bras écartés cachait le travail de Sophie. Elle pria tout le monde de descendre, ce que fit, sur le champ, le quatuor subjugué par le ton de leur fille et sœur. Fanny entoura les épaules de sa sœur, et, la regardant dans le fond des yeux lui dit.

Petite sœur, je suis très fière de toi, tu es une grande artiste et tu as mérité de gagner le concours, moi je vote pour toi. Descends, maintenant, il faut que tu ais confiance en toi, tu a fait du très beau travail. Sophie, poussée doucement par sa sœur descendit l’escalier précautionneusement. Elle portait sur un plateau sa production. Evidemment, cinq personnes muettes attendaient et le restèrent un long moment.

Jamais ils n’auraient imaginé que Sophie, dans sa solitude, ai pu exprimer sa sensibilité avec autant de talent, même Jonathan, admiratif, s’était mis les mains dans le dos pour s’empêcher de toucher à ces choses qui le tentaient, mais qui paressaient si fragiles. Marielle, pour couper court à l’émotion, celle qui lui piquait le nez, et lui brouillait la vue, applaudit la première lorsque le plateau fut posé sur la table de la salle. Ce fut un ban qui récompensa le sculpteur en herbe et à l’unanimité le premier prix lui fut accordé.

 

 

 

A Armirat, un jour tranquille de Décembre, arriva sans crier gare, un groupe de personnes disparates se présenta et demanda à voir le maire. Celui – ci ne fut pas déçut quand il vit débarquer une délégation d’Armironchins. C’était imposant et inquietant. Marielle, Fanny, Mr Henri, Mr Gedouin, Mme Santorin, le père Pirague, un jeune couple dont il ignorait le nom, étaient arrivés dans son bureau sans crier gare. Il avait bien entendu sa secrétaire crié, mais il avait l’habitude de ses écarts de langage, il comprenait parfois son énervement devant la mauvaise foi de ses administrés. Cette fois elle avait crié plus fort, et, il avait cru, que s’était Roger le cafetier qui s’amusait à lui sortir des insanités de son cru, comme il le faisait souvent. Mais devant ces Armironchins, il crut à une manifestation, et, tenta de se remémorer, se qu’il avait fait où n’avait pas fait, ces derniers temps pour le hameau.

Trois minutes pour le faire. Le chef du groupe était Mr Gedouin, il parla net, fut court et attendit la réponse. Le maire éprouva un soulagement tel, qu’il acquiessa presqu’aussitôt. Il lui suffisait du consentement du conseil municipal, mais il se faisait fort de l’obtenir, répondit- il. Remerciements du groupe, sourires réciproques, poignées de mains, au revoir.

Il en était encore sur le flan. La salle des fêtes ! C’était pour la salle des Fêtes qu’ils avaient fait une telle entrée !

I

ll s’était engagé un peu vite, mais quoi ! Devant des gens aussi déterminés et somme toute sympathiques il avait accepté une proposition inattendue et qui ne devait pas poser problème. En passant en revue le conseil, il ne vit que deux personnes qui s’opposeraient à ce projet Leon le garde champêtre, qui était contre tout quand lui- même était pour, un vieux rabat- joie qui guettait les jeunes roulant en mobylette, pour pouvoir leurs coller des PV avec jubilation, les véhicules en stationnement interdit étaient piégés inévitablement. Ce Leon possédait le don d’ubiquité on avait, en effet, l’impression qu’il sévissait partout à la fois. Il avait été marié, mais sa femme avait fait sa valise au bout de deux mois, ce qui avait participé à aigrir fortement son caractère déjà insupportable.

D’ailleurs, on s’était toujours demandé ce que Nicole avait bien pu trouver à ce jeune homme qui paraissait déjà vieux à force de ruminer, de mâchouiller des vengeances imaginaires contre des personnes inoffensives. Un vieux con quoi !

La seconde était Mme Bijou qui n’en était pas un ! Elle était mercière depuis trente ans et vendais des boutons, des fermetures « éclair », des épingles, ce qui avait du lui attaquer les neurones. Pour piquer, elle piquait ! Tout le monde avait droit à son ironie mordante, même ses enfants et son mari qui la supportaient on ne savait pourquoi. Il y avait des coups de pompe bien plaçés qui se perdaient. Les autres, pensa Louis, sont des gens raisonnables qui ne devraient voir aucun inconvénient à prêter une salle, de toute façon libre ce soir là.

La chose ne fut pas si simple. Il y eut une bataille rangée. La réunion commença par des grimaces, se poursuivit par des insultes et lorsqu’elle se termina, des personnes, apparemment sensées étaient reparties dos à dos en ennemis jurés.

La délégation d’Armironchins, était redescendue, ravie, porter la bonne nouvelle dans tout le hameau. Il ne restait plus qu’a organiser la soirée.

D’abord.ils se comptèrent. Cinq familles seraient absentes, allant passer Noel dans leur famille où a la neige. Pour les autres, il fallait compter avec les grands- parents, les frères et sœurs, neveux et nièces.

Ca faisait du monde !

On finit par arriver au nombre approximatif de quatre -vingt dix – huit, bref cent !

Chacun y alla de plats préparés de pâtés en croûte, de tartes aux pommes

On fit l’achat en commun de nappes en papier, des vins des fromages. Ils furent tous, fin prêts en deux jours.

Mais le feu couvait là- haut, au bourg

 

 

A Salvirat, comme tout bourg qui se respecte, les maisons s’étaient blotties autour de l’église. Elles étaient solidaires les unes des autres, beaucoup plus que leurs habitants ne l’étaient entre eux

La médisance était devenu un sport local, avec, ses équipes, ses adhérents, leurs fanatiques. Si, dans un bistrot, « un étranger » avait le malheur de rentrer, un silence tellement lourd s’installait, que le pauvre préférait ramper vers la sortie, plutôt que choisir de se désaltérer. Il y avait des coups d’œil si tranchants que le malheureux qui en croisait un, se tâtait, pour constater qu’il était bien entier. On pouvait, dans ces cafés, croiser des gueules de gargouilles et celles- ci n’étaient pas descendues de l’église. Souvent, elles restaient sur le pas de leur porte, attendant que le chaland passe. Le pauvre, harponné par une main de sorcière, avait droit,  non seulement aux ragots, mais à l’haleine de hareng saur émanant d’une bouche hargneuse, qui soupesait chaque mot, chuchotait chaque syllabe avec délectation. Ceci étant dit, il me faut ajouter que la majeure partie des habitants était très sympathique, mais indifférente.

 

A deux jours de Noel, tout Sarvirat était sans dessus- dessous.

Quoi ? Les Armironchins osaient demander une faveur ?

Eux qui n’étaient que des pièces rapportées ! Des gens pas d’ici ! Pas des vrais, ils osaient !

Il y avait à Salvirat, une personne, bien sous tous rapports en apparence, qui n’était que pourriture intérieure. On le voyait se balader, du matin au soir, un sourire à la bouche, droit, cheveux argentés, tiré à quatre épingles

Portant si beau que chacun, jeunes où vieux, répondaient aux sourires par des sourires, répondaient aux questions paraissant anodines par des réponses fournies et franches. Il faisait très fort le salopard ! Mixant à sa manière tous les renseignements donnés, il semait des graines de soupçon à tous vents et, cela fait, admirait son travail.

Deux jours avant Noel, il se mit à pleuvioter, une pluie sale et grise qui s’infiltrait dans les cols, dégoulinait en pleurant le long des carreaux, se coulait insidieusement dans le moindre interstice et faisait que la vie paraissait moche.

Julian était dans sa chambre et, presqu’à contre cœur, avait pris la maudite boîte, en partie cause de sa déprime. Elle occupait ses pensées depuis que le chambardement du rangement lui avait fait redécouvrir. Jamais elle n’avait quitté complètement ses pensées, mais il avait réussi à l’atténuer, à la dissoudre, à la noyer dans un minuscule coin de sa tête. Maintenant, il fallait trouver ce qu’il allait pouvoir en faire. Il ne s’était jamais résolu à en parler à ses amis, même à ses amis. Même à Joachim Il avait bien eut quelques velléités, mais s’imaginant la réaction de son camarade, qui balaierait tout ce qu’il prendrait pour des mensonges, et le haussement d’épaules qui s’en suivrait, il s’était abstenu.

Il pensa à la soirée de Noel qui verrait tout le monde réunit et eut l’idée subite d’utiliser ce beau moment pour évacuer son secret et une illumination intérieure fit, qu’il sauta de joie, en poussant des cris d’indiens, le lustre de la salle en trépida dangereusement.

 

Par jidelvi - Publié dans : roman
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 14:40

Chez les Mungier, Marielle et Pierre avaient eu une longue discussion. Les cadeaux des enfants étaient achetés depuis longtemps, ils les échelonnaient sagement tout au long de l’année. Restait le concours. Il fallait récompenser Sophie elle le méritait, ils avaient été vraiment soufflés par son travail. Elle rêvait de posséder un chien, eh bien elle en aurait un ! Au diable les inconvénients ! Le refuge n’était pas loin et sous prétexte de faire les dernières courses.ils partirent. Les enfants d’ailleurs étaient occupés, Violaine avait dormi dans la chambre de Fanny et les deux amies discutaient tranquillement. Sophie amusait Jonathan avec des histoires, les deux autres garçons étaient sortis prendre l’air.

Justement il avait changé. On avait d’abord eu du froid sec, puis la pluie maigre mais gelée était tombée et Marielle et Pierre furent surpris, en sortant de voir voleter des moucherons blancs, Pierre rentra et prévint les enfants « il neige «  !

Ca c’était un vrai bonheur, il y avait des années que Noel n’avait pas été blanc et il manquait un petit quelque chose comme la cerise sur le gâteau. Arrivés au refuge, ils n’eurent aucun mal à trouver le chien idéal .Il avait deux mois et demi, était le dernier d’une portée de quatre, noire, frisée et minuscule, des yeux innocents en boutons de culotte, elle était installée bien au chaud chez le gardien Sa maman caniche noire avait « fauté » avec un chien de même race et même taille mais celui- ci était abricot ! Sacrilège ! Madame la propriétaire était venue apporter les chiots à peine sevrés. Les trois mâles étaient déjà partis. La chienne n’était pas plus grande que la main de Pierre. Ce grand costaud se trouvait maladroit avec ce bébé et le tenait trop serré contre sa veste. Marielle rit, prit le chiot et le glissa bien au chaud sous son manteau. On ne voyait que la truffe qui passait. Tout fut vite réglé, et la petite bête pelotonnée contre la poitrine de Marielle ne bougea pas durant le court voyage du retour. Ils s’arrêtèrent chez l’ancien cultivateur qui habitait encore le corps de ferme, sa femme et lui élevaient des lapins et des volailles et arrondissaient ainsi leurs fins de mois en vendant les œufs et les poulets. Marielle était bonne cliente et passait chaque semaine, même si elle n’avait rien à prendre. C’était des gens charmants qu’elle avait su amadouer, ils acceptèrent de garder le chiot pendant une journée. Il fut convenu d’un stratagème.

 

 

 

Les garçons jubilaient ; Il neigeait ! Ils attendaient ça sans trop y croire, mais cette fois, ça floconnait bien et le ciel était encore chargé de coton. Ils étaient sortis avec leurs rollers et s’amusaient au carrefour où les avaient rejoint d’autres copains, en glissant sur la très mince pellicule, déjà posée sur le bitume, tous ensemble, ils avaient formé un cercle presque parfait et s’obstinaient à l’améliorer encore. Ils inventèrent ensuite d’autres jeux Ils s’en lassèrent à nouveau et dégringolèrent la pente en courant pour aller jusqu’à la rivière. C’était à couper le souffle. La nature était décidemment imbattable, les herbes, les joncs, les roseaux, comme figés, étaient immaculés, ils se découpaient sur un ciel quasi violet. Quand à la rivière, l’eau semblait couler avec un bruit clair plus cristallin qu’a l’habitude, on aurait juré, qu’elle flirtait avec les flocons, qu’elle engloutissait dés qu’ils avaient la témérité de la toucher. Le vent du Nord faisait que les arbres participaient à la fête du blanc. Leurs troncs retenaient de ce côté, une couche uniforme qui leurs enlevait leurs aspérités, on avait l’impression qu’ils étaient plus hauts plus forts. Sensibles à la beauté du site, personne n’osa troubler ce cadre pur et ils allèrent faire craquer sous leurs pieds la pelouse de leur stade. Bien défoulés après deux heures de ballon, ils remontèrent, ils savaient que ce soir, ils se retrouveraient là- haut.

Lorsqu’il arriva devant chez lui, Julian remarqua aussitôt, la paire de bottes posée à côté du paillasson de l’entrée. Il ne se pressa pas pour autant, il pensa à Pierre, Monsieur Henri où Monsieur Gedouin. Il entra comme d’habitude, par le sous- sol, ne prêta pas attention aux voix qui lui parvenaient, pourtant, lorsqu’il poussa la porte de la cuisine pour y prendre son goûter il fut surpris et s’arrêta. Il reconnaissait cette voix. Celle qui répondait aux questions d’Hélène . Julian poussa la porte de la salle et reconnut l’homme assis dans le fauteuil qui faisait face à celui de sa mère ; Il le voyait de profil ; Jeune, cheveux courts, veste en jeans, mains mobiles, il avait l’air très à l’aise, souriant et plutôt sympathique au premier coup d’œil, pensa Julian. Hélène l’aperçut, lui sourit et lui présenta Monsieur Chevallier, qui l’impressionna en dépliant son mètre quatre vingt dix au moins.

Bon sang, il lui avait écrasé au moins quatre phalanges ! Sympa, mais trop costaud.

Qu’est- ce qu’il voulait ? Il eut vite la réponse sans avoir posé la question.

Monsieur Chevallier est venu prendre de tes nouvelles.

Encore ! se dit Julian. Mais qu’est ce qu’il voulait encore c’ui- là. J’veux pas retourner là- bas. J’ai trop la trouille. Ce flic là, il était quand même bizarre .Qu’est qu’il cherchait ?

C’était justement ce qu’il était en train de lui expliquer.

-J’ai vraiment arpenté les bois, je n’ai rien trouvé, je n’ai pas le moindre point de repère et sans ton aide je n’ai pas la moindre chance.

-He ben, qu’est que je m’en fous moi ! se dit Julian. De quoi j’me mêle ? D’abord c’hai pas ou c’est et puis même si j’m’en souvenais, pourquoi que j’lui dirais ?

Le regard du gamin devait juger et jauger son interlocuteur car Monsieur Chevallier lui dit tout de go : accepterais- tu de m’aider ?

-Ch’ai pas. Tu ne sais pas quoi ? Tu ne veux pas m’aider où bien tu ne tu ne te souviens pas ? Les deux.

La réponse était catégorique, il n’y avait plus rien à ajouter.

L’air désappointé le gendarme s’apprêta à prendre congé, mis Julian prit de remords s’empressa d’ajouter

-Je veux bien chercher avec vous, si vous voulez, quand y f’ra beau.

-Bien jeune homme, merci beaucoup. Formule de politesse, et patati et patata, et repatati et repatata auprès de maman. C’a y est il est parti.

Hélène lui fit remarquer qu’il n’avait pas été très aimable. Il lui rétorqua, aussi sec que ça compensait, elle, elle l’avait été beaucoup trop ! Hélène faillit utiliser sa main, se retint, pris un air songeur pendant que Julian fonçait dans sa chambre.

Lorsqu’il arriva en haut, Marjorie était comme,une héroine de bd jambes écartées, poings sur les hanches, yeux révolver.

Les plaquettes de freins de ses chaussons furent sollicitées et il s’arrêta net, le carambolage n’était pas passé loin !

Espèce d’andouille ! Tu ne peux pas ficher la paix à maman ?

Faut toujours que tu gâches tout !

Elle a été d’accord pour l’ordinateur, elle fait tout pour nos rendre heureux, elle s’est donnée à fond pour la fête, ça ne te suffit pas ? Sale petit égoïste, j’ai cru pendant quelques temps que t’étais amélioré, j’ai pu constater aujourd’hui qu’il n’en est rien, parfois j’ai honte pour toi.

La porte claqua. Il restait bloqué sur une patte, comme un héron et il le pensait maintenant, il était vraiment une courge.  

Rentré dans sa chambre, à regret, il pensa que sa soeur avait raison. Il n’irait pas lui dire évidemment, mais elle avait raison. Descendre s’excuser auprès d’Hélène ? Allons, allons ! Un homme ne doit jamais avouer ses tords, pas lui en tous cas.

Pourquoi avait- il été aussi agressif  envers elle ? Il n’en savait rien. Ce type, il l’avait trouvé sympa mais un peu collant, et puis Hélène lui souriait, du même sourire qu’elle avait quand elle le câlinait de temps en temps. Quand elle lui passait la main dans les cheveux quand ils regardaient un film ensemble à la télé et qu’ils riaient, en même temps, des même blagues. C’était son sourire à lui et il ne devait pas servir à d’autres.

Ca le mit de mauvais poil et il décida de mettre tout ça aux oubliettes. Pour l’instant il avait autre chose à faire. Vidant un sachet de bonbons en vrac sur son lit, il garda le paquet et le remplit de dragées, des dragées qui trainaient dans le meuble de la salle depuis le lointain baptême d’un petit voisin. Julian prit la boîte à corne, dans son placard- elle y était retournée après le grand nettoyage- et doucement souleva le couvercle. Il ne savait pas pourquoi mais il avait toujours un peu peur. Il prit la corne, le plus délicatement possible- ce qui relevait de l’exploit- et fit tomber les perles une à une dans le sachet de dragées auxquelles elles se mêlèrent, puis il remit la corne dans la boîte, il restait trois perles à l’intérieur, elles étaient destinées à Sophie . Il lui offrirait demain jour de Noel.

Ce soir c’était la fête ensemble. Demain le jour des amis. La famille Santorin, celle des Mungier et Monsieur Henri passeraient Noel ensemble chez ce dernier il l’avait proposé spontanément.

 

 

Il était six heures du soir, la nuit était tombée. Un groupe s’était formé à un bout du village et, au fur et à mesure, de son avancée il grossissait. Des rires et des exclamations ponctuaient les pas crissant. Chacun portait, avec bonne humeur son fardeau, le contenu de celui- ci agrémenterait la soirée à un moment où à un autre.

Certains des hommes avaient sur leurs épaules des enfants rigolards- les plus petits- les pompons de leurs bonnets se soulevaient et retombaient au rythme de la marche et ressemblaient à ceux des manèges de la fête du pays.

C’était bien à une fête qu’on se préparait et déjà là-haut, dans la salle, le buffet avait été dressé. Des piles d’assiettes, des rangées de verres, des bacs de couverts attendaient. La décoration, pourtant rapidement mise en place était superbe et les corbeilles, confectionnées par le père Pirague et ses émules garnissaient les tables, elles étaient remplies de fruits de saison.

Quelques personnes âgées avaient été amenées par Pierre et Monsieur Henri et, déjà installées, avaient attaqué les conversations. Comme on était un peu sourds, on parlait fort

Ravies de se retrouver, elles avaient du temps à rattraper, et les souvenirs communs revenaient vite aux mémoires défaillantes. Des mains usées par le travail et nouées par les rhumatismes, voletaient pour appuyer certaines paroles et des sourires parfois édentés prouvaient que, déjà, on s’amusait bien.

Un couple âgé se tenait un peu à l’écart, et tout un chacun avait été surpris qu’ils aient accepté l’offre de Marielle, mais ils avaient fait l’effort d’être là et étaient tous deux très élégants.

Ils habitaient une grande maison bourgeoise entourée d’un parc, qu’un jardinier, pris à plein temps, entretenait parfaitement. C’était une vraie merveille, disait- il, mais personne d’autre que lui n’avait pénétré sur la propriété. Ce couple avait fait l’acquisition du « château », comme l’appelaient les gens de la région, il y avait une dizaine d’années maintenant, mais ils y vivaient en reclus et ne recevaient jamais. Des rumeurs circulaient, colportées par une femme, quelques temps, employée par ce couple. D’après elle, l’ameublement, les tapis, l’argenterie étaient de toute beauté, mais aller savoir. Cette femme de ménage avait été renvoyée on ne sait pour quelle raison. Toujours est- il qu’elle avait eu le temps d’expliquer à tous ceux qui voulaient l’entendre que, bizarrement le couple vivait exclusivement dans deux pièces du rez- de- chaussée et n’en sortait que très rarement.

Ces personnes devaient faire leurs courses en ville car aucun des commerçants du bourg ne les connaissaient.

Des personnes rapportaient les avoir vu au cimetière. Ils entretenaient une tombe très simple en marbre noir. Les curieux étaient allés voir, après leur départ, mais, à leur grande surprise aucune inscription n’apparaissait sur la pierre.

 

D’autres groupes étaient debout et des enfants couraient autour d’eux.

Vers sept heures, une sangria fut servie et des petits fours l’accompagnaient. L’ambiance était chaleureuse et les gens du bourgavaient été invités cordialement à ce pot de fin d’année. Le maire était là, quelques conseillers aussi. Ils étaient venus mais tous comme le curé qui était passé rapidement, étaient restés peu de temps, chacun rejoignant une famille qui les attendait.

Le diner se déroula gaiement, on entendait parfois de grands éclats de rire qui dégringolaient en cascade, et, communicatifs, en entrainaient d’autres .

Le temps passa vite, on en était aux fromages, quand, Fanny et Violaine qui s’étaient occupées de la sono et avaient mis de la musique en sourdine, prirent le micro et surprenant tout le monde, interprétèrent une chanson que beaucoup connaissaient et reprirent au refrain. Monsieur Henri, sollicité, repris quelques chansons d’autrefois.

Il était onze heures et demi environ lorsque le dessert déjà servi, Monsieur le curé revenu, on mit des tasses devant les adultes désirant du café, des petits verres pour réchauffer à l’alcool du coin, les estomacs qui en éprouvaient encore le besoin. Certains s’étaient emplis au fur et à mesure d’un petit vin coquin servi à volonté.

Si les jeunes avaient carburé au jus de fruits, d’autres étaient déjà bien avancé. Le père Pirague qui était un professionnel de la bouteille, rigolait en voyant Monsieur Gregouin, le fermier, Monsieur Henri et Monsieur Mungier, le curé et quelques autres qui, eux, étaient des néophytes et qui, tous, s’étaient imbibés petit à petit, un petit verre suivant l’autre. C’était maintenant à qui serait le plus fort en gueule et eux si polis d’habitude, se coupaient allègrement la parole, racontaient des blagues plus que douteuses. Les femmes, les laissant à leur « piquage » de nez s’étaient éloignées un peu pour pouvoir s’entendre et regardaient, de temps en temps, d’un œil amusé et indulgent, ces gaillards, qui seraient bien surpris de se voir dans cet état, lorsque les photos qu’avaient pris les enfants, ravis de la tournure des évènements, auraient été développées !

Si Guillaume Julian et Jonathan restaient accrochés à la table des hommes et riaient sans bien comprendre les grosses blagues, Joachim s’en était éloigné et paraissait soucieux de voir son père dans cet état.

Il rejoignit le groupe des jeunes. Certains d’entre eux dansaient. Il s’assit sur l’estrade à côté de Sophie qui souriait en regardant s’agiter les tout petits. Dans un coin, on avait étendu une couverture sur laquelle dormaient deux bébés, pas gênés le moins du monde par ce capharnaüm

Le curé partit le premier. Il n’avait pas paru le moins du monde gêné par le vocabulaire épicé de ses compagnons de tablée. Il voulut être crâne et montrer qu’il assurait. Malheureusement, sa démarche était chancelante et il loupa la porte. Il faillit tomber à la renverse mais Joachim, qui l’avait suivi des yeux était là pour le retenir et il le ramena au presbytère tout proche. Le froid assomma le prêtre qui divagua tout au long de la centaine de mètres qui le séparait de son lit sur lequel il s’affala. Il se mit à ronfler. En voilà un qui aurait mal aux cheveux demain matin, et pourtant c’était Noel et il devrait être frais pour l’office.

Le groupe des anciens s’était disloqué et les hommes tapaient le carton. Ils alternaient rires, toussotements, gueulements, ce qui prouvait qu’ils étaient heureux.

Chez les dames on avait fait des petits groupes générationnels et l’on distinguait parfaitement les dominantes des dominées. Ces dernières restaient bouche bée, accquiessant du chef de temps en temps, tandis que les autres- qui tenaient enfin un auditoire et n’avaient pas l’intention de le lâcher- lançaient des mots comme des flèches et les postillons volaient en rase- motte.

Julian jugea qu’il pouvait agir. Il alla chercher le sac de dragées et de perles et commença à le présenter à toutes les personnes.

Certaines refusèrent en le remerciant, d’autres se servirent et le gamin, les neurones aux aguets, se mit à guetter ceux qui prenait une perle. Il avait les circuits complètement allumés et il s’efforça de retenir le nom de ceux qu’il connaissait, la tête des autres- ce qui était plus difficile- mais se débrouilla ensuite pour poser les questions adéquates et faire en sorte d’avoir une liste complète. Un vrai flic !

 

Ce sont les femmes qui ramenèrent les personnes démunies de moyens de locomotion chez elles. Mais la neige n’avait pas cessé de tomber en abondance et elles mirent du temps pour ce faire. Le père Pirague et sa femme étaient redescendus à pieds en compagnie des fermiers. La cultivatrice qui protégeait ses mains du froid, les avait mis dans ses poches. Elle trouva dans l’une d’elles, une perle qu’elle n’avait pas osé refuser- son régime très strict lui interdisant le sucre- la balança discrètement dans la neige qui nivelait déjà les talus .Ils se quittèrent bientôt, Madame Pirague embrassa de bon cœur, Madame Robut, la fermière, serra énergiquement la main de son mari, en leur souriant et leurs souhaitant bonne nuit. Son mari était en arrêt, comme gelé, la bouche ouverte, et lorsqu’il vit sa femme s’éloigner dans l’allée de leur maison en chantonnant, il se dit qu’il fallait qu’il arrête de boire.

Chez les Mungier, Jonathan se réveilla le premier, on aurait pu parler d’instinct, il s’était programmé, il savait qu’en bas, les cadeaux attendaient. Papa et maman les avaient posés au pied des branches givrées, avant de monter se coucher.

Il s’agita dans son lit, ne put tenir, se leva, alla pieds nus, frapper à la porte de Sophie. Elle était réveillée, lui ouvrit la porte, et ils attendirent en chuchotant et en riant. Ils entendirent les garçons se bagarrer et les rejoignirent.

Jonathan avait l’habitude de chahuter avec ses frères, mais Sophie, la sage, la posée, la solitaire, ne participait jamais à ces jeux qui lui faisaient un peu peur. Pourtant ce matin là, elle se mit au diapason, et ses frères suffoqués reçurent sans broncher, les minis coups de poings de Sophie et la regardèrent sauter sur les lits comme s’ils craignaient pour sa santé mentale. Elle éclata de rire et fila à toute vitesse dans l’escalier, le dévalant quatre à quatre. Marielle , qui était déjà descendue, avait un bol de café à la main et reçut les assauts de sa fille cadette, non seulement avec surprise mais chaudement, le café s’étant répandu sur sa robe de chambre. Pierre qui était à table et se tenait la tête dans les mains, leva un regard, comme gommé, et parut sortir de la brume dans laquelle l’avait mis l’alcool, en voyant sa fille sautillant comme un cabri.

Les garçons étaient descendus et tous regardaient Sophie. Leur attention fut attirée par Fanny qui, dans l’encadrement de la porte de la cuisine, était tout sourire. Elle était pomponnée, avait mis une robe élégante, des chaussures à talons- empruntées à sa mère- et s’était maquillée légèrement, ce fut le coup de grâce pour les garçons et leurs parents.

Fanny, la lycéenne type, celle qui  jeansait, basquetait et pulloverait à longueur d’année ! Elle était très belle, et paraissait plus âgée. Sa sœur lui sauta au cou, pendant que leur mère, avec un serrement de cœur, voyait disparaître l’enfance de sa plus grande.

 

 

 

Au presbytère, le curé avait bien cuvé et très bien récupéré. A sept heures il était debout, avait fait sa toilette et devant le miroir de la salle de bains, tout en étalant de la mousse à raser, fredonnait sans même s’en rendre compte, « viens, poupoule, viens poupoule, viens ». Il entendit, plus loin, dans l’arrière cuisine, un bruit de vaisselle cassée et marqua sa surprise en stoppant net sa chansonnette.

 

 

-Tiens se dit- il. C’est pas le jour de Sidonie !

Mais la pauvre vieille qui s’occupait du curé depuis des années, ne l’avait jamais entendu chanter que des cantiques où de la musique classique, à la limite des airs d’opérettes mais….Oh jamais ça !

Elle jeta un œil par la fenêtre pour voir si quelqu’un avait pu l’entendre. Non, Ouf !

Elle ramassa les restes du bol, et s’apprêta à en prendre un autre dans le buffet. Elle se sentit happée par un bras vigoureux et le curé lui saisissant la main qu’elle avait levée, l’entraina dans un rigodon où un swing, enfin ….Un machin, qu’il était, de toutes façons inconvenant de faire.

-Sainte vierge Marie Jésus ! Mais allez- vous me lâcher ! Cria t- elle dans l’oreille du prêtre, ce qu’il fit immédiatement. La pauvre femme, étourdie, faillit se farcir l’angle de la cuisinière et atterrit, on ne sait encore par quel miracle, sur le fauteuil à bascule que le prêtre utilisait pour sa sacro- sainte sieste.

Groggy, Sidonie resta trente secondes à regarder tourner le plafond et fut dans l’incapacité de se sortir seule de ce maudit siège qui continuait à tourner !

Hilare, le curé lui prit la main, la tira hors de ce piège et hurla : Alors ! Ma bonne Sidonie, la pèche au jour d’hui ?

S’en était trop pour la bonne vieille qui ôta son tablier et partit le plus vite que purent lui permettre ses jambes arthritiques. Elle poussait de petits cris de souris effrayée et ceux qui la virent passer eurent des points d’interrogation plein la tête.

Bon ! C,était pas le tout de s’amuser, il faut travailler s’exprima le curé à voix haute. Il était déjà la demie, il devait aller dire sa messe. Il le fit tout aussi sérieusement que d’habitude, puis prépara la grand’messe de dix heures trente.

A l’orgue, il reprit les accompagnements des cantiques que devait interpréter la maigre chorale, longuement entraînée, et y mis une telle fougue et une telle vigueur que des personnes, passant devant l’église, s’étaient arrêtées et étaient entrées pour l’écouter. Monsieur Gregouin, le mécréant, en faisait partie et se mit à frapper des mains en rythme ; Le curé se retourna, aperçut notre homme et, surpris, en écrasa une fausse note qui monta le long des tuyaux et s’enfuit à tire d’ailes, aidées en cela par la kyrielle d’anges qui passaient dans le silence revenu. Le prêtre, se leva, alla serrer les mains des personnes présentes, leurs souhaita une bonne journée de Noël et, s’arrêtant plus longuement auprès de son compère de soirée, bavarda avec lui, de petits touts et de grands riens. Il se sentait en harmonie avec ce grand bonhomme, agréable et bon qui faisait beaucoup plus pour ceux qui en

avaient besoin que certaines de ces grenouilles de bénitier, qui faisaient acte de présence, priaient égoïstement pour elles, supposant que le ciel leur était acquis puisqu’elles assistaient régulièrement aux offices. Elles risquaient d’avoir des surprises.

 

 

 

 

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Julian vit les murs de sa chambre tanguer dangereusement, tenta d’échapper au séisme se retenant au bois de lit, mais, il fut éjecté

, et se retrouva sur le ventre par terre. Le sol tremblait et il eut si peur, qu’il hurla. Deux éclats de rire lui répondirent et il s’aperçut, alors, que son matelas le recouvrait et que sa mère et sa sœur venaient de le sortir brutalement du sommeil profond dans lequel il était plongé…..Deux folles !

Elles le sortir complètement de son coma léger, en le prenant, l’une par les pieds, l’autre par les bras et le balancèrent. Elles riaient tellement, qu’elles avaient du mal, malgré son petit poids à le soulever et ses fesses rabotèrent plusieurs fois, le plancher, ce qui acheva de le mettre en boule. Il s’agita tant qu’elles finirent par le laisser tombé brutalement. Joyeux Noël , Julian ! Complètement fêlées ! Il se releva, en se frottant le postérieur, leur lança un regard noir et prit le parti de descendre sans dire un mot et fut couvert de huées.

Mais qu’est ce qu’elles ont ?.. …Ah ça commençait bien Noël ! D’abord, il était quelle heure ? Sa montre lui répondit, huit heures. Il ne la crut pas, la secoua, et s’empressa de vérifier sur le magnéto. Huit heures !...Elles ont pété les plombs, où fait sauter le compteur, moi, je remonte me pieuter. A peine avait- t- il posé le pied sur la première marche de l’escalier, qu’il reçut deux oreillers en pleine poire, se retrouva assis sur le paillasson et, dans le cirage, choisit d’aller s’allonger sur le canapé. Ce ne fut pas long. Marjorie et Hélène vinrent le chatouiller et il renonça, en prenant une attitude de vieillard, traînant les pieds, bras ballants et la tête basse s’assit à la table de la cuisine sur laquelle il s’effondra, la tête dans les bras.

Hélène et Marjorie, déjà habillées, ayant déjeuné, décidèrent une mi- temps pour ce tout petit, minuscule, minable bonhomme, qui releva aussitôt la tête, car les commentaires avaient été faits suffisamment fort pour qu’il les entende.

Cette fois, à trois, ils montèrent les cartons qui contenaient les différentes parties de l’ordinateur et cette fois l’enthousiasme fut unanime.

 

 

 

 

 

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Georgette, Madame Pirague, s’était levée en sifflotant. Son mari, la bouche ouverte, ronflant comme sa vieille tondeuse, sembla s’en étouffer, soupira de bonheur. Un rossignol était entré dans son rêve et venait de se poser sur son épaule. L’oiseau se remit à siffler, mais cette fois, il prit la forme d’une locomotive à vapeur et fonçait sur lui. Il crut qu’il criait et se réveilla en sursaut, surpris de se trouver dans son lit. Georgette, en petite chemise de nuit, se baladait dans la chambre, allait de la penderie au miroir, choisissant une robe, la plaçant devant elle, tournait la tête de droite à gauche pour juger de l’effet produit, répétant ces gestes et posant, au hasard les tenues rejetées. Ce faisant, elle sifflait. Elle sifflait n’importe quoi, mais elle sifflait joyeusement

Lucien, le père Pirague, se recoucha, se mit la couverture par-dessus la tête et dit tout haut : toi, mon petit père, tu picole vraiment trop, fini la bouteille, c’est le début du délirium !

Ce qui l’inquiétait, c’est que le sifflement continuait. C’était sans doute une de ses oreilles qui délirait. Mais ça devenait tellement gênant, qu’il rabattit la couverture, s’assit dans, et secoua la tête. Ca ne suffisait pas. Il avait les yeux fixé sur le lit et aperçut un monticule de fleurs de ramages colorés, et ca tombait ! et ça tombait !

Cette fois il était atteint et il eut peur d’être devenu fou. Il ferma les yeux, les rouvrit et aperçut une femme en petite tenue. Il regarda avec plus d’attention, et vit que c’était la sienne.

-Georgette ?

-Oui ?

C’était bien elle !

Ben, bon Dieu de bois ! Ca faisait bien longtemps qu’il l’avait pas vu comme ça !

IL sortit du lit, se trouva ridicule avec son vieux caleçon et se recoucha vite fait.

Elle était encore belle, sa femme !

Oh !...Il se souvenait d’elle quand il l’avait connue. Une sacrée belle fille, vingt Diou ! Et il en restait bien des choses, ma foi !

Il profita de l’absence momentanée de Georgette, qui avait enfin trouvé la toilette idéale pour s’enfuir dans la salle de bains, ou, pendant une demie- heure, il se décrassa.

Ca faisait déjà bien longtemps qu’il avait pas pris de douche. C’est couillon, se dit- il, ça fait du bien et on se sent plus léger.

La journée commençait bien .

 

 

 

 

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L’église était pleine, il y avait même des personnes debout. L’affluence n’était pas seulement due au fait que certains avaient été empêché la veille. Les familles des familles des familles étaient là aussi et les pierres de l’édifice, auraient pu saluer cettes assemblée en commençant par « messires et gentes dames » car on à l’âge des veines de ses pierres. L’église était donc archicomble. Peut- être était-ce du à ce temps délicieux, vif et frais, clair et scintillant qui maintenait la neige en place et donnait quelques stalactites aigues du côté Sud des habitations et faisait qu’on se sentait en harmonie avec la nature.

Le curé, le père Joseph, plaçait les enfants au fur et à mesure de leur arrivée, dans les deux travées du cœur, sachant qu’à pareil endroit, ils seraient plus attentifs. Le prêtre attendait, souriant, au pied de l’autel que les portes puissent se refermer, et regarda discrètement sa montre. Dix heures quarante- cinq. Il fallait commencer.

Il avait vu arriver et se placer au premier rang, Monsieur et Madame Aley les « chatelains » qui n’étaient pas des habitués des offices. Il fut surpris également, en voyant se placer près d’eux, un couple si inattendu, qu’il marqua tant sa surprise par un regard appuyé, que bien des têtes se dévissèrent pour apercevoir ce qui causait une telle mimique. Monsieur et Madame Pirague, bras dessus, bras dessous, s’étaient avancés comme des jeunes mariés, un peu empruntés. Pirague était méconnaissable. En costume gris, chemise, cravate et chapeau à la main, cheveux calamistrés et sourire appareillé, il cloua le bec à plus d’un. Il faut dire qu’on avait l’habitude de le voir attendre sa femme au bistrot, où il sirotait des petits jaunes avec ses copains toujours assoiffés. Madame Pirague était encore plus élégante qu’a l’accoutumée et, souriait ce qui ne lui arrivait pas si souvent. Les autres visages lui étaient presque tous connus, c’étaient les familles des environs, du bourg comme du village, des hameaux perdus dans les creux de bocage, certaines même venues de la ville et ayant leurs habitudes ici.

L’office se déroula normalement, ponctué par les traditionnels chants de Noël. Le prêtre en étonna plus d’un en montant en chaire ce qu’il n’avait pas fait depuis bien des années. Il fit un panoramique de l’assistance, fouilla si bien, sonda si fort les consciences, que certains trouvèrent soudain un grand intêret au dallage de l‘église. Allez savoir pourquoi ! Tout le monde, où presque se sentit visé par les mots durs employés par le prêtre, qui visaient l’indifférence, la violence et pour terminer prônaient la tolérance . Certains des termes employés avaient été si durs, que l’écho les répercutant les avaient fait se cogner aux piliers et à la voûte ce qui les rendaient plus forts encore. Le prêtre termina son homélie par des mots réconfortants, et souhaita à tous une bonne journée.

Il se mit à l’orgue. La chorale était en place pour entonner le dernier chant. Le curé commença sur un rythme inhabituel qui coupa le sifflet aux chanteurs désorientés. Ils se regardaient, commençaient une syllabe mais c’était tellement discordant que s’en était lamentable ! Complètement perdus ! Ils s’agitaient , hochaient la tête bref, c’était un fiasco.

Le Père Joseph, imperturbable, continuait sur le même rythme et encourageait de la tête ses ouailles. Peine perdue. Soudain, une voix forte, basse, subtile attaqua un A—lléeee-louuuu-iia Ca s’agita, autour de Monsieur Henri, quelques voix timides tentèrent de suivre et, s’enhardissant, se mirent au diapason. Une voix de soprano sublime s’envola vers la voûte, ponctuant de notes d’accord, le chant repris par tous. C’était Madame Aley. Les pieds se mirent à battre la mesure et le curé fit signe aux enfants de claquer des mains, ils s’en donnèrent à cœur joie suivis par l’assistance.

De mémoire d’homme, on avait jamais entendu pareille concorde. Il n’y eut qu’un seul bémol lorsque, Monsieur Gregouin présent, debout au fond de la nef- entendant un grand escogriffe teigneux, dire : on n’est pas chez les nèg…..lui donna une baffe magistrale qui ne correspondait pas au rythme des battements mais ce fut le seul accroc.

Quand le dernier accord fut plaqué- il fallait bien une fin- des applaudissements spontanés jaillirent et, l’abbé Joseph renvoya ses ouailles après leur avoir souhaité, à nouveau une belle journée.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Julian recomptait ses perles. Il y en avait encore. Monsieur et Madame Aley en avaient pris chacun une, en le remerciant, ils avaient un sourire triste et Madame Aley l’avait fixé, regardé attentivement, et il avait semblé à Julian que ses yeux devenaient brillants comme ceux d’Hélène lorsqu’elle était sur le point de pleurer, mais tentait de le cacher.

Madame Pirague avait plongé sa main dans le paquet, avait pris au hasard et avait gagné le « jack- pot » en prenant une perle vert amande opale. Elle avait ri en voyant Julian fixer sa main, elle avait même ajouté : « tu as peur que j’en prenne une poignée, hein ? Julian s’était senti rougir, et, ensuite avait fait plus attention.

Fanny et Violaine avaient pris une perle et une dragée chacune, c’était la gourmandise qui les perdrait.

Julian pour Sophie avait insisté en la priant de prendre une perle et Hélène et Marjorie avaient fait de même.

Les copains n’avaient rien voulu savoir. Ils jouaient au yams et, pris par le jeu, envoyèrent Julian balader.

Madame Marie, la fermière, en avait pris une avec méfiance et l’avait posé près de sa tasse, en le remerciant.

Les hommes n’avaient pas prêté garde au gamin, bien trop occupés à goûter au nectar local, mis à part Monsieur le curé, qui connaissait le loustic, en prit donc une en filant, par la même occasion, une claque dans le dos de Julian. Il le fit tellement généreusement, que le gamin partit en avant et faillit lâcher son sac, il se rattrapa de justesse à une chaise. Il avait amusé la tablée et les hommes s’étaient mis à rigoler.

Pauv’ types, pensa Julian. Maintenant, il était là avec ses perles, et, tenté, en prit une, hésita longuement, mais, à ce moment, Marjorie entra dans la chambre ,du coup il la goba en louchant affreusement, elle avait failli prendre le mauvais tuyau !

-Merde ! Qu’est- que tu fous là ? Tu peux pas frapper, non ? J’ai même pas pu la goûter ! Goûter quoi ? Ca te regarde pas !

Le paquet était en évidence sur le lit .Marjorie réclama un des bonbons qu’elle avait trouvés si succulents la veille, Julian protégea son trésor en tournant le buste, Marjorie sortit, non sans lâcher « égoïste ».

On se retrouva donc chez Monsieur Henri. Peu de personnes connaissaient sa maison, et furent subjuguées par le parti qu’il en avait tiré. Les pièces étaient larges, hautes bien éclairées par de grandes baies, le mobilier, bien que disparate, de toutes époques, était très beau. On Voyait là un chineur de première, qui devait passer ses loisirs à faire les brocantes, nombreuses dans la région. D’ailleurs, lorsque tous virent l’atelier qui avait pris la place du garage, des panneaux sculptés, des pieds de tables et chaises, des portes en piteux état ils surent que tout cela attendait des mains expertes pour reprendre vie. Le jardin devait être magnifique dès le printemps car, malgré la neige, on devinait, des parterres, des arrangements de massifs, des allées qui formait un ensemble harmonieux.

Monsieur et Madame Aley étaient présents. Monsieur Henri les avait invités lorsque tous trois avaient discuté un long moment sur le parvis de l’église. Une surprise attendait les Santorin. Monsieur Chevallier était là aussi. Le propriétaire avait rencontré le jeune homme dans les bois, lorsqu’il cherchait les derniers champignons et l’avait initié à cet art.

Par jidelvi - Publié dans : roman
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 14:38

Depuis ils se rencontraient de temps en temps autour d’une bonne table, en célibataires, et entre eux s’était tissé de solides liens d’amitié.

On prit l’apéritif dans le salon, où un piano à queue prenait une large place. Monsieur Aley osa s’avancer, frappa quelques touches

apparemment au hasard, quelques notes s’envolèrent et, se retournant, il félicita Monsieur Henri, la sonorité était parfaite.

Le déjeuner fut délicieux et animé, le service du traiteur était parfait et les convives aux anges. Au moment du dessert, Monsieur et Madame Aley, surprenant tout le monde (sauf Monsieur Henri qui connaissait ses illustres invités tant il les avait applaudi sur scène à l’opéra ou dans d'autres salles illustres, vinrent se placer, lui au piano, elle debout, la main légèrement appuyée sur le meuble laqué noir. Des notes légères s’élevèrent, éclatantes, et toutes les têtes se tournèrent, les gestes se bloquèrent, chacun se tut. Quand la voix de Madame Aley s’éleva, se fut un éblouissement et chacun sentit qu’il vivait là un moment exceptionnel d’émotion pure. Le récital dura près d’une heure, ponctué d’applaudissements. Lorsque le couple s’arrêta, que doucement Monsieur Aley referma l’instrument, les mains ne suffirent plus. Tous se mirent debout. L’instant magique et radieux fut un cadeau superbe. Sophie, silencieusement, pleurait, n’ayant pas conscience des larmes emplissant ses yeux et qui coulaient maintenant sur ses joues Elle connaissait un moment exceptionnel d’émotion.

Tous quittèrent ensemble Mr Henri et remontèrent l’unique rue. Les Aley avaient prolongé leur visite, Mr Henri avait insisté pour qu’ils restent jusqu’au soir. Les garçons shootaient dans un vieux ballon crevé, d’où des effets aléatoires qui déclenchaient des rires moqueurs, les filles les mères se lancèrent et s’en sortirent mieux que bien, ce qui força les garçons à se surpasser. Ils s’éloignèrent en criant. Une personne s’était éloignée discrètement. C’était Pierre qui se dirigeait vers la ferme pour aller récupérer le jeune et frétillant cadeau destiné à sa plus jeune fille.

Le chiot était décidemment remuant, Pierre avait décidé de le mettre dans la poche de sa veste, mais il dut maintenir la bestiole fermement, celle- ci gigota tout le long du chemin et jusqu’à la maison. Des petits bruits bizarres s’échappaient de sa poche quand il entra dans la salle, son visage restait impassible et il commenta la journée d’une voix forte.

Les garçons jouaient déjà aux cartes, les filles étaient dans la cuisine avec Marielle et semblaient s’amuser, des rires s’égrainaient en chapelet, ce qui fit sourire Pierre. Il monta et ouvrit la porte de la chambre de Sophie et tenta d’installer le chiot dans un carton au pied du lit. Il sortit aussitôt, dévala l’escalier et prit une allure décontractée en s’asseyant dans le canapé. La canaille au- dessus, hurlait et grattait déjà à la porte. Les garçons s’arrêtèrent de jouer, se regardèrent, et, comprirent. La porte de la cuisine s’ouvrit et Marielle- complice de son mari- vint dans la salle suivit de ses deux filles, elles discutaient mais,… s’arrêtèrent pile, quand elles virent la tête des garçons. Muets,ils avaient les yeux dans le vague, pour l’un, exorbités pour l’autre et ceux du troisième regardaient avec attention le plafond.

Marielle sourit en voyant son grand gaillard de mari, l’air décontracté et indiffèrent- quel mauvais comédien se dit- elle-

Fanny avait entendu et compris, elle regardait Sophie qui avait des points d’interrogation plein les yeux. L’étonnement ne dura pas, Sophie avala l’escalier à grande vitesse et ouvrit précautionneusement la porte de sa chambre et prit dans ses bras la petite boule de poils. Le chiot lui nettoya le visage à coups de langue, frétilla comme un poisson hors de l’eau et lorsqu’ils descendirent, elle avait les yeux brillants et embués. Elle embrassa ses parents, le chiot en profita pour en faire autant. Le tout se termina dans les rires et les exclamations, on était heureux dans cette maison.

 

 

 

 

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L’hiver desserra petit à petit ses serres et mourut brutalement. Sans doute de stupéfaction, car il avait mis le paquet. Les pluies verglaçantes, les tempêtes rugissantes, les grêlons lancés comme des pierres brillantes sur la terre durcie, s’étaient succédés. L’hiver s’aperçut donc qu’il était vaincu. Les saules pleureurs, gardiens des saisons, toujours les premiers à vouloir retrouver le sourire, montraient leur bois nus, devenus orangés. Les perce- neige faisaient la nique à la terre et la transperçant, telles de petites épées brandies, blanchissaient en tapis, les sous – bois, le dessus des talus et les bords de l’Archoux, chassant ainsi la dernière neige. Les forsythias commençaient timidement à déplier leurs fleurs et faisaient éclater un jaune brillant dans tous les jardins. Cet hiver si sévère mourut, et, son agonie fut brève.

Il u eut encore quelques grondements sourds, quelques coups de vent bousculant les nuages, mais cette saison fertile en évènements à Armironches rendit les armes définitivement, un jour du mois de mars, où dés l’aube, les lève- tôt, sentirent dans l’air, un je ne sais quoi de suave, de doux, de léger qui les fit chantonner où siffler à l’unisson des oiseaux offusqués qu’on empiète ainsi sur leurs privilèges. Il fallut un bon mois pour que toute la nature s’aperçoive que la terre se réchauffait. Le soleil plus dru secoua les derniers arbres feignants, et, fin avril les fenêtres des maisons restèrent grandes ouvertes, étalant sans pudeur des débordements de draps, couvertures, oreillers, pendant qu’un immense pinceau passait un bleu limpide sur le ciel. Les balais, dans les maisons, faisaient leur travail en envoyant promener les dernières toiles d’araignée.

Pâques approchait.

 

 

 

 

 

 

Hélène était partie à son travail toute la semaine, ses enfants aussi. Julian avait changé, et sa mère s’en inquiètait. Il était plus calme, moins trublion, moins gaffeur, moins gueulard, moins…. Moins quoi ! Elle en venait à se dire que l’entendre dégringoler l’escalier en hurlant, le voir faire le singe et embêter sa sœur, ne plus entendre les portes claquer lui manquait et elle se prenait à passer subrepticement, sa main sur le front de son gamin pour vérifier qu’il n’avait pas de fièvre.

Les résultats scolaires de Julian s’étaient améliorés et à la veille des vacances de Pâques, elle attendait impatiemment son bulletin. Marjorie n’avait pas changé d’un iota, travaillait toujours aussi régulièrement, s’investissait encore davantage dans des recherches, aidée en cela par internet, qu’elle consultait régulièrement. Elle était sortie de temps en temps avec Fanny et Violaine, le cinéma les passionnait, et, le froid n’avait pas arrêté leur fringale de shopping, surtout pendant les soldes.

 

 

Chez les Mungier, rien n’avait changé, si ce n’est le comportement de Sophie, elle était devenue plus communicative, ne se cachant plus pour donner libre cours à son imagination. Bigoudi, son amour de chien était son modèle préféré. Elle dessinait, peignait et modelait, dès que ses études, toujours sérieuses mais ardues lui en laissaient le temps.

Rien n’avait changé dans Armironches, si ce n’est, Mr Pirague. Il avait totalement abandonné la bouteille et, pendant l’hiver, il avait bricolé tous les jours, repeignant la cuisine, mettant des étagères dans le garage, réparant la clôture du poulailler et retapissant la chambre à coucher, ce qui lui avait donné des idées dont sa femme ne se plaignait pas.

 

 

 

Donc Armironches se réveillait.

 

Julian, en fit autant un matin plus fatigué que la veille au soir, heureusement qu’on était samedi, premier jour des vacances, pensa t- il. Il se roula en boule et tenta de se rendormir. Mais des notes de musique envahissaient les circonvolutions de son cerveau et refusaient d’en sortir. Il avait beau essayer de penser à autre chose, la mélodie revenait en force. Il se retourna, se saucissonna dans ses draps, s’énerva et se dépêtra en râlant. Il s’assit sur la moquette en soufflant. Sourcils froncés, les bras entourant ses genoux, le regard fixe, il ronchonna et se posa quelques questions sur sa santé mentale. Aucun bruit ne lui parvenait, sa sœur et sa mère devaient pourtant préparer le petit déjeuner et d’habitude des effluves de café le réveillaient en douceur. Regardant machinalement sa montre, il sursauta. Cinq heures trente ! Les volets ne laissaient passer aucun rai de lumière. Merde… ! Mais c’est pas vrai ! Qu’est- ce que j’ai ? Dit- il tout haut. Il s’étendit sur la moquette, appuyant sa tête sur ses bras repliés, le regard dans le vague, il tenta de ne penser à rien. Peine perdue ! Il revoyait les images d’un rêve qui l’avaient porté hors du temps, cette nuit. Elles passaient comme des diapositives, apparemment sans rapport les unes avec les autres. Julian eut soudain très peur, il se souvint brusquement que, durant son sommeil, il était retourné dans le jardin des perles. La mélodie qu’il avait dans la tête venait de là. Il se souvint d’avoir entendu une femme chanter et maintenant lui venait un regret : il ne l’avait pas vue.

 

 

Dans la maison voisine, une insomniaque, au même moment s’était levée tôt, avait sorti Bigoudi et maintenant, elle sculptait la terre et se laissait aller à son imagination.

 

Marielle et Hélène qui étaient devenues amies, s’étaient, toutes deux étonnées que leurs garçons respectifs n’aient plus repris les vélos depuis leur escapade. Elles en avaient conclus qu’ils avaient été marqués, et qu’il était nécessaire d’agir pour remédier à cela. Elles décidèrent donc d’organiser un pique- nique pour le lundi de Pâques et convièrent tous ceux qui étaient libres ce jour là. Peu de réponses positives leur étaient revenues, beaucoup profitaient de ce long week- end pour aller rendre visite à leur famille où au contraire, l’accueillir.

Elles comptèrent donc ceux qui seraient présents et Marielle dit :

-Donc nous seront onze avec Mr Henri.

Hélène un peu gênée, lui répondit : Non, nous serons douze, Mr Chevallier- que je me suis permis d’inviter- sera présent. Marielle baissa la tête pour cacher un petit sourire entendu, elle aquièsça.

Mr Chevallier était venu plusieurs fois chez Hélène sous des prétextes fallacieux. Marjorie avait compris. Julian aussi mais il refusait catégoriquement d’admettre que sa mère puisse aimer une deuxième fois. D’ailleurs, on avait pas besoin d’homme à la maison, il était là , lui !

Hélène avait besoin d’une épaule sur laquelle s’appuyer et avait toujours un petit pincement au cœur quand elle apercevait la haute silhouette devenue familière. Eric était tout aussi timide qu’elle et leurs sentiments restaient encore intériorisés, bien que l’un et l’autre, tacitement, aient compris que l’attirance était mutuelle.

Le temps serait sans doute de leur côté.

 

Les jours plus cléments étaient bien là. Les ballons étaient ressortis et la jeune herbe du champ du renard en souffrait déjà. Pas un brin qui n’ait déjà souffert de coups de crampons, que les garçons heureux de retrouver leur jeu favori, leur avaient fait subir. Les braillements avaient prévenu tout le hameau qui finissait de s’éveiller. D’un accord tacite, les garçons n’avaient pas encore enfourché les vélos et ceux- ci, punis, s’empoussieraient dans des coins de garage. Leur heure viendrait.

Justement, Julian , ce soir là, descendit au sous- sol sous prétexte d’aller bricoler de vieux jouets et retrouver les boules de pétanque, ce qui s’avérait tâche ingrate et difficile, celles- ci prenant un malin plaisir à se cacher dans des recoins ou personne n’avait pu les mettre . En tous cas pas lui ! Quelles andouilles celles là ! Il enrageait de voir ses copines des beaux jours lui faire des farces. Elles avaient d’imagination, c’était tous les ans la même chose.

Il ne voulait pas regarder dans le coin à droite, en rentrant là ou il était rangé. Il ne se sentait pas prêt encore mais la tentation était trop forte et il jeta un regard rapide à son vélo. Il n’avait pas bougé bien sûr, couvert de poussière et de toiles d’araignée, celles- ci avaient pris location dans les rayons et donnait au pauvre vélo un air abandonné.

Julian appela sa sœur, qui mit un temps infini à lui répondre.

-Qu’est que t’as ?

-Tu viens m’aider, je voudrai faire du vélo.

-Quoi ! Tu n’as pas besoin de moi pour ça !

-Si, viens vite, j’ai la trouille.

La trouille de quoi ? pensa Marjorie. Ah ! Il était beau, l’homme de la maison ! Elle descendit l’escalier tranquillement, arrivée à la hauteur de Julian son regard fit l’allée et le retour de son frère au vélo. Qu’est ce que t’as ?

-J’ai peur des araignées.

-Oh, le pauvre petit garçon ! S’exclama une Marjorie moqueuse, ce qui commença sérieusement à énerver le garçon en question. Ce n’était qu’un début. Marjorie prit un chiffon puis, toutes les toiles enlevées, elle le lança vers son frère, qui , affolé, entama un gymkana endiablé autour de la voiture, des cartons envahissants et de la table de ping- pong. Il hurlait de toutes ses forces sous les moqueries de sa sœur, et s’arrêta pantois, au bout de ce qui lui parut être une éternité. Ses yeux étaient remplis de larmes de détresse et Marjorie se reprocha illico, ce qu’elle venait de faire. Son jumeau était décidemment un garçon sensible et, sous ses airs de matamor, cachait bien des fascettes de sa personnalité, inconnues encore d’elle. Julian, véxé, s’était assis sur un des échelons de l’escabeau, la tête baissée. Marjorie prit le parti de ne rien dire et remonta , ce n’était pas la peine d’en rajouter.

Resté seul, le gamin reprit possession des lieux et lentement, s’approcha de son vélo, vérifia qu’il était redevenu nickel, posa ses mains sur le guidon et renoua avec son frère de métal.

Lorsqu’il se leva le lendemain, sa première réaction fut d’ouvrir la fenêtre. La raison première était que les oiseaux lui avaient paru bien taiseux. Eux qui faisaient un ba rouf dès l’aube.

Il resta planté longuement devant le paysage de rêve qu’il avait devant lui. Une superbe vague rose et bleue nageait à la surface de l’herbe, fluctuant au gré d’un zéphir si léger, qu'aucune feuille ne bronchait.. Seule cette vapeur douce et fraîche était animée. Elle montait et descendait doucement comme si une respiration lui donnait vie. Les arbres embués étaient devenus bleus, chaque brin d’herbe supportait vaillamment une goutte de rosée, le ciel ne s’était pas séparé de la terre et les deux amants se réveillaient lentement. Le soleil s’était fait discret, et leur laissait un répit. Julian compris pourquoi les oiseaux se taisaient. Brusquement, un merle lança une trille, la nature sursauta en même temps que Julian qui lança, p’tit con ! La magie s’était envolée sur les ailes de l’oiseau.

Hélène avait doucement entrouvert la porte de la chambre de son fils, elle venait le réveiller, mais, découvrit une petite tête ébouriffée qui se détachait sur le rectangle clair de la fenêtre. Elle le regarda un instant, s’attendrit devant sa silhouette immobile et fila dès qu’elle l’entendit proférer son juron favori.

Le petit déjeuner était servi lorsque Julian descendit. Il avait enfilé vite fait le premier pull qu’il avait trouvé, mis un pantalon délavé, qui en avait pourtant vu de toutes les couleurs, embrassa ses deux femmes et s’assit devant la plus âgée, la plus jolie, la plus aimée.

Elle a quelque chose qui tourne pas rond, pensa Julian. Il tourna la tête vers sa sœur, elle le regardait. Du coup, il jeta un regard sur sa tenue, vérifia qu’il n’avait pas les coudes sur la table et lança

  

 

 

-Qu’est que t’as ?

Marjorie détourna les yeux et les posa sur sa mère

-Dit lui maman.

Oh ça ! ça sentait le roussi. Quand la journée commençait comme ça c’était où tout blanc où tout noir, bonheur où chagrin, violence où calins et les surprises…….il aimait pas trop, Julian. D'ailleurs, il venait d’avaler une pierre. Son estomac s’était mis en boule, et lui commençait à l’être. Il n’aimait vraiment pas les mystères, sa mère avait posé sa main sur la sienne. Alors là, c’était très mauvais signe, elle avait souvent des gestes tendres, mais celui là, elle s’était pas encore rendue compte qu’il était réservé aux mauvaises nouvelles.

Hélène soupira, prit son élan et dit : votre père vient vous chercher dimanche. Julian se leva si brusquement que sa chaise, offusquée en tomba raide. Le gamin, poings serrés, démarche raide, partit sans un mot s’enfermer dans sa chambre.

Mon père, monpair monperre, monpeire, des litanies de monpère faisaient des pointillés noir sur blanc dans ses pensées. Jamais Julian ‘avait aussi froid. Voilà se qu’il méritait ce type il était devenu un nom propre.

Jamais plus , Julian s’en rendait compte, il ne serait son papa. Des petits ruisseaux transparents et salés coulaient sur ses joues et allaient se perdre sur son oreiller. Il resta longtemps étendu et lorsqu’il se leva se fut pour dévaler l’escalier. Il prit son vélo, sortit. Il se sentait faible comme lorsque l’on vient d’avoir une grosse grippe, il enfourcha son cheval et, dès que fesses eurent touché le cuir de sa selle, il sut que la longue séparation était terminée, il retrouvait son copain.

Tout en partant rejoindre Joachim et Guillaume, il ressassait ses idées noires et se disait qu’Hélène ne méritait pas les misères qui s’étaient accrochés à ses basques, depuis quatre ans maintenant.

Son mari était parti un matin, comme à son habitude et … n’était jamais revenu.

C’était un vendredi, Julian se souvenait parfaitement. Ils s' étaient tous trois rassurés les uns les autres, au fur et à mesure que la soirée s’écoulait. Mais quand dix heures sonnèrent Hélène leur dit d’aller se coucher. Malgré leurs protestations, elle insista, ils n’avaient que huit ans et devaient aller se reposer après une journée d’école.

La nuit fut agitée, mangée par des cauchemars, ils descendirent ensemble, devinant, au silence qui régnait que leur père n’était pas rentré. Hélène était très pâle et ses yeux rougis accusaient la fatigue et le chagrin. Nulle interrogation de la part des enfants, ce qui la soulagea. Ses deux petits avaient compris et les questions viendraient bien assez tôt.

 

 

 

 

Contraire ment à l’habitude, ils ne jouèrent pas immédiatement. Les deux frères avaient senti que Julian n était pas dans son assiette. Lui qui parlait tout le temps, lui qui sifflait comme un merle, lui qui râlait pour un rien, était resté silencieux et s’était assis dans l’herbe aussitôt arrivé. Joachim et Guillaume firent de même et laissèrent faire le temps, Julian déciderait du moment opportun pour crever la bulle de chagrin qui noyait ses yeux et lui chiffonnait le visage.

-Mon père vient nous chercher dimanche.

Ce fut dit d’un ton morne et plat Julian, leva la tête et regarda ses copains pour juger de l’effet produit. Puis la colère enfla, se propageant dans tout le corps et enfin s’exprima par des vociférations et des cris, des exclamations- que n’auraient pas renié un charretier- et des larmes trop longtemps contenues.

-Je ne veux pas voir monpair ! je n’ai plus de père ; Il est parti ? Qu’il reste avec sa .. .. Et qu’il me foute la paix.

Il était debout maintenant, les poings serrés dans ses poches, marchant en tournant, fichant des coups de pieds à l’herbe fraîche torturée. Les deux garçons ne savaient que dire, Julian parla pour eux.

-Oh, bien sûr, pour vous c’est facile, vous ne pouvez comprendre ce qui me fait mal au ventre, vous ne pouvez pas comprendre qu’il est parti quand j’avais besoin de lui ! Je n’ai pas comme vous, pris de bonnes parties de rigolade avec mon père, pas été engueulé quand il l’aurait fallu, pas travaillé à l’école comme j’aurais pu le faire, pas eu de fête d’anniversaire avec la famille réunie, pas de coups de coups de pompe dans le derrière quand je les méritais……

Et, maintenant, après des mois de silence, Môssieu arrive la bouche en cœur, pour nous voler à maman, elle qui a tout fait pour combler le vide que ce type à laissé.

Vous savez ce que je vais lui dire ?

-Fout le camp ! Tu n’es pas chez toi ici !

Je ne veux pas aller avec lui !

Ces mots avaient été martelés, scandés par un pied rageur.

Les deux frères ne savaient que dire.

Julian se tourna vers eux, et, sur le ton de l’excuse leur dit : Je sais que ce n’est pas de vôtre faute, mais, ça m’a fait du bien de vous parler.

-Allez les gars, on va jouer, ça va me changer les idées. C’était parti pour une nouvelle séance de torture pour le ballon.

 

De son côté, Marjorie, si différente de son jumeau, était restée près de sa mère et, silencieuses, elles se tenaient la main. Pas besoin de paroles pour ses deux là, qui se comprenaient sans devoir parler. Elles restèrent longtemps ainsi. Marjorie finit par dire :

-Maman, j’ai peur de la réaction de Julian.

-Moi aussi, répondit Hélène. C’est un écorché vif, et je crains qu’il ne souffre encore plus que toi.

Marjorie ajouta : Elle va être là ?

Sa mère secoua la tête de gauche à droite et répondit, il n’oserait pas. Il m’a dit qu’il vous emmènerait manger au restaurant puis qu’il vous ramènerait ensuite. Marjorie, offusquée se dressa et eut pour son père des mots très durs.

Alors, c’est tout ce qu’on vaut ? Quelques heures, des miettes de temps, des miettes de pain lancées à ses deux oiseaux ? On pourrait crever de faim le reste de l’année ?

Tu ne nous en parle jamais, mais, quand à la fin du mois tu nous fais des pâtes et du jambon, je sais qu’il ne t’a pas versé l’argent qu’il te doit.

Marjorie pleura doucement dans les bras de sa mère.

Le samedi, Marielle et Hélène, allèrent faire des corses au super- marché pour préparé le pique- nique. Elles emmenèrent Fanny, Marjorie et Sophie auxquelles s’étaient jointe la fidèle amie Violaine. Elles resteraient en ville toute la journée. Marielle ayant été mise au courant, elle pensait comme Hélène, que Marjorie zapperait un peu la journée du lendemain.

Pierre s’occupa des garçons et les emmena à la pêche, tôt le matin. Il avait emmené des casse- croûte et ils passèrent une grande partie de la journée au bord de l’eau, le temps était avec eux, il était splendide.

 

Julian sentait ses nerfs vibrer. Drôle d’impression. Il lui avait été impossible de dormir. Il était monté sur piles, toutes en bon état de marche. Lorsqu’il descendit, l’escalier lui joua un sale tour ;Une marche lui échappa et il dévala les cinq restantes sur le dos. Je suis sûr qu’elle l’a fait exprès, pensa t- il. Une colère triste lui écrasait la gorge, il respirait vite et avait l’impression que son cœur faisait un sprint.

 

 

La nuit fut blanche pour le trio. Ils avaient bien tenté, tous trois, de ne pas penser aux heures à venir, mais l’échéance proche, de revoir le, désormais inconnu, qui les avaient abandonnés approchant, les pensées qui envahissaient leur cerveau, ne faisaient pas relâche et c’est avec une mine grisailleuse qu’ils se retrouvèrent au petit déjeuner. D’habitude si coquette, Marjorie était en jeans et basquets un vieux pull, qu’elle réservait aux ballades en forêt, complétait sa tenue. Ses cheveux tombaient sur ses épaules, brossés à la va vite. Julian avait gardé son pyjama, espérant, ainsi évité le départ avec Mr lepaire . Hélène, les yeux cernés, préparait, dans un silence pesant, le petit déjeuner, qui ne serait, pensa t- elle, qu’à peine entamé. Elle somma Julian d’enfiler des vêtements, puis fit un rapide ménage. Le balai se demanda pourquoi Hélène le traitait aussi durement, il fut secoué et balancé dans le débarras et reçu la serpillère sur la tête.

Julian redescendit. Marjorie était assise tête baissée, visage enchifrené, à côté d’Hélène dont les yeux trop brillants marquaient sa fébrilité et son désarroi. Son fils, redevenu petit garçon, s’appuya sur son épaule et main dans la main, les trois chagrins unis, attendirent.

 

Dans la maison voisine, Sophie avait appuyé son front contre une vitre et les yeux rivés sur la route, pensait avec force à ses amis.

 

Le coup de sonnette fut bref mais retentit comme le glas. Hélène se leva et ouvrit rapidement. La silhouette qu’elle connaissait si bien- elle s’en étonna- ne lui causa pas le choc qu’elle attendait, elle le salua brièvement en refusant le baiser fraternel qu’il proposait. Les deux enfants se tenaient serrés, toujours assis. L’homme entra chargé de cadeaux. Ils ne le reconnurent pas, ils reniaient leurs souvenirs.

Julian voyant les paquets, se leva et cracha sa colère douloureuse :

-Fous moi ça à la poubelle, on n’a besoin de rien, ici, ça pue ici depuis que tu es là, j’ai envie de gerber, je le f’rais bien sur ce beau costume.

Son père avait reculé de deux pas, comme un boxeur au bord du K.O.

Hélène très gênée, gronda Julian qui la regarda, les yeux mourants, emplis de larmes, cinglé par ses paroles qu’il trouvait si injustes .

Marjorie, debout, toisa son père, resta muette mais un froid polaire émanait d’elle. Contre toute attente, le père tourna les talons, regarda une dernière fois le trio et avant de sortir, lança d’une voix sombre : je vous verrai quand je le voudrai, à bientôt ! La porte se referma sur lui.

Sophie avait vu la voiture s’arrêter devant la maison amie. Elle sursauta, une boule au ventre, et vit descendre un homme très bien habillé qui marchait à grands pas vers la porte d’entrée. Elle ne pouvait rester seule, son cœur était en détresse et des bulles de chagrin lui emplissaient la tête sans éclater. Elle descendit, rejoignit sa maman, se nicha dans ses bras, maman comprenait, elle comprit.

 

 

Le silence était lourd. Il fallait le briser, c’est Marjorie décida de lui faire sa fête. Elle tourna la tête vers Hélène Vit les larmes couler et sauta au coup de sa mère et lui dit : Non ! non maman, il n’en vaut pas la peine ! Julian s’appuya contre sa maman et le trio vécut un moment difficile. Hélène se reprit, embrassa et avec un sourire chaviré, prit une bonne résolution

Les enfants habiller vous, on va au restaurant puis au cinéma, il n’est pas dit qu’on se laisse abattre !

 

 

 

 

 

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Mr Henri, avait longuement discuté avec les Aley. Il leur avait dit la stupeur qui l’avait saisi quand il les avait reconnus. Les Aley lui avaient demandé d’être discret, ils ne tenaient pas à se qu’un journaliste vienne à savoir où ils se cachaient. Christine Aley avait longuement expliqué, d’une voix atone, le drame qui les faisait encore tant souffrir. Pendant leur carrière ils n’avaient pas le temps de se poser. Ils passaient leur vie sur les scènes du monde entier, sautant d’un avion dans un autre, connaissant ainsi tous les grands hôtels du monde. Ils avaient chargé une agence immobilière, de leur trouver une grande maison au calme, dans un coin retiré. La jeune femme à qui ils avaient confié cette tâche, avait abattu un travail formidable.

Ils avaient pris quelques jours de vacances et, au lieu de se poser, comme d’habitude dans une île lointaine ou personne ne les connaissait, accompagnés de leurs enfants, Angélique et Martin- internes dans un collège du sud de la France- Ils avaient visité beaucoup de demeures choisies selon certains critères. Finalement, ils avaient laissé le choix aux enfants qui passeraient toutes leurs vacances et les longs week- end, dans la maison de leur choix.

Ils avaient été vraiment emballés par cette lourde bâtisse et plus encore par son environnement. Le terrain était envahi par les herbes sauvages, la nature, non disciplinée, ayant repris ses droits. Après le départ de la dame âgée qui l’habitait et qui, l’âge venu avec tous les ennuis qu’il entraîne, avait dû s’exilée dans un village proche ou elle disposait des infrastructures nécessaires a sa santé ébranlée.

Les enfants Aley se fichaient totalement de l’intérieur de la maison, c’est l, extérieur qui leurs plaisait. Voilà qui les changeait de l’internat où tout devait être au carré, aucun droit à l’imagination ! Ici c’était la jungle ! Ce jour là, ils avaient couru pendant des heures dans les herbes folles et étaient revenus ravis, exténués mais heureux, ils n’avaient rencontrés personne, mais la végétation, les vieux murs, les bois, leur faisaient dire que le paradis existait.

La maison portait glorieusement à son fronton « 1840 ». La jeune femme de l’agence, leur avait fait l’historique de cette maison de maître. Elle leur était vraiment destinée, car dès sa construction, elle avait été prévue pour un artiste, un sculpteur, qui avait quatre enfants en bas- âge. Il avait donc prévu six grandes chambres avec cabinet de toilette, de hauts plafonds moulurés, une grande salle avec cheminée, une très grande cuisine et un salon le tout complété par un magnifique escalier en chêne et fer forgé qui desservait toutes les pièces.

Ce sculpteur avait fait bâtir un atelier dans le fond du terrain et employait cinq personnes pour maintenir en état maison et jardins. Ces derniers étaient séparés par une coute haie, d’un côté agrément de l’autre, légumes et fruits. Malheureusement cet homme était décédé jeune, laissant comme seul trésor quelques statues inachevées ce qui avait permis à la jeune veuve de tenir quelques temps, mais l’avait toutefois, obligée de se séparer de la presque totalité de son personnel, ne gardant qu’une cuisinière et le jardinier.

Bref, les Aley conquis, avaient acquis cette demeure pour y installer leurs deux enfants donc tous les mois, pendant les vacances scolaires et tout l’été. Les parents avaient engagé, une gouvernante, une femme de ménage et un jardinier qui maintenaient tout en ordre.

Les concerts ne leurs laissaient que peu de temps, ils venaient dès qu’ils le pouvaient, c'est-à-dire rarement.

Angélique et Martin avaient à l’époque respectivement, huit et sept ans et pâtissaient sans broncher de l’absence quasi constante de leurs parents.

Ceux-ci ne s’apercevaient pas que les petits étaient en manque de tendresse. La jeune et jolie gouvernante faisait tout ce qui était possible pour leurs apporter la chaleur de l’amitié, mais on ne peut remplacer, l’amour d’un père et d’une mère. Les parents en étaient conscients, mais leur vie c’était la musique.

Les deux enfants, lorsqu’ils rentraient, s’amusaient vraiment et la gouvernante les autorisait à jouer dans les bois à la seule condition de ne pas trop s’éloigner, d’ailleurs elle était allée avec eux et avait imposé des limites.

Mais un jour, les petits n’étaient pas rentrés à l’heure du déjeuner. On laissa filer quelques minutes, puis inquiets, les trois personnes les cherchèrent en les appelant, en vain. L’inquiétude monta au fur et à mesure que le temps passait. Les gendarmes, prévenus en fin d’après- midi, ne purent organiser des battues efficaces et la nuit tombée, remirent au lendemain des recherche plus efficaces, car il y avait des fourrés inextricables qu’il fallait fouiller de jour.

Les parents à l’époque étaient à New- York et lorsqu’on réussit à les joindre, ils prirent le premier avion et le lendemain, ils étaient là.

Les gendarmes déconseillèrent aux parents de les assister dans leurs recherches- ils craignaient trop une découverte macabre- les parents restèrent donc, collés l’un à l’autre, se servant mutuellement de béquille, leurs traits s’étaient creusés et, n’existaient plus dans ces visages crayeux, il avait tous deux le même regard halluciné. Ils ne mangeaient pas, ne buvaient pas, ne bougeaient pas.

La jeune gouvernante, éffondrée, n’avaient plus de larmes, elle se sentait responsable. Les Aley ne lui avait fait aucun reproche. Des jours passèrent. On ne revit pas les enfants .Toutes les suppositions les hypothèses furent soulevées mais le temps passant, après deux longues années, durant lesquelles, Carine et Florent Aley avaient vécu, murés dans le silence, ils décidèrent d’acheter une concession au cimetière, firent poser une dalle de marbre noir et allèrent chaque jour, main dans la main, devant une tombe vide. Cette habitude prise, elle ne les quitta jamais, il leurs semblait que ce geste leur apportait soulagement et quiétude.

Les journaux avaient fait grand bruit. Des langues avaient parlé et la nouvelle tragique s’était répandue. On plaignait les parents. Ils avaient, d’un commun accord, d’arrêter leur carrière, ils ne feraient plus qu’un où deux concerts par an, ils ajoutèrent pour Mr Henri que c’était une nécessité financière.

Depuis ils vivaient dans deux pièces, le salon et leur chambre. Ils se faisaient livrer courses et plats préparés, Ils maintenaient vocalises et arpèges pour se sentir exister.ils ne le disaient pas mais ils gardaient l’espoir chevillé au corps.

Ils n’avaient pas touché aux chambres des enfants, elles n’avaient plus jamais été ouvertes. Cela faisait maintenant onze ans. Elles attendaient.

Lorsque les Aley quittèrent Mr Henri,

le soir tombait déjà, frais et vivifiant. La terre dégageait une odeur d’humus et les arbres et fleurs redonnaient en odeur ce qu’ils avaient reçu en chaleur.

Mr Henri offrit de raccompagner ses hôtes, ceux-ci acceptèrent et prirent rendez- vous en invitant Mr Henri à leur rendre visite quand il lui plairait.

Trois solitudes s’étaient rencontrées et ne demandaient qu’a s’unir.

 

 

 

Dans la ville voisine, un sapin de noël avait eu la vie sauve et se requinquait dans un petit coin de petit jardin. Une plante volubile l’accompagnait dans sa croissance et enroulait ses griffes légères le long du grillage délimitant deux jardinets. Elle était duveteuse et bleutée.

 

 

Par jidelvi - Publié dans : roman
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 14:37

Chez les Santorin, en ce début de journée, Marjorie et Julian chacun de leur côté, s’occupaient, l’une plongée dans la lecture, le second, étendu sur son lit, rêvassait. Hélène s’était absentée sous prétexte de dernières courses.

La veille, ils s’étaient tous trois rendus au restaurant. Julian avait grignoté, nourrit par les souvenirs récents, conscient d’avoir dépassé la mesure, mais pour autant, sans remort . Le trio s’était rendu ensuite au cinéma comme convenu, mais les programmes n’étaient pas faramineux, ils avaient choisi ce qui leur paressait le moins sujet à l’ennui, un film d’action, qui avait permis à Julian de se laver un peu le cerveau. Ensemble, ils parvenaient à conjurer les paroles de Monpair, laissant une inquiétude sourdre au creux de l’estomac d’Hélène.

Les couses de celle-ci s’appelaient Gegouin. Inquiète des propos tenus par son ex, elle tenait à savoir ce qui l’attendait après les menaces proférées par le père des enfants. Mr Gedouin tenta de la rassurer, mais quand elle ressortit de la maison de l’instituteur, une seule certitude restait, les enfants ne seraient indépendants moralement qu’a l’âge de treize ans. Il fallait attendre un an ce qui ne la rassurait pas. Mr Gedouin avait bien stipulé, que le temps de déposer plainte pour faute, les mois s’écouleraient et nul doute que les enfants atteindraient l’âge requis par la justice pour faire définitivement connaître leur décision de ne plus voir leur père.

 

Lorsqu’ils rentrèrent ,Julian monta dans sa chambre et perdit son temps à des jeux un peu enfantins, ses pensées étaient moroses, grises et lui donnaient un cafard noir !

En bas , Marjorie avait bu un soda, et s’ennuyait ferme ce qui n’était pas commun. Elle eut l’idée de fouiller dans le tiroir à souvenirs et après bien des recherches infructueuses, tomba sur la série d’albums de photos que maman regardait de temps en temps.

Le premier lui rappela les souvenirs de vacances passées au bord de la mer, il y avait de cela deux ans, elle passa vite sur ces photos qu’elle avait souvent regardées. Hélène, une tasse de café à la main l’avait rejointe, et jetait un œil bienveillant sur l’album ouvert. Vu, l’air ennuyé de sa fille , elle lui proposa de feuilleter d’anciens albums qu’elle n’avait jamais sortis.

Etonnée, Marjorie la suivit du regard pendant qu’Hélène ouvrait le placard à balais. Surprenant ! Cachette interessante quand on veut conserver intact un secret, au moins, ce n’est pas Julian qui l’aurait trouvé, sa phobie du ménage protégeait son contenu.

La couverture du plus ancien ne ressemblait en rien, aux récents que Marjorie connaissait. On la sentait fragile précieuse, et Hélène la manipulait avec précaution. La première photo était celle d’un mariage, les couleurs sépia indiquaient un âge sinon canonique, du moins mémorable. Marjorie poussa un petit cri admiratif et attendit les explications de sa maman. Il fallut attendre que, la curiosité de Julian l’ayant fait dévaler l’escalier, l’installation du dit Julian dans le canapé tout près de sa mère, son exclamation « Qu’est-cestqu’ça » le soupir de sa sœur qui s’en suivit, pour qu’Hélène puisse commencer ses commentaires.

-C’est la plus vieille photo que je possède de mes arrières grands parents dit-elle.

-Ou qu’c’est qui sont ? demanda Julian.

-Mais ce sont les mariés ! Répondit Hélène.

-Ben y sont vachement jeunes !S’exclama Julian, et toi t’est ou ?

Soupir d’outre tombe de Marjorie, Rire d’Hélène.

-Réfléchit un peu, bon sang ! Marjorie fronçait le sourcil, Maman vient de dire que s’était ses arrières grands parents, alors !

Se rendant compte de sa bêtise, Julian décida de ne plus l’ouvrir, c’était la meilleur solution. Il observa les personnes représentées et suivit avec attention les explications de sa maman.

Ici, si mes souvenirs sont bons, c’est le papa du marié et de l’autre côté c’est la maman de la mariée. Elle continua ses explications, lorsqu’il n’y eut plus de questions, elle tourna la page délicatement.

Un couple apparut, une jeune femme assise, un éventail languissament posé sur ses genoux, la tête légèrement penchée, l’homme un peu en retrait, bombant le torse, une main posée sur une épaule de son épouse, l’autre négligemment glissée dans le gousset de son gilet, ils avaient tous deux belle prestance.

-Et eux, maman ? demanda Marjorie, qui sont –t-ils ?

-Ce sont encore vos arrières grands parents, répondit Hélène. Ils ont vieilli, mais avouez qu’ils sont encore très beaux !

Julian fixait l’homme d’un regard atone, sa mère tournée vers lui, d’abord surprise, puis inquiète, lui demanda s’il allait bien, non seulement il ne répondit pas, mais s’évanouit, et tomba sur le côté.

Elles crurent d’abord à une comédie, mais très vite ,à la vue du visage livide de son fils, Hélène s’affola prévint Marielle qui arriva aussitôt.

Pas de fièvre, un pouls faible mais régulier des pupilles légèrement dilatées, rien de bien méchant en apparence, mais mieux valait l’avis d’un médecin. Pierre, vint chercher Julian le porta délicatement dans sa voiture, Hélène monta à côté de son fils et ils filèrent vers les urgences.

Marjorie s’était réfugiée chez les Mungier et raconta ce qui était, somme toute, banal. Rien qui puisse causer un malaise aussi important. Il fallait maintenant attendre.

 

Aux urgences, personne, pas d’attente. Julian fut pris en charge immédiatement. Il gémissait doucement, ses yeux étaient toujours clos. Une batterie de questions furent posées à Hèléne, qu’avait-il mangé, qu’avait-il bu ? Qu’avait-il fait. Les réponses ne levaient pas l’énigme. L’enfant paressait endormi, derrière ses paupières, ses yeux bougeaient, comme s’il rêvait. On garda l’enfant sous surveillance, Hélène était près de lui, lui tenant la main. Les internes avaient été rassurants et Pierre repartit, soulager l’inquiétude des siens et de Marjorie.

A peine Pierre fut-il parti, que Julian ouvrit les yeux, regarda sa mère, puis s’assit d’un bond dans son lit. Il fronça les sourcils en voyant le décor, et se demanda tout haut ce qu’il faisait là.

Hélène lui répondit qu’il s’était évanoui et que Pierre l’avait amené là.

-C’est des blagues ! Je me suis jamais évanoui, je suis pas une fille ,didonc !

Un éclat de rire viril lui répondit et lui fit découvrir le médecin occupé à surveiller sa tension.

-Ben y a vraiment pas de quoi rigoler ! S’exclama Julian, qui les yeux devenus rêveurs, commençait à retrouver la mémoire, et regrettait déjà de ne pouvoir se confier à personne

.

Pierre refit le chemin à l’envers, les médecins rassurés après le bilan sanguin, avaient relâché leur jeune patient.

 

Les deux familles étaient réunies et le resteraient pour la soirée.  Hélène avait besoin de réconfort, Julian restait passif, mais les deux mères mettaient cela sur le fait qu’il se sentait solitaire malgré tous les efforts de Sophie pour sortir son petit voisin de son mutisme. Elle essayait de le distraire par tous les moyens mais le petit sourire qu’il avait accroché aux lèvres était triste, il aurait mieux valu qu’il pleure se disait-elle. Depuis qu’il était rentré il n’avait pas désserré les dents. Il paraissait être ailleurs. Ce n’était pas le Julian que l’on connaissait, il était l’ombre de lui-même, pas de rire, pas de cris, un gamin muet qui rendait inquiets tous ceux qui l’entouraient. Sa mère plus que les autres bien sûr, mais aussi sa sœur qui jouait l’indifférence, veillant du coin de l’œil en se posant mille questions.

Pas de chance vraiment pour Julian. Ses deux potes étaient partis chez leurs grands parents maternels. Les garçons avaient hésité, mais la raison l’avait emporté, quand on a la chance d’avoir encore ses grand- mères et ses grands- pères, il fallait en profiter. Ils ne partaient que cinq jours, mais pour Julian c’était l’éternité d’autant qu’ils loupaient le pique nique !

Qu’allait-il faire tout seul avec les filles ?

Lui il n’avait plus que les parents de sonpair et ils ne réclamaient jamais sa présence où celle de sa sœur. Tout juste un petit billet reçu pour les étrennes et c’est tout. Les parents de leur mère étaient décédés quand elle avait dix-sept ans, elle avait dû arrêter ses études et trouver du travail. C’est là qu’elle avait rencontré son Jules, elle aurait mieux fait de se casser une patte ce jour là !

Il prit conscience que Sophie tentait vainement de le dérider, fit un effort pour sourire mais ses yeux s’emplissaient de larmes au souvenir de la photo qui l’avait tant perturbée.

Heureusement, Bigoudi mordillait un de ses chaussons, s’appuyant sur ses pattes arrière, donnant des coups de reins, en grognant, il se mit à tirer de son côté, souleva le chiot en même tant que son chausson, la petite bête s’accrochait, résistait, ce qui finit par faire éclater de rire le garçon tristounet. Il s’étendit par terre, ce qui mit Bigoudi en joie, il grimpa sur Julian, vint à hauteur de son visage et le lécha avec frénésie. Julian tenta de le repousser, mais la canaille avait trouvé un copain de jeu et n’était pas décidé à le laisser. Le garçon finit exténué mais rigolard, tout le monde respira.

 

La soirée se passa calmement, Julian à côté de Sophie parla peu mais joyeusement. C’est en discutant ainsi avec sa voisine, qu’il lui vint une idée saugrenue, certes mais après tout, les garçons n’avaient qu’à être là. En l’entendant parler, en la voyant lui sourire, il se dit que son idée était judicieuse et que le lourd secret qui s’était encore alourdi aujourd’hui devait être confié à quelqu’un de sage et compréhensif et Sophie savait écouter. C’était une perle ! Tiens….Une perle,…Ben justement, à ce propos…..Et il se mit à nouveau à rêver.

On se quitta vers neuf heures, il fallait être en forme pour le lendemain.

 

L’équipe réunie, chacun portant un léger fardeau, on partit à pieds vers la clairière qui longeait l’Ironche. Monsieur Henri avait laissé entendre que les Aley seraient peut-être présents, qu’ils avaient vraiment besoin de sortir de leur long silence. Mr Chevallier était présent et discuta avec Julian qui lui avait promis une balade dans les bois. « Cause toujours mon bonhomme, ta balade elle est pour quelqu’un d’autre » se dit le gamin. Bigoudi batifolait dans les jambes des marcheurs, et à ses yeux farceurs on comprenait qu’il était heureux. Il n’était pas le seul, les filles riaient en se racontant des petits secrets, Pierre et Mr Henri parlaient de tout et de rien et surtout pas de travail, Mr Henri allait initier Pierre à la sculpture c’était décidé ! Les deux mères discutaient de quoi je vous le demande, gagné …De leurs enfants. Joachim et Guillaume avaient téléphoné au matin prenant des nouvelles de chacun et s’inquiétant pour Julian lorsqu’ils avaient appris son évanouissement. Leur mère les avait rassurés, tout allait bien, elle avait ajouté qu’elle regrettait leur absence et leurs souhaitant une bonne fin de séjour.

Le groupe s’était approché de leur but et entrait dans les bois. Il fut enveloppé, saisi par un tel bouquet d’odeurs, qu’il s’arrêta, sans voix. Chacun posa son sac où panier, respira lentement, écouta religieusement les chants d’oiseaux, et enfin vit ce que la nature pouvait nous donner. C’était ce mélange subtil d’odeurs de flore de faune qu’il fallait ressentir qui vous rentrait par tous les pores de la peau qui vous rendait heureux, c’était cela qui faisait que chacun restait silencieux et profitait pleinement de cet instant magique.

Presque à regret, chacun reprit d’un pas plus lent, le chemin de la clairière non sans profiter à chaque foulée de ce bonheur ambiant. On arriva bientôt, Bigoudi se mit brusquement à aboyer en sautant, faisant des bonds marqués par ses oreilles rigolotes qui sautaient au même rythme. Elle avait du faire fuir tous les lapins des alentours et s’envoler tous les oiseaux de la forêt peu habitués à ses cris d’un genre d’animal inconnu et qui ferait bien de le rester.

Bigoudi avait aperçu Mr et Me Aley qui, debout les attendaient à l’orée de la clairière.

Avant d’installer nappes et sièges, on admira le lieu, inconnu de certains, le son cristallin de l’eau s’était ajouté à tous les autres, mais le charme était rompu surtout pour Sophie qui se promit de revenir seule.

Les hommes avaient mis les bouteilles au frais dans le lit de la rivière, les femmes s’activaient autour des nappes arrangeant au mieux victuailles et amuse gueule. On prit place dans le désordre, les Aley plus épanouis qu’on ne les avaient vu à l’occasion des fêtes deNoël. Le repas fut joyeux les convives repus, à tel point que le dessert fut réservé pour le goûter. De petits groupes se formèrent, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, les filles avec les filles et…..Sophie avec Julian. Tous deux s’étaient mis sous un arbre et faisaient des messes basses. Ils croyaient être seuls au monde, mais les mères vigilantes, avaient en souriant, imaginé une idylle naissante.

Sophie ne savait que penser du récit que lui faisait Julian. Roulait-il des mécaniques ? Voulait-il lui en mettre plein la vue ? Y avait-il du vrai dans ce qu’il lui racontait ? Pourtant, il était vrai qu’après Noël, certains comportements avaient changé, même le sien ! Elle se souvenait qu’elle-même avait évolué, se sentant plus à l’aise, osant s’exprimer, s’amusant avec ses frères, ironisant sur leur comportement timoré, à leur grand étonnement d’ailleurs . C’était vrai aussi que Mr le curé s’était montré un brin éxubèrant, que le père Pourague avait changé du tout au tout, mais de là a penser…..

Non.. Elle avait du mal à le croire !

Julian lui proposa alors de lui montrer les lieux de son rêve.

Sophie, légèrement anxieuse, alla prévenir les mamans qu’ils allaient se promener aux alentours en précisant bien qu’ils emmenaient Bigoudi . Celle-ci avait déjà pris la poudre d’escampette et vadrouillait, la truffe transformée en tête chercheuse, surveillant toutefois, d’un coup d’œil rapide que ses deux amis la suivait.

Les deux enfants s’étaient petit à petit éloignés du groupe, Julian embarqué dans son histoire, parlait de plus en plus rapidement.

Sophie savait écouter ; Elle ne manifestait son attention que par de petits arrêts brusques, des regards pénétrants et de petits hochements de tête. Parfois elle restait plantée, la tête penchée, le regard dans le vague, réfléchie, posée, attentive. Julian, alors, tournait autour d’elle, s’agitant s’enthousiasmant, revenant dans son rêve, s’y baignant avec une joie débordante. Soudain il se figea, regarda autour de lui, il avait une impression de déjà vu. Ils étaient au pied d’un vieil arbre séculaire, qui avait fait éclater les pierres d’une habitation ancienne, sous la force de ses racines. Il déployait très haut des branches majestueuses et lorsque les enfants levèrent la tête, un coup de vent fit qu’il parut les saluer. Sophie tourna sur elle-même et constata : C’est bizarre, il n’y a pas de vent. Julian à son tour put faire la même constatation. Ils relevèrent la tête, l’arbre bougeait toujours ! Sophie fit la remarque intelligente que cet arbre étrange- qui n’était pas un chêne- était sans doute plus haut que tous les autres et prenait la brise, ce qui le faisait s’agiter, elle ajouta qu’il était étrange que ses feuilles soient bleutées, et qu’il faudrait qu’elle demande à Mr Gedouin quelle sorte d’arbre s’était.

-C’est ici, Sophie, c’est ici !

Le vieux pan de mur était un peu plus loin. La description qu’en avait fait Julian était très juste, ses souvenirs intacts et les détails qu’il en avait donné si précis, que Sophie reconnut le lieu elle aussi. Ils se prirent par la main spontanément, sans doute pour se rassurer et restèrent quelques instants sans bouger, puis d’un même pas ils avancèrent lentement vers le muret. Bigoudi les avaient suivis.

-Tu vois, dit Julian, je me suis couché là, tout près du muret en forme de pyramide.

-C’est étrange, remarqua Sophie, on dirait le haut d’un mur , tu sais, ceux qui soutiennent la charpente d’une maison.

-Ben, me voilà bien se dit Julian, elle est plus intello que je l’pensais. Il n’osa rien répondre.

L’herbe était épaisse mais courte et il s’étendit pour faire la démonstration de sa mésaventure, et, il invita Sophie à en faire autant, ce qu’elle fit en souriant avec indulgence. Quel drôle d’oiseau se dit-elle.

Il fallait reconnaître qu’on était bien et Bigoudi vint se rouler en boule sur son ventre, pas question de laisser sa maîtresse sans protection rapprochée.

Ils étaient bien.

Mais quelqu’un les avait suivi furtivement, prenant bien garde de se faire remarquer, il les regardait avec attention

Ils fermèrent les yeux, se dirent qu’ils avaient bien cinq minutes pour se reposer avant de repartir. Un nuage obscurcit la forêt et tout parut s’endormir.

Julian se promenait avec Sophie dans un lieu qui lui était totalement étranger, une grande prairie piquetée de fleurs inconnues, des oiseaux multicolores voletaient et des chevaux paissaient calmement. Ils entendaient des rires, des aboiements et virent au loin un groupe d’enfants qui s’amusait. Ils avancèrent lentement pour profiter de la vue des collines, des cascades, l’air embaumait et ils étaient bien.

Julian crut entendre son nom. Il écouta, et aperçut, très loin une personne qui avançait rapidement vers lui. C’était un homme. Mais….Mais….C’était l’homme qu’il avait vu semer les perles et c’était bien l’homme de la photo !

Bizarrement il n’eut pas peur, au contraire, il courut à sa rencontre et se jeta dans ses bras en criant « Grand-père ! » L’homme le reçut contre lui et ils restèrent serrés dans les bras l’un de l’autre.

Sophie avait été plantée là, mais elle avait trop de choses à voir pour s’en inquiéter. Elle regardait défiler des groupes de personnes qui lui adressaient petits gestes et grands sourires. Deux jeunes gens se détachèrent d’un groupe, s’exclamèrent en criant son nom et coururent vers elle. Elle se figea, mais elle n’avait pas peur. Ils étaient jeunes, beaux et se ressemblaient un peu. Ils chahutaient comme des chiens fous et ils l’embrassèrent en l’appelant par son prénom.

-Je suis Angélique et moi Martin dirent-ils. Tu ne nous connais pas mais nous , si. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous et toi non plus.

-Voilà. Nous sommes les enfants de Mr et Mme Aley, nous savons qu’ils sont très tristes parce qu’ils pensent que nous sommes morts. Angélique détacha une chaîne qu’elle avait autour du cou, prit la main de Sophie et déposa le bijou à l’intérieur. Elle referma doucement la main de l’enfant et lui dit : il faut que tu repartes maintenant. Quand tu le pourras tu donneras ce bijou à nos parents, dit- leurs que nous sommes heureux et que nos ne voulons qu’ils soient tristes, vite, maintenant tu dois t’échapper.

Durant ce temps, Julian avait été présenté à une jeune femme noire qui lui dit s’appeler Myriem et lui remit un petit paquet en lui disant : donnes le à ta mère, elle saura. Quoi? il ne le sut pas. Son aïeul l’embrassa une dernière fois et lui dit : il est l’heure petit, il faut que tu repartes vite.

Des aboiements furieux les sortir de leur douce léthargie, c’était Bigoudi qui regardait dans la direction d’un buisson d’épineux. Sophie et Julian sautèrent sur leurs pieds et coururent, précédés du chiot, vers la clairière. Ils ne se trompèrent à aucun moment et ralentirent à l’approche de leur but. Ils ne s’étaient rien dit.

Leurs parents respectifs furent étonnés, leur ballade avait été courte !

Stupéfaits, les deux enfants virent que le goûter se préparait Approximativement leur échappée n’avait pas durée plus d’une demie-heure. Ils se regardèrent enfin et se firent un petit sourire crispé leurs regards étaient brouillés, trop d’images leur restaient en mémoire et comme ils avaient été séparés pendant leur escapade qui paraissait virtuelle, chacun se demandait si le second avait vu la même chose, il fallait donc attendre des retrouvailles en solitaires.

Les filles discutaient musique, Les femmes parlaient de leur mari respectif et trouvaient souvent les même travers à la gente masculine, gente masculine qui n’était pas en reste et discutant politique, refaisait le monde. Mr Chevallier manquait à l’appel, mais surgit au moment où Julian se posait des questions. Sans doute s’était-il éloigné par nécessité.

En fin d’après midi, on quitta les Aley qui habitaient non loin de là, et la petite troupe remonta vers le hameau. Les deux plus jeunes avec toujours une dizaine de mètres derrière les autres.

Julian souffla : il faut que je te parle.

-Moi aussi, lui répondit Sophie

-Tu me crois maintenant ?

-Oui.

 

 

La soirée fut calme, Julian était monté et ne redescendit que pour le dîner auquel il ne toucha pas. Eric était là et le garçon pensa qu’il faudrait qu’il s’y habitue dorénavant, il s’y faisait déjà. La conversation roulait, sur des sujets divers mais Julian était loin. Le déroulement de son escapade se déroulait comme un film et, les yeux dans le vague, il pensait à présent à la jeune femme qui était apparue, et ses paroles lui revinrent en mémoire. 

-Maman, tu connais une dame qui s’appelle Myriem ?

Le silence qui suivit cette question incongrue fut pesant. Si pesant, que Marjorie et Eric se demandèrent s’ils existaient encore. Hélène fixait son fils d’un regard d’hallucinée elle avait lâché la pile d’assiettes qu’elle s’apprêtait à placer dans l’évier. Marjorie et Eric semblaient regarder une partie de tennis et tournaient la tête de gauche à droite pour suivre les mouvements des protagonistes de ce qui paraissait un échange important.

-Qui t’a parlé de Myriem ? Dit Hélène devenue d’une pâleur de cire.

Julian recula devant l’état de sa mère, qui s’était éffondrée sur sa chaise, la conversation qu’il aurait aimé avoir était à mettre aux oubliettes.

Marjorie ramassait les éclats de faïence, Eric avait passé un bras autour des épaules d’Hélène qui assommée par une émotion inattendue, pleurait doucement.

-Qu’est que t’as encore inventé ? S’écria Marjorie au comble de la fureur.

-Qu’est que j’ai dit de mal ? lui rétorqua son frère en colère. Faut toujours que tu me houspille, j’en ai marre je vais me coucher, salut.

Hélène parut se remettre peu à peu de l’émotion qui l’avait saisie, mais muette, resta prostrée son regard, dans le vide, était d’une infinie tristesse.

Marjorie débarrassa la table embrassa sa mère salua Eric et à son tour monta se coucher. Arrivée sur le palier, elle entendit son frère pleuré, se demanda, alors, qui était cette Myriem et des points d’interrogation plein la tête se résolut à aller se coucher.

En bas, rien ne bougeait, Eric se gardant bien de faire tout commentaire. Il attendait. Mais rien ne fut dit, Hélène ne parla pas et tous deux se séparèrent sur un baiser, le premier d’une longue série sans doute.

Roulée en boule sur le canapé Hélène pensait à sa meilleure amie disparue si jeune dans un accident, fauchée sur un passage pour piéton, par un abruti fortement alcoolisé. Elle resta longtemps tristement songeuse, et finit par penser qu’elle avait du lâcher quelques mots concernant l’accident mais encore eut-il fallu que Julian est une mémoire phénoménale car ce triste évènement datait de huit ans.

 

 

Chez les Mungier, l’ambiance n’était pas d’une gaîté folle, mais les parents et Fanny commentaient la journée passée, Sophie était muette, et, fatiguée, monta rapidement se coucher mais chercha vainement le sommeil contrairement à Bigoudi qui, roulé en boule au pied du lit, rêvait déjà. Sa maîtresse se tournait et se retournait sans arrêt, la chienne soupira, excédée.

 

 

 

 

Pierre partit tôt le lendemain, et ne vit pas ses filles. Fanny fut debout bien avant sa sœur qui descendit à une heure inaccoutumée, le visage chiffonné, les yeux dans le vague. Marielle était partie travaillé également, les deux sœurs, restées seules allaient vaquer à leurs occupations. La plus jeune monta pour ranger sa chambre, fit donc son lit, ouvrit la fenêtre et, se retournant pour prendre ses vêtements de la veille, fit tomber de son jeans, une chaîne qu’elle reconnut tout de suite. Une peur intense lui serra le cœur elle dut s’asseoir pour éviter la chute. Des sanglots gonflaient sa gorge, elle ne put les retenir bien longtemps. Fanny était elle aussi montée, elle s’affola lorsqu’elle entendit les pleurs de Sophie et entra. Constatant que rien n’avait bougé, elle s’approcha de sa sœur et tenta vainement de savoir ce qui causait un si gros chagrin. Les sanglots étaient tels que Sophie avait du mal à respirer. Fanny, agenouillée devant sa sœur, attendit que son chagrin s’apaise. Elle laissa passer un long moment, mais n’osa pas questionner de peur que les larmes ne reviennent, elle attendit patiemment. Ce fut long. Sophie un poing fermé, lui demanda si elle pouvait aller voir Julian. Surprise, Fanny acquiessa , sa sœur s’excusa, le regard encore empli de larmes et ajouta qu’elle attendait le retour de sa mère pour dire ce qu’elle avait sur le cœur, aussitôt les sanglots reprirent. Fanny hésita à téléphoner à sa mère mais décida finalement d’attendre son retour, inutile de lui causer des tracas,la vie de sa petite sœur n’était pas en danger.

Julian de son côté, était étendu sur son lit, et savait ce qu’il devait faire , mais il avait la frousse. Hier sur la route du retour, il avait senti que quelque chose traînait dans la poche arrière de son pantalon de jogging. Il avait crut tout d’abord, a un paquet de chewing- gum . Passant sa main distraitement sur sa fesse gauche il sut immédiatement qu’il ne s’agissait pas de ça et sut que le cauchemar recommençait. Il lorgna sur sa voisine, la vit pensive mais paisible. Il fallait pourtant qu’il sache.

-Sophie, tu viens avec moi demain matin, au terrain ?

-Si tu veux, mais en fin de matinée, je dois aider Fanny elle a décidé de faire le grand ménage pour faire la surprise à maman.

-D’accord.

Ce court dialogue avait été dit d’une voix forte par Julian, il voulait ètre entendu du groupe. Les deux mères eurent un regard de connivence, et sourirent.

La soirée fut une éternité. La réaction de sa mère lorsqu’il eut prononcé le prénom de la jeune femme entre vue « là-bas » ne lui laissait aucun espoir, il était maintenant conscient de vivre une aventure tout à fait bizarre, et le mot était faible mais il n’en trouvait pas d’autre. S’il avait su que les deux mamans pensaient à une amourette, il aurait d’abord rougit puis se serait mis dans une rogne noire, il était loin de penser aux filles, quoique ! Sophie étaitbien jolie.

Il ne déjeuna pas malgré l’injonction de sa sœur qui était chargée de le surveiller.

Celle-là si elle savait ! Ses histoires de froufrou lui paraîtraient bien banales. Il en voulait aussi à sa mère qui ne lui faisait plus aucune confiance depuis son escapade dans les bois. Comme si il l’avait fait exprès !

Il alla attendre Sophie dehors, assis sur le petit mur. Il avait remis le même pantalon sans avoir osé regarder ce qu’il y avait dans sa poche, il attendrait d’être dans le pré avec Sophie. Il la vit arriver, tête baissée, et plus elle approchait plus il avait l’impression d’une catastrophe, Quand elle fut près de lui, il comprit qu’ils devaient s’éloigner rapidement. Ils ne parlèrent pas durant le court chemin.

Il fallut bien que l’un des deux commença.

Julian se sentait coupable d’avoir entraîné Sophie dans cette histoire .Il ne savait par où commencer. Alors Sophie se lança.

Tout d’abord je dois te demander de ne pas m’interrompre, c’est déjà assez difficile comme ça. Quand nous nous sommes étendus dans l’herbe, je suis sûre de ne pas m’être endormie, j’ai fermé les yeux c’était pour mieux entendre les oiseaux et profiter de toutes les odeurs de la forêt. Puis des images sont venues, tellement belles et irréelles que je n’ai pas cherché à les chasser.

Julian pensa, c’est exactement comme moi.

Sophie continuait. J’ai d’abord fait attention au paysage, Puis j’ai vu des personnes, des animaux et je leur ai regardé attentivement. Au loin, il y avait des groupes d’enfants qui jouaient et plus près de moi des jeunes gens qui riaient. Elle s’interrompit, très émue de revivre ses scènes. Julian voulut parler mais elle lui prit le poignet, pour lui indiquer qu’elle n’avait pas terminé. Il lui fallut quelques minutes pour poursuivre. Un garçon et une fille sont venus vers moi, en souriant c’étaient de grands ados, ils m’ont saluée par mon prénom. Ils m’ont dit s’appeler Martin et Caroline et la jeune fille m’a dit

 

 

-Tu connais nos parents, ce sont Mr et Mme Aley. Rien ne m’étonnait, c’est comme si tout cela était naturel. Puis Caroline a détaché une chaîne qu’elle portait au cou, m’a pris la main et y à déposé le bijou. Ils m’ont dit alors de partir vite, en me disant : dis à nos parents que nous sommes heureux et qu’il faut maintenant qu’ils le soient aussi. Ce matin j’ai retrouvé ça dans ma chambre. Elle ouvrit sa main et Julian y vit une chaîne et une médaille.

Le silence qui suivit ce récit parut une éternité. Mille questions se bousculaient dans la tête de Julian, mais invité par Sophie de parler à son tour, il se gratta la gorge pour se donner du courage. D’abord, pour le paysage je crois qu’on ai arrivé au même endroit, mais j’ai pas fait très attention parce que j’ai vu le monsieur de la première fois et que j’ai couru lui dire bonjour.

-Excuse-moi, je raconte moins bien que toi, alors il faut que je revienne en arrière.

-Tu sais ? Quand Mr mon père a daigné venir nous voir, on en appris plein la tête tous les trois. En revenant du ciné, ce soir là, Maman, pour nous changer les idées a sorti un vieil album photo qui était dans sa famille depuis longtemps. Elle l’a ouvert très délicatement et la première photo représentait le mariage de ses arrières grands parents, tu t’rends compte ? J’ai vaguement regardé, ses trucs là, ça m’interesse pas trop. Enfin, c’est ce que je croyais.

-Tenez, a dit maman, la deuxième, c’est encore mon arrière grand père , mais là il est seul et en buste. Alors j’ai jeté un œil, et là, ….Je l’ai reconnu. C’était l’homme qui m’avait donné les perles la première fois, ça m’a foutu un coup ! T’imagine ! Les autres y disent que je me suis évanoui, mais c’est pas vrai , j’faisais semblant !

-Tu te souviens?

-Et comment ! pensa Sophie, elle s’était fait un sang d’encre.

-Pour en revenir à mon histoire, reprit Julian, j’ai donc couru vers lui et je me suis jeté dans ses bras en l’appelant grand-père.

Il n’eut pas besoin de bouger la tête, pour sentir que Sophie avait tourné la sienne vers lui. Reprenant le fil de son histoire, il poursuivit.

Il était heureux de me voir et moi aussi, c’était comme si on s’était toujours connu.. Il m’a présenté à une jeune femme noire, elle était très jolie et m’a dit

-Je connais bien ta maman, Dis lui que je pense souvent à elle, et s’il te plait, qu’elle dise bonjour de ma part à toutes les collègues, et, qu’elle dise à Luc que je pense très fort à lui. Surtout pense bien à lui dire que je m’appelle Myriem et elle saura. Va vite maintenant Julian, Ne reste pas plus longtemps, tiens voilà pour ta maman ! Cache bien ce petit carton, et sauves toi !

Le silence s’installa entre les deux enfants. Ils avaient de quoi réfléchir, pourtant, Julian n’en avait pas terminé.

-Sophie, ce qu’elle m’a donné est dans ma poche, mais je n’ai pas osé regarder.

Ils passaient tous deux un sale quart d’heure.  Pourquoi eux ? Pourquoi cette tristesse intense qui les tenaillait, pourquoi cette solitude pénible ? Il aurait fallu pouvoir parler, ce n’est pas à douze ans, que l’on peut supporter de tels secrets.

D’ailleurs, Sophie, avant de faire le bilan de ce qu’ils avaient vécu, demanda à Julian de fouiller dans sa poche, ainsi ils seraient à égalité.

Le petit bout de carton brûlait sa fesse, mais il lui paraissait au-dessus de ses forces d’aller fouiller dans cette foutue poche. Malgré l’air frais, la sueur perlait à son front, ses mains étaient moites, il se sentait écrasé par une force inconnue qui le maintenait statufié. Sophie insista, et il lui fallut une force surhumaine pour que son bras en béton armé se soulève et aille chercher le lourd secret qui se cachait dans une de ses poches. Il ne l’avait pas vu, ce petit paquet qui semblait si lourd, et il fut surpris par sa légèreté lorsqu’il le tint enfin.

Tous deux, circonspects, furent étonnés par la banalité de l’enveloppe. Un papier kraft sur lequel avaient été gribouillées des lettres, placées apparemment au hasard, craquait sous les doigts malhabiles de Julian. Sophie lui prit doucement des mains et se demanda s’il fallait l’ouvrir.

Julian, n’en avait pas envie, malgré ses dires, et fut soulagé que Sophie prenne la décision à sa place. Aucun problème n’était résolu, beaucoup d’énigmes restaient à résoudre, mais selon Sophie ils ne pouvaient pas restés seuls, le lourd secret ne devait plus en être un. Elle suggéra de raconter toutes les péripéties à leur mère respective, ce qui eut le don de mettre Julian en boule. Il se mit à hurler qu’Hélène refuserait de le croire, qu’il se ferait encore punir, qu’il en avait ras le bol et se demandait pourquoi s’était à lui que ça arrivait.

Doucement, Sophie argumenta, fit simplement remarquer qu’elle n’était pour rien dans cette drôle d’histoire et cloua finalement le bec du rebelle qui- dans sa caboche de petit dur devait reconnaître qu’elle avait raison- mais on aurait pu lui brûler la plante des pieds, il ne l’aurait pas avoué.

L’après-midi était bien avancé, lorsqu’ils quittèrent le pré, et remontant le chemin virent venir à leur rencontre, Fanny et Marjorie, qui, inquiètes, étaient à leur recherche.

Bilan : d’un côté une chaîne et deux prénoms inconnus d’eux, de l’autre, un aïeul et une copine supposée, plus un petit carton qui gardait un secret supplémentaire .

Quel bins pensa Julian. Il aurait voulu être amnésique.

On se sépara devant la porte de la maison des Santorin, mais les regards que s’échangèrent les protagonistes de cette histoire curieuse en disaient long sur leurs tracas respectifs.

 

 

Quand Hélène rentra, Marjorie s’empressa de lui dire que Julian n’avait pas mangé de la journée . Celui-ci la traita illico de cafteuse, ajouta qu’il n’avait pas besoin de nounou, puis reprocha à sa mère de faire une énorme différence entre

 

 

 

Sa soi disant immaturité et la pseudo sagesse de sa sœur. Hélène n’ajouta rien, voyant que son fils était réellement perturbé, triste et, le regard noir en disait suffisamment sur son délabrement moral. Elle était fatiguée par sa longue journée de travail, d’autant que son sommeil avait été cauchemardesque au point qu’elle avait été heureuse d’entendre le réveil. Elle avait espéré le calme et le repos à la maison, mais au contraire, l’ambiance sentait le soufre, elle s’étendit sur le canapé pour se détendre les nerfs qui faisaient des nœuds depuis hier. La sonnerie du téléphone lui vrilla les tympans, ce qui n’arrangea pas son état. C’était Marielle qui n’avait pas pris le temps de venir alors qu’il suffisait de quelques secondes, ça n’augurai rien de bon. La voix altérée, elle demanda à Hélène si elles pouvaient se voir dans la soirée en compagnie de leurs plus jeunes enfants, Sophie, un masque froid, lui rigidifiant le visage, l’en avait prié d’une voix atone.

Hélène et Julian se rendirent chez leurs voisins dés le repas terminé, celui-ci avait été escamoté, mais peu importait, un orage couvait, il fallait le faire éclater.

Sophie était diaphane et son regard fixait Bigoudi installé sur ses genoux. Elle paraissait imperméable à tous les bruits environnants et sa mère, qui pourtant, était le modèle du calme et de la sérénité, était à l’évidence, malade d’inquiétude, ce qui ne présageait rien de bon et mit les nerfs d’Hélène en pelote, les fils de celle –ci bien serrés.

Julian fut prié de raconter de A à Z sa mésaventure première (les deux mères ignoraient totalement ce qui avait découlé de son égarement dans les bois). Il fit un récit détaillé, chacune des auditrices n’en perdant pas une miette, lorsqu’il raconta l’histoire du monsieur qui lui avait donné une perle, en avouant qu’il l’avait mangé, Sa mère commença à s’agiter et à crier, mais la main ferme de Marielle lui indiqua qu’il fallait attendre et se taire. Son gamin reprit donc, et arriva au récit du repas du réveillon, et avoua qu’il avait distribué presque toutes les perles.

Personne ne put retenir sa mère qui bondit et hurla :

-Ce n’est pas possible, tu mens encore ! Mais qu’est que tu as dans la tête pour inventer des idioties pareilles ! C’était un rêve ! Un rêve ! Martela t’elle. Tu n’as pas pu distribuer quelque chose que tu ne possédais pas !

Julian avait toute la tristesse du monde dans le regard, il avait courbé le torse, avait mis ses mains entre ses genoux, il connaissait maintenant ce que ressentait un condamné à mort.

C’est Sophie qui vint à la rescousse de son ami d’infortune. Elle, si timide d’habitude, prit la parole, et à sa manière, d’une voix posée, reprocha à Hélène d’être injuste envers Julian.

Le silence qui s’en suivit laissa les mères pantoises et Fanny cachée en haut de l’escalier descendit, sentant l’électricité montée. Elle n’avait pas compris grand chose à ce qui avait été dit, mais une chose était certaine, sa sœur ne mentait jamais.

Les deux jeunes considérèrent sa venue comme un renfort et eurent un soupir de soulagement.

Marielle, prit une décision unilatérale, elle prit le téléphone, appela successivement, Mr Henri et Mr Gedouin, deux hommes raisonnables, sensés et discrets. Les deux hommes étaient chez eux, et, sur l’invitation de Marielle acceptèrent de venir sentant dans la voix de cette femme si dévouée et calme, un soupçon de détresse.

Le silence qui régna jusqu'à leur arrivée fut lourd et c’est avec soulagement que tous les acteurs de cette étrange pièce, virent entrer les deux hommes, qui ignora

ient tout de la raison pour laquelle ils étaient là .

Ils furent surpris par l’ambiance qui régnait dans cette maison si accueillante habituellement. Ils remarquèrent les yeux rougis d’Hèlène, ses poings refermés sur un mouchoir, elle ne se leva pas, ne les salua pas, ce qui augurait quelque chose de fâcheux, pire un accident, d’autant que Marjorie était absente, tous les présents avaient la même attitude et les deux hommes s’inquiétèrent.

Marielle parla longuement, tentant de se souvenir de tout ce qui avait été dit jusqu’à l’interruption d’Hélène

Les deux hommes prirent bien garde de ne pas intervenir , mais prièrent Julian de poursuivre son récit.

- Après avoir distribué toutes les perles, j’ai remarqué que le comportement de tous ceux qui en avaient pris une avait changé.

-Tu t’souviens, Sophie, tu était devenue moins timide, tu jouais au foot avec nous tu faisais des blagues à tes frères. Fanny s’est transformée en bimbo, Mr Pirague a totalement changé de comportement, entrainant celui de son épouse. Parmi vous, ceux qui en ont mangé doivent savoir ce qu’ils ont ressenti.

Il se tut, laissant ainsi le temps de la réflexion à tout un chacun.

Une ribambelle d’anges eut le temps de passer et repasser avant que la voix de Mr Henri ne s’exprime enfin. Il paraissait dubitatif et, parlant doucement ( ce qui aurait paru impossible jusqu’à ce jour) dit :

Voilà qui n’est pas banal ! (ça, ça l’était !)

-Il va nous falloir tous les détails Julian, dit Mr Gregouin, tout ce dont tu va te souvenir nous sera utile. Je vais aller chercher un bloc-notes. Il ne mettait pas en doute les dires du gamin, ce qui apporta un peu de réconfort à celui-ci. Marielle s’était levée et avait sorti d’un tiroir le nécessaire pour écrire. Mr Gedouin demanda à chacun de prendre des notes, celles-ci pouvant être interprétées différemment par chacun. Que peux-tu nous dire de plus Julian ?

C’est Sophie qui à l’étonnement de tous, prit la parole. Elle parla doucement mais distinctement et expliqua que le jour du pique-nique, en allant se promener, Julian avait reconnu le lieu de sa mésaventure, grâce à un arbre étrange, et à un pan de mur. Elle poursuivit bravement, expliqua qu’ils s’étaient tous deux étendus dans l’herbe là où Julian l’avait fait la première fois.

De sourdes exclamations s’ensuivirent, stoppées immédiatement par un court grondement de Mr Henri.

Sophie poursuivit. Nous avons fermé les yeux et je peux dire, que, pour ma part je suis sur de ne pas avoir dormi. J’étais bien, j’écoutais, je sentais, tous mes sens en éveil. Bigoudi s’était installée sur moi et je goûtait vraiment cet instant qui me reliait à la nature. Avant de poursuivre, puis- je vous poser une question indiscrète, Mr Henri ? Je sais que vous connaissez mieux que quiconque ici, les Aley et je voudrais savoir s’ils ont eu deux enfants ?

Effaré, Mr Henri lui répondit par l’affirmative, mais se demanda où l’enfant avait bien pu l’apprendre.

-Se prénomment-ils Martin et Angélique ?

Le silence qui suivit fut glacial, et les yeux de Mr Henri, fixes , plongeaient dans ceux de Sophie.

Sa question fut posée presque durement :

-Qui t’a dit ça ?

-Je les ai rencontrés, répondit-elle.

-Impossible ! s’exclama Mr Henri, le seul à connaître leur histoire.

Sophie prit dans sa poche la chaîne et la médaille et la montra à tous. C’est Caroline qui me l’a donnée. Je déteste le mensonge, Monsieur. Je pourrais vous en dire beaucoup plus, mais je sens qu’il est inutile de poursuivre cette conversation, je suis épuisée, et nous avons pris Julian et moi suffisamment sur nous pour vous raconter nos mésaventures, il est préférable que j’aille maintenant me coucher, ça donnera à tous le temps de la réflexion. Sur ce elle se leva monta dans sa chambre non sans avoir lancé un bonsoir à la cantonade. Silence encore. Julian s’était levé aussi, et a voir sa mine blafarde, sa mère se dit qu’il serrait vain de vouloir lui tirer les vers du nez ce soir, d’ailleurs elle était tellement secouée, qu’elle lui fit un petit sourire désolé, qu’il ne vit pas, il était sorti sans dire un mot.

 

Fanny avait suivi sa sœur et lui proposa de dormir avec elle. Sophie accepta d’un hochement de tête et fut soulagée intérieurement. La nuit serait peut-être meilleure que la précédente.

En bas, on se remettait mal des émotions ressenties. Chacun réfléchissait. C’est Marielle, qui, se redressant s’attaqua à Mr Henri, et en bonne mère poule, défendit son oisillon et lui demanda pourquoi il l’avait agressé de cette manière ?

Mr et Mme Aley ont bien eut deux enfants, ils se prénommaient bien Martin et Caroline mais ils ont disparu il y a maintenant des années, c’est pourquoi ma réaction a été aussi dure. Veuillez m’en excuser, ajouta t-il d’un ton lugubre.

Que dire de plus. Il fallait de la réflexion, du recul, revoir les enfants lorsqu’ils seraient moins perturbés, et surtout du repos si l’on pouvait dormir.

Personne n’ajouta mot, et l’on se quitta. L’insouciance des jours passés avait fui.

 

Par jidelvi - Publié dans : roman
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